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La recherche biomédicale française en crise ?French biomedical research crisis ?[Record]

  • Jean-Louis Martin

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  • Jean-Louis Martin
    Président du Conseil scientifique de l’Inserm, Inserm,
    101, rue de Tolbiac,
    75654 Paris Cedex 13, France.

Les éditorialistes et rapporteurs, très prolixes sur ce thème ces derniers mois, sont unanimes, la recherche française est « en crise ». Tous les indicateurs sont passés au rouge, apprend-t-on, la recherche est en danger. Ce diagnostic évoqué à propos de l’Inserm - organisme qui a pour mission d’accroître les connaissances au bénéfice de la santé de l’homme - rencontre une résonance particulière, d’autant plus qu’il y aurait, dans cette hypothèse, « collision » avec une autre crise, celle de l’hôpital. La recherche biomédicale française a-t-elle failli ? Répondre à cette question nécessite au préalable de s’accorder sur les éléments de diagnostic. Dans la gouvernance récente, il est probable qu’il y ait eu la tentative de faire l’impasse sur cette étape de mise en place de la réflexion. Après une analyse de quelques signaux rapidement érigés en indicateurs de qualité de la recherche nationale, le « traitement » budgétaire avait allure de punition aux yeux de la communauté de recherche. Entre la perception du signal, qui ne peut se réduire à la bibliométrie ou à la nobel-métrie, et la définition du sens - adéquation des moyens, des structures, des hommes, redonnons tout l’espace à l’interprétation. Celle-ci impose la mise en mouvement d’une pensée débarrassée de tout dogme, de tout jugement définitif et de toutes prétentions idéologiques. Y sommes-nous prêts? Si la réponse est positive, alors on ne peut pas parler de crise de la recherche publique. En effet, la demande est forte dans la communauté de recherche biomédicale et en santé pour une réflexion sur l’évolution des structures de recherche et leur articulation avec la clinique, et sur l’évolution du métier de chercheur, en y intégrant la dimension européenne. Si l’on écarte l’idée de crise, reste néanmoins la nécessité de créer les conditions permettant à la recherche biomédicale et en santé de s’adapter aux nouveaux enjeux liés à la fantastique accumulation des données issues du décryptage des génomes. Cet objectif doit-il nécessairement conduire à la refondation de pans entiers du système de recherche français ? Même s’il faut se préserver de la tentation, bien française, de proposer des schémas d’évolution par rupture, nous ne pourrons pas faire l’économie d’analyser cette question sur le fond et d’y répondre, si besoin est, par des propositions concrètes, réalistes, distinguant le possible à court terme de la configuration à atteindre à… terme. Établir un diagnostic, proposer un remodelage du dispositif de recherche biomédicale et en santé est un exercice que l’Inserm ne peut prétendre conduire seul. La réflexion de son Conseil scientifique devait donc intégrer celles de nos partenaires naturels : université, centre hospitalier, associations caritatives, AP-HP, autres organismes de recherche nationaux et internationaux. C’est dans cet esprit que le Colloque de Lyon, les 9 et 10 avril derniers, a focalisé les débats sur deux thèmes : « formation/recrutement de chercheurs » et « structures de recherche ». À défaut de faire une présentation exhaustive des thèmes de discussion, nous allons évoquer les points qui ont rencontré un consensus et les propositions de réforme qui, pour la plupart, restent sujets de débats, mais ont été évoqués de manière récurrente. Les observatoires en charge du suivi des efforts de recherche des différents pays convergent dans leurs analyses : la contribution française régresse au sein de l’Union européenne, la part de celle-ci étant elle-même en recul par rapport à l’Amérique du nord et du Japon. Une analyse plus fine s’impose néanmoins. Les indicateurs bibliométriques ou de production technologique révèlent de grandes hétérogénéités en fonction des disciplines, des institutions, des technologies et des régions ou pôles régionaux ...