L’entrevue

Récit d’initiatives citoyennes durant la pandémie à Montréal-NordEntrevue avec Yakout Choukrad, citoyenne engagée socialement auprès des citoyen.ne.s habitant le nord-est de Montréal-Nord

  • Isabelle Ruelland

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  • Isabelle Ruelland
    Professeure associée, École de travail social, UQAM
    Chercheure d’établissement, Centre de recherche et de partage des savoirs InterActions
    Direction de la recherche, CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal

Cette entrevue a été réalisée le 15 septembre 2021, par Isabelle Ruelland dans un local communautaire de l’organisme Parole d’excluEs situé rue Lapierre dans le quartier du nord-est de Montréal-Nord avec Yakout Choukrad, citoyenne engagée socialement auprès des citoyen.ne.s habitant le nord-est de Montréal-Nord et fondatrice du Comité de Mamans de Montréal-Nord contre la violence.

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Cover of L’approche biographique et l’approche narrative : contributions à l’intervention sociale, Volume 32, Number 2, Fall 2021, pp. 1-404, Nouvelles pratiques sociales

Le nord-est, c’est un quartier, je ne sais pas pourquoi, on dit « c’est le quartier le plus défavorisé de Canada ». C’est un quartier peuplé ; il y a beaucoup d’enfants, beaucoup de jeunes, la population est dense et il n’y a pas suffisamment d’activités pour l’ensemble des gens du quartier. Nous avons seulement deux travailleurs de rue, ce qui n’est pas suffisant. Personnellement, je n’ai jamais vu d’intervenant, à part ces deux travailleurs de rue, que je connais bien. Les organismes proposent quand même des activités, mais la pandémie n’a pas aidé, parce que la plupart des gens s’enfermaient à cause de la distanciation et à cause du nombre restreint de personnes qui peuvent participer aux activités en fonction de l’espace dans les locaux. Moi, j’habite à Montréal-Nord depuis octobre 2003. J’ai commencé mon implication en 2005, quand mon garçon avait six mois. À l’époque, je m’impliquais auprès d’organismes comme Entre-Parents, la Fondation de la visite et Un itinéraire pour tous. Après, je me suis impliquée avec l’organisme Parole d’excluEs, parce que c’est à proximité et j’adorais les projets des citoyen.ne.s de Parole d’excluEs sur lesquels on travaillait, comme la « clinique de proximité », la propreté, le verdissement. Ça m’intéressait ces projets-là. Et puis, quand le jeune est mort sur notre rue, juste au coin du bloc il y a deux ans, le 24 octobre, on a sonné la cloche du danger. C’est-à-dire qu’on ne se sentait plus en sécurité dans notre rue. Et lorsqu’on est partis voir la maman, présenter nos condoléances, voir ce dont elle avait besoin, on a décidé de nous impliquer. J’ai aussi été interpellée par ses enfants. Ana, la maman du jeune, m’avait dit que son fils voulait me parler. Il y avait beaucoup de mamans, beaucoup… et c’est moi que la maman du défunt a choisie pour répondre à ses deux enfants. Je ne connaissais pas vraiment le jeune et je ne savais pas quoi dire à sa soeur et à son frère, à part « il était au mauvais moment, au mauvais endroit ». C’était comme ça, je ne pouvais rien dire de plus, par exemple « votre frère était dans la drogue » ou « il faisait ça ». Je ne suis pas la bonne personne. À part cela, j’ai essayé de parler avec ces enfants pour les soutenir moralement et psychiquement. C’était son moment de mourir, c’est tout. À ce moment, on a parlé avec d’autres mamans et c’est là que l’idée est venue de faire un Comité de Mamans de Montréal-Nord contre la violence. Pour dire « non », « stop à la violence ». On ne veut pas que ça arrive dans notre quartier, on ne veut pas perdre un autre de nos enfants ou un autre jeune. Personne ne veut perdre personne, qu’elle soit haïtienne, maghrébine, québécoise, de n’importe quelle nationalité. On voulait que ça s’arrête. Avant que ce jeune meure, je participais déjà à une thérapie sociale avec des organismes communautaires dans le cadre de laquelle j’ai mobilisé certaines femmes qui avaient peur de ces jeunes adultes, et qui ne pouvaient pas leur dire « bonjour » ou leur parler. Elles avaient tellement peur qu’elles changeaient de rue pour ne pas les croiser. J’ai eu de la difficulté à les mobiliser. J’ai dit aux femmes : « C’est moi qui vais faire le premier pas, c’est moi qui vais parler en votre nom, vous, vous allez juste venir assister aux ateliers de discussion, ne dites rien, c’est moi qui vais parler. » C’est ce qui est arrivé. J’ai parlé, j’ai dit aux jeunes : …

Appendices