Comptes rendus

Michel Sasseville, La pratique de la philosophie en communauté de recherche : entre rupture et continuité, avec la collaboration d’Anda Fournel, de Caroline Mc Carthy et de Samuel Nepton, Presses de l’Université Laval, 2018, 282 pages[Record]

  • Claire Larroque

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  • Claire Larroque
    Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

L’ouvrage, La pratique de la philosophie en communauté de recherche : entre rupture et continuité, écrit par le philosophe Michel Sasseville, avec la collaboration d’Anda Fondel, de Caroline Mc Carthy et de Samuel Nepton, réunit une trentaine de billets publiés sur le blogue du site de Philosophie pour enfants de l’Université Laval. Ils abordent les enjeux théoriques liés à la pratique de la philosophie en communauté de recherche et à la pratique de la philosophie avec les enfants, telle qu’elle est développée dans le programme de Matthew Lipman et de Ann Margaret Sharp, tout en faisant référence à des expériences de terrain et en s’appuyant sur elles. Si le livre n’est donc pas le fruit de nouvelles recherches, il vise, par la restructuration thématique des différents billets, à leur donner une cohérence et un fil directeur. L’auteur s’attache à montrer que ces pratiques s’inscrivent en rupture avec l’éducation traditionnelle, mais aussi en continuité « avec ce qui s’est fait depuis plus de 2500 ans dans le monde de l’éducation préoccupé de former plus intégralement possible l’être humain sous l’angle de sa pensée » (p. 2). Comment comprendre le paradoxe ainsi mis en avant ? La pratique de la philosophie pour enfants n’en est-elle pas à ses débuts ? En effet, à peine quarante ans nous séparent des premières tentatives réalisées par Matthew Lipman. L’objectif de cet ouvrage est justement de montrer pourquoi ces pratiques doivent certes être comprises comme des pratiques qui renouvellent, voire renversent, les schémas éducatifs habituels tout en prolongeant également une certaine tradition éducative. Sasseville explique qu’une communauté de recherche philosophique (CRP) désigne un groupe de personnes engagées dans un processus de recherche concernant un problème qui présente une importance à leurs yeux. Ce groupe de personnes s’emploie à préciser le problème, « à élaborer une ou des hypothèses (ainsi que des outils de vérification) permettant de solutionner le problème » (p. 7), et s’interrogent sur la dimension logique, esthétique, épistémologique, éthique et métaphysique du problème qui fait l’objet de leur recherche. C’est cet aspect qui rend la communauté de recherche, spécifiquement, « philosophique ». La CRP suit également un certain déroulement. Dans celui présenté par Lipman et Sharp, les participants sont invités à lire une histoire et à identifier ce qui pose problème pour eux. Une fois ce temps de la « cueillette des questions » terminée, les participants s’engagent dans un dialogue, guidé par un animateur, qui prend la forme de la délibération. L’expression des différents points de vue doit alors conduire le groupe à développer un processus d’argumentation qui ne consiste pas à argumenter contre, mais avec les autres. C’est d’ailleurs en ce sens que Sasseville écrit, dans l’un des billets, qu’il « n’aime pas le mot débat » (p. 25). Selon lui, le terme renvoie à une idée de confrontation qui est inappropriée pour décrire ce qui se passe dans une communauté de recherche philosophique. Dans ce dispositif, la pratique du questionnement joue un rôle central : « questionner et se questionner sont au centre de la pédagogie promue par la CRP » (A. Fondel, p. 35). L’animateur cherche à créer une pensée collaborative afin de « mettre les membres de la communauté au défi de penser : choisir l’interrogation plutôt que l’assertion » (p. 36). Ce procédé, qui incite les membres de la communauté de recherche à remettre en question par eux-mêmes, et avec les autres, favorise la formation de la pensée critique. L’invitation à adopter une démarche épistémique requiert également, de la part de l’animateur, des ...

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