Recensions

 

Aux quatre chemins. Papineau, Parent, La Fontaine et le révolutionnaire Côté en 1837 et 1838, d’Yvan Lamonde, Montréal, Lux éditeur, 2018, 242 p.[Record]

  • Frédérick Guillaume Dufour

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Dans Aux quatre chemins, l’historien des idées politiques Yvan Lamonde présente l’évolution intellectuelle et politique de quatre figures centrales de l’histoire politique du Bas-Canada au XIXe siècle : Louis-Joseph Papineau [1786-1871], Étienne Parent [1802-1874], Louis-Hyppolite La Fontaine [1807-1864] et le Dr Cyrille-Hector-Octave Côté [1809-1850]. Des sept chapitres de l’ouvrage, deux sont consacrés à Papineau, trois à Parent, un à La Fontaine et un au révolutionnaire Côté. C’est donc des trajectoires intellectuelle et politique de Papineau et de Parent dont traite la majeure partie de l’ouvrage. Les trajectoires de La Fontaine et de Côté sont situées en grande partie dans le sillon des premiers. Les années 1834-1838 voient culminer une escalade d’épisodes de contention décisifs pour la pensée et la vie politique de ces acteurs. Les événements auxquels ils sont amenés à réagir et les actions qu’ils mettent en branle découlent de l’échiquier politique qui se met en place avec la Constitution de 1791. Un élément décisif qui vient accentuer les tensions sur cet échiquier est le projet d’union du Bas et du Haut-Canada de 1822. Ce projet, initié par la bourgeoisie anglophone du Bas-Canada, est alors soumis aux Communes à Londres. Il sera abandonné après une vive opposition au Bas-Canada. Suivront en 1834 les 92 résolutions du Parti patriote rédigées par Papineau et Augustin-Norbert Morin et la fin de non-recevoir à ces résolutions, annoncée en mars 1837, par la voix des dix résolutions du ministre de l’Intérieur britannique John Russel. Les tensions de cette période atteignent leur paroxysme en 1837 et 1838 avec les rébellions des patriotes et leur répression par l’autorité impériale. L’admiration de Papineau pour les institutions de la jeune république américaine ressort clairement du portrait qu’en fait Lamonde. Celui qui fut député de 1808 à 1838 et dirigea le Parti patriote tenta de trouver des appuis à la cause des Patriotes dans la jeune république états-unienne. C’est le républicanisme américain qui, selon Papineau, montre la voie que doivent suivre les Canadiens face aux Britanniques. Il en admire non seulement les institutions républicaines et l’indépendance, mais aussi le système fédéral qui confère beaucoup de pouvoir à ses unités constitutives. Seigneur par son statut social, Papineau ne partage ni les convictions, ni l’empressement de Côté en faveur de l’abolition du régime seigneurial. S’il peut se rallier à l’idée d’une forme d’abolition avec compensation, il estime que les Canadiens ne doivent pas laisser aller leur contrôle sur la propriété terrienne. Parent, quant à lui, intervient en politique non pas à titre de député, mais de journaliste au journal Le Canadien, dès 1822. Si Papineau apprécie les institutions américaines, ce sont les institutions britanniques que Parent aimerait admirer, mais il dénonce le fait qu’elles ne s’appliquent pas équitablement aux sujets Canadiens. La dynamique impériale entraîne une contradiction entre la théorie et la pratique des institutions libérales britanniques. En outre, Parent estime qu’en cherchant à conserver le contrôle d’un Conseil législatif non élu et dominé par des Britanniques, l’empire renie les libertés et les principes qu’il devrait garantir à ses sujets, à commencer par le No Taxation without Representation. Le Conseil législatif non élu participe également à la création de nationalités antagoniques au détriment du bon fonctionnement des institutions canadiennes. Déçu par les Britanniques dans la foulée des résolutions Russel, Parent en vient à inciter les Canadiens au repli et à la résilience ethnoculturelle. Profondément marqué par les préoccupations et les intérêts de la députation de Québec, Parent se réclame également « du peuple » avec lequel il accuse le Parti patriote de ne pas être au diapason. D’abord admirateur de Papineau et des Patriotes, alors qu’il est …