Recensions

 

Néolibéralisme, politiques sociales et coalitions nationalistes en quête d’un État dans la période post-1995 au QuébecL’économie sociale au Québec : une perspective politique, de Gabriel Arsenault, Québec, Presses de l’Université du Québec, coll. « Politeia », 2018, 256 p.Combating Poverty : Quebec’s Pursuit of a Distinctive Welfare State, d’Axel Van den Berg, Charles Plante, Hicham Raïq, Christine Proulx et Samuel Faustmann, Toronto, University of Toronto Press, 2017, 213 p.Grève et paix. Une histoire des lois spéciales au Québec, de Martin Petitclerc et Martin Robert, Montréal, Lux Éditeur, 2018, 275 p.[Record]

  • Emanuel Guay and
  • Frédérick Guillaume Dufour

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Les rares études sur la transition vers le néolibéralisme au Québec ne s’accordent ni sur l’étendue des changements qu’a connus l’État québécois durant cette transition, ni sur sa périodisation. Pour certains, le tournant néolibéral a débuté durant la deuxième moitié des années 1990 et a pris la forme d’une offensive bipartisane contre les acquis sociaux. Pour d’autres, la transition s’est plutôt engagée après l’élection du premier gouvernement libéral de Jean Charest, tout en étant ralentie par l’essor de l’économie sociale et le renforcement des politiques de développement local entre 1996 et 2003. Les trois ouvrages recensés ici abordent la question de la résilience de l’État social québécois dans un contexte de transition au néolibéralisme. Ils mettent trois dimensions en relief : la transformation du cadre politique et juridique, le rôle des coalitions nationalistes en quête d’un État et l’analyse comparée des politiques sociales. Nous nous concentrons, pour chacun des ouvrages recensés, sur l’interprétation des changements politiques durant les années 1990 au Québec. Cette décennie est importante pour différentes raisons. D’une part, elle a été caractérisée par une grande mobilisation des acteurs du mouvement nationaliste autour du deuxième référendum sur la souveraineté en 1995. D’autre part, elle a débuté avec une réduction significative des transferts fédéraux aux provinces, à la suite de la récession de 1990-1991. Les années 1990 ont donc été marquées par un retrait du financement fédéral des politiques sociales et par des échecs constitutionnels, dont celui du lac Meech, qui ont alimenté le mouvement souverainiste. L’ouvrage L’économie sociale au Québec : une perspective politique offre un portrait substantiel de l’essor de l’économie sociale au Québec durant les trente dernières années. L’étude de Gabriel Arsenault identifie deux caractéristiques qui distinguent le Québec dans le contexte nord-américain. La première est le haut niveau d’institutionnalisation de l’économie sociale. Le Québec dispose d’un ministère et de plusieurs politiques publiques visant à appuyer l’économie sociale. La seconde est que l’économie sociale s’y « inscrit dans le cadre d’un projet politique de centre-gauche », puisqu’elle agit comme un complément des secteurs public et privé, tout en étant « d’abord au service de valeurs associées à la gauche, comme l’égalité et la solidarité » (p. 21). Ailleurs, comme au Royaume-Uni, l’économie sociale a été mobilisée davantage par la droite, qui visait la réduction des dépenses publiques en déléguant aux communautés et aux individus la couverture de différents risques sociaux (p. 17-18). L’ouvrage dresse un bilan des politiques sociales adoptées dans la foulée du Sommet sur l’économie et l’emploi de 1996. Il se concentre sur les politiques transversales visant à appuyer les entreprises d’économie sociale, les centres de la petite enfance, les entreprises d’économie sociale en aide domestique, le logement communautaire et l’insertion à l’emploi. De nombreux exemples sont mis de l’avant pour illustrer le développement de l’économie sociale à partir de la deuxième moitié des années 1990. Arsenault souligne ainsi que le programme provincial AccèsLogis a mené à la création de 24 602 unités de logement communautaire entre 1998 et 2014 (p. 174), tandis que plusieurs outils financiers ont été développés à partir de 1997 pour faciliter le développement de l’économie sociale, y compris le Réseau d’investissement social du Québec (RISQ), la Fiducie du Chantier de l’économie sociale et un ensemble de produits financiers offerts par les centres locaux de développement (p. 51-52). Arsenault associe cette spécificité québécoise à deux facteurs principaux. D’une part, la mobilisation des milieux syndicaux et communautaires a encouragé le gouvernement de Lucien Bouchard à s’intéresser à l’économie sociale. Cette mobilisation a été facilitée par la convergence des forces progressistes dans le camp du « Oui » lors du référendum de …