FR:
À partir de l’exemple de l’endettement étudiant, un phénomène dont la croissance a été particulièrement marquée dans les pays anglo-saxons au cours des dernières décennies, cet article propose de concevoir le crédit comme une « technologie politique » qui joue un rôle central dans la transformation néolibérale du monde universitaire, et plus largement dans la régulation politique des formes de la reproduction sociale. Toutefois, si l’on cherche à comprendre les motivations qui ont pu pousser les individus à endosser cette condition d’endettement, de même que le sens des luttes qui en ont fait un problème public, se pose une question à laquelle l’approche de la gouvernementalité ne permet pas de répondre, soit de savoir de quels facteurs dépend la légitimité d’une pratique économique, celle du crédit, qui est en soi une relation de pouvoir. Jumeler à l’approche de la gouvernementalité celle de l’« économie morale » permet alors d’observer comment les technologies politiques du néolibéralisme sont investies de significations sociales de la part de celles et ceux qui en sont les objets, et comment ces significations peuvent éventuellement conduire à s’engager dans une posture de résistance.
EN:
Using the example of student debt, a phenomenon whose growth has been particularly pronounced in English-speaking countries in recent decades, this article proposes to conceive of credit as a “political technology” that plays a central role in the neoliberal transformation of higher education, and more broadly in the political regulation of social reproduction. However, if we seek to understand the motivations that may lead individuals to endorse this condition of indebtedness, as well as the meaning of the struggles that have made it a public issue, then a question arises that cannot be answered by the governmentality approach, namely, what determines the legitimacy of an economic practice, that of credit, which in itself is a power relationship. Combining the governmentality approach with that of the “moral economy” allows us to observe how the political technologies of neoliberalism are invested with social meanings by those who are their objects, and how these meanings can eventually lead to resistance.