L’économie sociale au Sud : dossier CamerounThe Economy in the South

Introduction : les enjeux de la coopération au Cameroun[Record]

  • Sylvie Mosser-Cléaud
INTRODUCTION : LES ENJEUX DE LA COOPÉRATION AU CAMEROUN Ce dossier présente deux contributions complémentaires sur l’économie sociale au Cameroun : l’un porte sur l’évolution des organisations communautaires en milieu rural, l’autre s’intéresse à une coopérative d’épargne et de crédit qui propose des microcrédits à la population. Ces articles illustrent bien deux pôles essentiels par lesquels la coopération contribue au développement dans les pays du Sud : le secteur agricole et la microfinance. En introduction à ces articles, nous apportons quelques éléments relatifs au contexte économique du Cameroun. Etat d’Afrique centrale, le Cameroun compte 14876000 habitants (1) pour 475440 km 2 . Il a connu dans les années 70-80 un taux de croissance plutôt élevé com- parativement aux autres pays africains situés au sud du Sahara (taux moyen annuel de 10 % environ entre 1977 et 1985). Mais, à partir de 1986, il a dû affronter une crise importante et réaliser l’ajustement structurel demandé par le Fonds monétaire international (FMI). La dévaluation du franc CFA de janvier 1994 n’a fait que renforcer les difficultés rencontrées. Le service de la dette représentait 20,5 % des exportations sur la période 1994-1997. La situation semble aujourd’hui stabilisée et le Cameroun montre un taux de croissance de 4,2 % en 2000. On note également un taux d’inflation de 2 %, un solde positif de la balance commerciale et une normalisation des relations avec les créanciers extérieurs. Plusieurs éléments sont à l’origine de ces résultats : la bonne tenue des cours du pétrole, l’éligibilité à l’« initiative d’allégement de la dette » des pays pauvres très endettés (PPTE), la construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun (1070 km) initiée en octobre 2000 par les présidents Idriss Déby et Paul Biya et les retombées attendues. Le taux de pauvreté, qui ne cesse de croître, reste néanmoins préoccupant : 50 % de la population est concernée. Le produit national brut (PNB) est de 580 dollars par habitant en 2000 ; la mortalité infantile atteint 155 pour 1000 naissances ; l’espérance de vie à la naissance est de 50 ans. L’indicateur du développement humain (IDH) place ainsi le Cameroun au 135 e rang mondial (2) . Le gouvernement a également dû faire face à de multiples contestations relatives aux modalités des privati- sations (eaux, électricité, Cameroon Development Corporation, téléphone). Lutte contre la corruption, réforme du budget de l’Etat et compétitivité de l’économie sont affichées comme les priorités actuelles du Cameroun dans le contexte de la mondialisation. Ces quelques données permettent de mesurer l’importance des besoins humains et les enjeux de la coopération et de l’économie sociale au Cameroun. Sylvie Mosser-Cléaud l 67 N ° 288 RECMA – REVUE INTERNATIONALE DE L’ÉCONOMIE SOCIALE Sources : L’état du monde 2002, La Découverte. Le Monde diploma- tique. (1) Dernier recensement utilisable : 1987. (2) L’IDH permet de situer un pays (rang mondial sur un total de 162 pays) à partir de trois variables : l’espérance de vie, le niveau d’édu- cation (mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation) et le niveau de vie (mesuré d’après le PIB par habitant).