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La république coopérative, Jean-François Draperi. Larcier, 2012, 327 pages[Record]

  • Jean-Louis Bancel

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  • Jean-Louis Bancel
    Président, Groupe Crédit coopératif

2012, décrétée par l’ONU Année internationale des coopératives, vient de se clore, laissant place à une décennie de croissance coopérative. Nous nous sommes réjouis qu’aujourd’hui un milliard d’hommes participent à une coopérative. Certes, on juge un arbre à ses fruits, mais au-delà de la quantité il importe d’analyser les racines de cet arbre aussi méconnu du grand public qu’il est prolifique par son extension géographique et par les branches de l’activité humaine concernées. Pour honorer cette année exceptionnelle dans l’histoire du mouvement coopératif, Jean-François Draperi nous a fait cadeau d’une somme. Connaissant l’importance que ce dernier accorde à la démarche de recherche-action et eu égard à son statut de rédacteur en chef de la Recma, il m’est apparu logique qu’un praticien de l’action coopérative  fasse l’analyse de cet ouvrage qui fera référence dans le secteur coopératif, mais aussi pour l’économie sociale. En quatrième de couverture, l’éditeur classe l’ouvrage dans la rubrique « Droit français ». Une telle classification ne me semble pas refléter la richesse des apports du livre ; d’ailleurs, le droit n’y tient qu’une place très restreinte. L’ouvrage relève davantage de l’histoire des idées politiques, même si le lecteur peut apprendre (ou réviser) dans le domaine de la science économique, de l’histoire, de la géographie, de la sociologie… En bref, tout « honnête homme » intéressé par la coopération et refusant le « prêt-à-penser managérial » se doit de lire la République coopérative de Jean-François Draperi. Je le dis sans ambages : en lisant les 300 pages de cette somme, j’ai appris et surtout j’ai été conduit à réfléchir sur le présent et l’avenir de la coopération. Sur ce point, je rejoins la position de Jean-François Draperi : « Malheureusement, vingt ans après la parution de ses travaux (ceux de Jacques Moreau, ancien président du Crédit coopératif, du Groupement national de la coopération et du Comité national de liaison des activités coopératives, mutualistes et associatives), la cause coopérative n’a pas encore trouvé un leader politique national ou international qui l’associe à un véritable projet politique » (p. 272). Science sans conscience ? Ce livre nous rappelle l’anima du mouvement coopératif, une utopie mobilisatrice : l’édification d’une république coopérative. Rappelons que cette idée a été pour la première fois exprimée par Charles Gide, dans son introduction au Congrès mondial des coopératives de Paris, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1899. Elle a été développée et dépassée en 1920 par Ernest Poisson dans sa République coopérative. L’apport essentiel de Jean-François Draperi est de « remonter » cette expression pour en faire une clé de lecture de l’histoire du mouvement coopératif. Sous sa plume, l’expression incarne le concept de l’utopie coopérative. Ainsi, cette formule constitue pour tous ceux qui croient dans la force de la coopération, soit pour « changer la vie », soit pour « changer les hommes » qui agissent, une véritable parousie (en référence aux fondements chrétiens de la pensée de Charles Gide et d’Henri Desroches). Dans une véritable saga idéologique, l’auteur nous rappelle comment cette utopie s’est incarnée autour de la volonté de construire une « république des travailleurs ». Dans cette première partie, le lecteur comprendra les similitudes et les différences entre les écoles coopératives des principaux pays européens ayant connu la révolution industrielle (Grande-Bretagne, France et Allemagne). Au-delà des rappels sur Fourrier et Owen, ces pages ramènent à notre conscience les débats de la I re Internationale des travailleurs entre Karl Marx et ses disciples face aux responsables coopératifs socialistes, qualifiés injustement d’utopistes. L’apport le plus important est surtout de nous donner une description très complète et éclairante sur le Familistère, …

Appendices