BibliographieBibliography

L’économie sociale et solidaire et le travail, Patrice Braconnier et Gilles Caire (dir.). Paris, L’Harmattan, 2013[Record]

  • Henry Noguès

En choisissant pour les XIes rencontres du Réseau interuniversitaire de l’ESS (Riuess), à Poitiers en 2011, la thématique des relations entre l’économie sociale et solidaire et le travail, le focus avait été mis sur une question complexe et sensible qui est souvent au coeur des motivations animant les porteurs d’initiative dans le champ de l’ESS  : question sensible dans le contexte des dernières décennies où l’accès à l’emploi est particulièrement critique ; question délicate pour de nombreuses expériences au xixe siècle, même si l’ESS prend aussi la forme, avec les coopératives de consommation, d’une recherche d’amélioration de la qualité de vie par une meilleure utilisation et valorisation des fruits du travail. L’ouvrage, publié sous la direction de Patrice Braconnier et de Gilles Caire, propose douze communications rassemblées en quatre parties. La première partie s’intéresse au sens du travail. Michel Adam s’interroge sur les formes et le contenu de celui-ci en montrant la diversité des situations auxquelles les travailleurs peuvent être confrontés. Ingénieur de formation, il s’efforce d’en donner une image en construisant une carte emploi-travail qui croise perception du sens du travail et revenu. Intégrant les trois finalités possibles, mais non exclusives, d’une adhésion comme sociétaire à une entreprise de l’ESS (intérêt pour soi, intérêt pour nous et intérêt pour d’autres), il montre que les entreprises du secteur s’établissent de manière souvent hybride entre ces trois pôles, ce qui modifie la nature même du sens que peut avoir le travail qui s’y déploie. Cette réflexion est intéressante et source de clarification. Elle aurait néanmoins gagné à mettre l’accent sur le statut du travailleur dans l’ESS. Celui-ci n’est en effet pas toujours directement concerné par l’activité, et même quand il l’est, son engagement est parfois sollicité sous des formes exorbitantes par rapport au droit du travail. Enfin, il peut arriver que se développe au sein d’une entreprise de l’ESS un usage exclusivement instrumental de la force de travail où le sens est alors compromis. Hervé Defalvard développe, dans le chapitre suivant, une analyse de la critique du travail à partir d’extraits d’oeuvres de trois auteurs du xix e siècle : Philippe Buchez, Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon. Il pousse cette étude jusqu’à en déduire les conditions d’un travail émancipé suggérées par les alternatives proposées par ces auteurs. Cela lui permet, dans une seconde partie, de développer des modèles s’inspirant des cadres d’analyse de la théorie standard pour examiner les différences qui peuvent résulter, d’une part, de l’existence d’entreprises autogérées maximisant le revenu par unité de travail plutôt que le bénéfice résiduel, comme dans les entreprises capitalistes, et, d’autre part, des effets d’un équilibre général concurrentiel mutualiste comparé à ceux d’un équilibre général libéral. Cette démarche, qui s’inspire des travaux déjà anciens de Drèze (1984), peut être féconde et mériterait d’être prolongée . Il serait par exemple intéressant d’examiner les conséquences du changement de modèle de gouvernance des entreprises, d’un côté, sur le volume de l’activité et le volume de l’emploi et, de l’autre, sur les équilibres partiels de marché de concurrence ou de monopole. Avec l’article de Patrice Braconnier, le lecteur pénètre dans les univers de pensée d’Hannah Arendt et d’Amartya Sen. L’auteur montre comment leurs réflexions de philosophie politique et économique permettent de situer les personnes engagées dans des initiatives d’économie sociale dans des espaces d’émancipation et de démocratie. L’exercice ne manque pas d’intérêt, même s’il reste inévitablement abstrait. L’une des conclusions, qui affirme que la source des innovations sociales dont a pu être porteuse l’économie sociale et solidaire réside davantage dans les capacités qu’elle offre pour les personnes à s’accomplir et à être valorisées que dans les …

Appendices