Comptes rendus

Anne-Marie Sicotte Femmes de lumière. Les religieuses du Québec avant la Révolution tranquille. Montréal, Fides, 2007, 191 p.

  • Micheline Dumont

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  • Micheline Dumont
    Université de Sherbrooke

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Cet album de photographies veut « soulever un coin du voile » qui a longtemps dissimulé la vie des religieuses, « brosser un portrait qui colle d’assez près à une réalité complexe et saisissante » et « rendre hommage à toutes ces femmes dévouées et courageuses dont l’importance sociale a été niée pendant la nécessaire laïcisation de la société québécoise » (p. 13).

L’ouvrage d’Anne-Marie Sicotte est divisé en deux parties : la vie quotidienne des religieuses et leurs principales activités sociales. La première partie, intitulée « Passions et renoncements », s’attache à la cérémonie de la profession religieuse, aux occupations domestiques, aux jardins, à la vie communautaire, aux loisirs, au patrimoine immobilier et aux missions. La seconde partie, intitulée « Ouvrières du seigneur », examine les congrégations enseignantes, charitables, hospitalières et vouées aux travaux domestiques.

Le texte suivi qui accompagne les photos est écrit dans une langue agréable, élégante et littéraire. En une demi-heure à peine, (si l’on ne s’arrête pas aux photos), on découvre un texte qui fait la synthèse des recherches les plus récentes sur l’histoire des congrégations religieuses, sans s’embarrasser de préoccupations théoriques. Un bref texte d’introduction (de huit paragraphes permet à l’auteure d’affirmer ceci : « Ainsi replacée [sic] dans son contexte historique, l’attrait de la vie religieuse acquiert une toute [sic] autre dimension. En se consacrant au service de Dieu, les religieuses ont bénéficié d’un espace élargi pour s’épanouir personnellement et professionnellement » (p. 12).

Cette opinion, avec des nuances, a été formulée depuis une génération par plusieurs chercheuses qui ont mené de vastes recherches sur les congrégations religieuses. Quelles sont les auteures qu’Anne-Marie Sicotte a consultées? Aucune bibliographie ne vient étayer l’ensemble de ses propos. Exigence de la maison d’édition ou négligence de l’auteure? Les personnes qui vont feuilleter cet album pourront en créditer l’auteure qui doit pourtant savoir qu’elle n’a pas inventé ce savoir nouveau. Dommage.

On sait qu’il y a eu au Québec plus de 160 congrégations féminines distinctes. Or, les photos proviennent essentiellement de 10 fonds d’archives, dont 8 congrégations. Pourquoi celles-là et pas les autres? Cela n’est expliqué nulle part. On devine que l’auteure a choisi un éventail qui témoigne des principales occupations des religieuses : vie contemplative, enseignement, oeuvres charitables, soins hospitaliers, missions, service domestique. Soit. Toutefois, les congrégations passées sous silence vont s’interroger à juste titre sur leur absence. Aussi, un très grand nombre de photos ne sont pas datées, et comme le livre traite une période de près d’un siècle, cette lacune dérange, car il y a un monde entre la société de 1890 et celle de 1950. Par ailleurs, seul le sigle de la source permet d’identifier la congrégation représentée.

Quant aux photos elles-mêmes, objet principal du livre, convenons-en, elles ont été choisies avec soin et sont remarquablement bien cadrées, contrairement à ces myriades de photos plates et sans caractère que l’on trouve si souvent dans les archives de congrégations religieuses. L’auteure a pris un soin extrême, c’est évident, à montrer l’inédit, la variété, l’exotique et le pittoresque. La liste des crédits photographiques est d’ailleurs souvent plus explicite que la légende.

Un beau livre sans doute qui va décorer des tables à café, nourrir les exposés didactiques, remettre en question les préjugés du plus grand nombre des lectrices et des lecteurs. Il me semble cependant que l’auteure, qui a publié un remarquable album intitulé Les quartiers ouvriers d’autrefois, dans la collection des Publications du Québec, et la maison d’édition, qui a à son crédit d’excellents albums de même nature, auraient pu nous offrir un livre mieux documenté sur le plan historique et historiographique.