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Concevoir le travail, le défi de l’ergonomie, Guérin F., Pueyo V., Béguin P., Garrigou A., Hubault F., Maline J., Morlet T. (2021). Concevoir le travail, le défi de l’ergonomie. Toulouse : Éditions Octares.[Record]

  • Isabelle Feillou

La préface choisie pour cet ouvrage « Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer » (Gaston Berger, 1964) donne la tonalité générale du livre. Cet ouvrage ambitieux, au-delà d’une visée pédagogique et pratique, a une visée politique qui questionne la communauté des ergonomes et de disciplines soeurs (ex. sociologie, psychologie du travail, etc.). À quelle transformation du travail souhaite-on contribuer ? Concevoir le travail, oui mais pour qui, comment et avec quelle finalité ? Pour y répondre, les auteurs positionnent l’ouvrage comme complément et suite d’un livre largement connu, en particulier par les ergonomes francophones, Comprendre le travail pour le transformer. La pratique de l’ergonomie (ANACT, 2007). Ils le situent comme un complément nécessaire dans la foulée de l’évolution du monde du travail et des démarches méthodologiques développées par l’ergonomie elle-même, dans le champ de la conception et de la conduite de projet. La préface, rédigée par P. Veltz, un sociologue qui a plusieurs fois collaboré avec des ergonomes, positionne d’emblée l’ergonomie francophone dans une vision générale « émancipatrice » alliée à une volonté locale d’humaniser le travail au travers de solutions concrètes. Cette vision est réaffirmée dans l’introduction de l’ouvrage qui pose que « l’ergonome poursuit un objectif d’émancipation dans le travail humain » (p.26). P. Veltz souligne un des enjeux abordés par la suite, à savoir la transformation de modèles de production rigides vers des modèles plus informels qui amène nécessairement la discipline à évoluer et à continuer, de facto, à se poser des questions sur son territoire propre et sur ses frontières avec d’autres disciplines. Les auteurs font écho à cette vision du futur pour l’ergonomie en introduction et dans la première partie : contribuer à une émancipation dans le travail, à écrire un travail « humain » dans un système hyperindustrialisé, ubérisé et en mutations constantes. Tandis que cette contribution se manifeste au niveau « local » par le biais d’interventions singulières, réalisées en coconstruction avec les acteurs des organisations (travailleurs, managers, etc.) et non depuis une position surplombante d’experts. Dans la deuxième partie, les auteurs insistent sur la nécessité, pour l’ergonome, d’expliciter les modèles sous-jacents à son intervention de la santé et de la performance. Selon que la santé s’envisage comme absence de maladie (modèle de l’altération), compensation de la maladie ou de la déficience (modèle de la préservation) ou comme une trajectoire développementale (modèle de la construction), les finalités et les modalités de l’intervention seront distinctes. Selon ce dernier modèle, l’ergonome doit soutenir la conception de systèmes au sein desquels les travailleurs pourront être « acteurs de leur propre histoire » (p.95), et ils ne peuvent le faire qu’en associant les travailleurs aux processus de conception. Ce renversement significatif, consistant à considérer la santé des travailleurs comme une dimension intrinsèque de la performance et un objectif à atteindre au plan des « ressources humaines » des organisations, est très porteur du point de vue de l’intervention. Il permet de décentrer le regard habituellement porté sur la performance et de s’interroger sur la façon de développer concomitamment les organisations et les individus qui les composent. La troisième partie actualise les principes généraux et les étapes d’une intervention en ergonomie présentés dans Comprendre le travail pour le transformer. La pratique de l’ergonomie (ANACT, 2007) en approfondissant la question de la conception et du rôle de l’ergonome. Ces sections relatives à la conception sont particulièrement riches et bienvenues ; elles rappellent la spécificité des simulations ergonomiques au regard des autres types de simulation couramment menées dans les entreprises, à savoir la centralité …