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RecensionsBook Reviews

Working Time in Comparative Perspective, volume 1. Patterns, Trends, and the Policy Implications of Earnings Inequality and Unemployment sous la direction de Ging Wong et Garnett Picot, Kalamazoo, Mich. : W.E. Upjohn Institute for Employment Research, 2001, 387 p., ISBN 0-88099-227-1.

  • Diane-Gabrielle Tremblay

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  • Diane-Gabrielle Tremblay
    Télé-université

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Cet ouvrage est constitué d’une sélection de textes présentés à la conférence « Changes in Working Time in Canada and the United States », qui s’est tenu à Ottawa, les 13-15 juin 1996. Cette conférence avait été financée par le Canadian Employment Research Forum, Statistique Canada et le W.E. Upjohn Institute for Employment Research, ce dernier étant l’éditeur des actes. Elle se situait, nous dit-on, dans la continuité de la publication d’un rapport d’une commission parlementaire sur la réforme de la sécurité sociale, en février 1995. Ce rapport indiquait que toute réforme de la sécurité sociale devait tenir compte de l’évolution des formes d’emploi et horaires de travail. La conférence avait pour but de réunir des analyses de l’évolution des formes d’emploi précaires, flexibles et autres, ainsi que du temps de travail, et de comparer la situation avec celle des États-Unis, dans quelques cas aussi avec l’Australie et l’Europe. On peut noter que la publication de l’ouvrage de Jeremy Rifkin sur « La fin du travail » (The End of Work, 1995) avait aussi considérablement accru l’intérêt pour les questions de temps de travail et de formes d’emploi au milieu de la décennie 1990.

La critique première qu’il faut adresser à ce livre, c’est le fait que les données statistiques datent quelque peu… puisque la conférence a eu lieu en 1996 ; ceci est regrettable, car les analyses qui y sont présentées ne manquent pas du tout d’intérêt. Toutefois, au terme de la lecture de cet ouvrage fort volumineux (387 pages), on s’interroge souvent sur l’évolution observée par la suite, jusqu’en 2002. Certains textes vont jusqu’en 1993, d’autres jusqu’en 1995 ; dans le premier cas, cela fera bientôt dix ans, ce qui est un peu long pour des données sur le marché du travail, et notamment de données sur le temps de travail, que l’on veut connaître pour des périodes plus récentes. Nombre de données existent d’ailleurs, et il faut regretter que les directeurs de publication n’aient pas fait une édition plus rapide, ou alors une mise à jour au moins jusqu’en 2000, pour une sortie en 2001. Cela dit, les textes ne sont pas sans intérêt, et on souhaiterait même que Statistique Canada reprenne certaines des analyses faites ici.

Dans le premier texte, Mike Sheridan, Deborah Sunter et Brent Diverty analysent les changements observés dans la semaine de travail au Canada et aux États-Unis. Ils analysent les données de 1976 à 1995 et montrent qu’il y a eu diminution du nombre de personnes travaillant des heures dites « normales » (soit 35 à 40 heures par semaine) au profit des heures réduites (34 heures et moins) et des heures longues (41 heures et plus). Il y a donc polarisation des heures de travail. Les auteurs notent que le déplacement vers les heures courtes semble avoir été le fruit des récessions des années 1980 et 1990, alors que le déplacement vers les heures longues serait un phénomène plus récent. Sur l’ensemble de la période de 1976 à 1995, ils observent que la réduction de 10,7 points de pourcentage dans les horaires réguliers (35-40 heures) s’est traduite par une hausse de 7,6 points dans les heures courtes et de trois points dans les heures longues. L’analyse porte aussi sur des caractéristiques des travailleurs et montre que les femmes et les services sont davantage dans les heures courtes, alors que les hommes sont davantage dans les heures longues. Ils observent aussi que la polarisation des heures persiste, bien qu’elle soit un peu moindre, lorsque l’on exclut les travailleurs autonomes, les détenteurs de plusieurs emplois, les jeunes travailleurs et les gestionnaires, indiquant que ces groupes contribuent à la polarisation.

Le chapitre suivant de Philip Rones, Jennifer Gardner et Randy Ilg présente une analyse comparable pour les États-Unis. On y constate que ce pays a aussi connu une forte augmentation des heures longues, mais qu’on n’y a par contre pas observé une hausse des heures courtes. On note aussi que la hausse dans le groupe travaillant de très longues heures (49 ou plus) a été observée chez les hommes et les femmes et dans tous les grands groupes professionnels. En ce qui concerne les femmes, on observe que de 1976 à 1993, la moyenne des heures travaillées a augmenté de 45 %, parce que les femmes travaillent davantage toute l’année, et moins de façon occasionnelle ou saisonnière.

L’article de Linda Bell et Richard Freeman pose la question à savoir pourquoi les travailleurs canadiens et américains travaillent davantage d’heures que leurs collègues européens. Ils concluent que c’est l’inégalité des revenus qui incite les travailleurs à travailler davantage d’heures, un ajout qu’ils considèrent important aux équations habituelles d’offre de travail, qui n’incluent pas l’inégalité des revenus. Ils notent que de 1950 à 1970, les heures étaient inférieures en Amérique, alors qu’elles ont considérablement dépassé l’Europe dans les années 1980 et 1990. Ici on peut regretter que les politiques publiques ne soient pas prises en compte. En effet, sachant que plusieurs pays européens ont introduit des politiques favorisant la réduction du temps de travail, ou la préretraite à temps partiel, et que c’est souvent l’entreprise qui détermine les heures de travail (y compris en imposant des heures supplémentaires parfois), l’analyse peut paraître quelque peu incomplète, trop orientée vers la vision néoclassique où l’offre de travail des travailleurs serait déterminante… Heureusement, ils signalent aussi que lorsqu’on tient compte des travailleurs à temps partiel, l’association est moins forte et la démonstration moins convaincante. Ils concluent qu’aux États-Unis, et dans une moindre mesure au Canada, les employés travaillent davantage parce qu’ils sont récompensés de le faire, alors qu’ils font face au « bâton » (au lieu de la carotte) s’ils ne le font pas.

Il serait trop long d’exposer l’ensemble des détails de chaque chapitre, puisqu’il y en a onze, mais les chapitres suivants portent sur des sujets plus précis, comme les heures de travail et inégalités de revenus entre hommes et femmes au Canada (1981-1993), la croissance des inégalités de revenu et d’emploi en Australie, l’offre de travail quotidienne et hebdomadaire au Canada, les contraintes relatives aux heures de travail, ainsi que la demande pour le partage du travail et les effets du partage du travail.

Les analyses présentées sont robustes, fouillées, et souvent intéressantes, mettant en relief des précisions ou détails nouveaux de l’analyse du marché du travail et des heures de travail. Il faut simplement regretter, comme nous le signalions plus haut, les délais de publication plutôt longs (cinq ans) qui rendent plusieurs données désuètes et nous conduisent à nous interroger sur la situation actuelle. On ne peut qu’espérer que Statistique Canada produise un nouvel ouvrage de ce type, avec des délais de publication réduits.