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RecensionsBook Reviews

Working Disasters : The Politics of Recognition and Response Edited by Eric Tucker. Amityville, N.Y. : Baywood Pub., 2006, 325 p., ISBN 0-895033-19-4 (cloth).

  • Marc Baril

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  • Marc Baril
    Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail

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Le but ultime de cet ouvrage est de faire prendre conscience au lecteur des interrelations entre des événements ou incidents survenus principalement en milieu de travail qui, dans certains cas, s'échelonnent sur plusieurs décennies et la ou les réponses du législateur sous la pression de l'opinion publique, de même que l'évolution de cette réponse dans le temps.

L'origine de même que la formation des auteurs des dix chapitres qui composent cet ouvrage expliquent la diversité des exemples présentés. Le fait de mettre l'accent sur le milieu de travail ne permet pas d'aborder l'un des plus beaux cas existant actuellement, à savoir celui de la Directive européenne de Seveso, tout comme l'absence d'un auteur issu du Québec ne permet pas de traiter du cheminement ayant conduit à la mise en œuvre en 1980 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, initiée notamment par la problématique des travailleurs de l'amiante.

Le premier chapitre se veut une introduction dans laquelle le directeur de la publication rappelle, suite à une revue de littérature particulièrement intéressante, les divers aspects d'un désastre et de ses conséquences tant au niveau du public qu'à celui du législateur.

Dans le deuxième chapitre, des auteurs australiens analysent l'impact, en termes de décès, d'accidents et de maladies professionnelles, du transport routier de longue distance en Australie, mais surtout l'absence de réponse des autorités en place. Ces dernières semblent considérer cette problématique comme externe au mode de production et l'excluent conséquemment des mécanismes habituels d'indemnisation des accidents et maladies professionnelles. Cette problématique australienne est un reflet miroir de ce que l'on retrouve de plus en plus en Amérique du Nord. Au cours des dernières années, aux États-Unis seulement, le nombre de compagnies de transport recensées est passé de 30 000 dans les années 1980 à plus d'un demi-million au début des années 2000, avec des conséquences semble-t-il similaires.

Toujours sous la plume d'un auteur australien, le troisième chapitre décrit pour ce pays une réalité vécue dans tous les pays développés à la fin des années 1980 et au début des années 1990, celle de la reconnaissance des troubles musculosquelettiques comme maladie professionnelle, notamment les tendinites et autres liées à l'utilisation de plus en plus intense de l'informatique dans le travail de tous les jours.

Le chapitre 4, écrit par un auteur canadien, procède à une description de la problématique liée aux mines de Fluospar de St. Lawrence à Terre-Neuve et expose la manière dont elle a façonné, de 1933 à 1978 donc sur plus de quatre décennies, le volet compensation des accidents et maladies professionnelles dans cette province canadienne. Ce chapitre, qui aurait sa place dans un manuel d'histoire, fait bien ressortir l'évolution des connaissances médicales, notamment sur la silicose, du rôle des acteurs tant patronaux que syndicaux, des diverses commissions d'enquêtes qui se sont succédé et ce, parallèlement à l'évolution de la législation terre-neuvienne en matière de reconnaissance des maladies professionnelles et d'indemnisation des travailleurs.

Dans la même veine que le précédent, le chapitre 5 décrit avec moult détails la problématique de la silicose en Suède et comment cette dernière a influencé la législation suédoise tout au cours du vingtième siècle.

Le chapitre 6, particulièrement bien documenté, se démarque des chapitres précédents qui portaient principalement sur des maladies professionnelles, en traitant d'un effondrement d'édifice survenu le 10 janvier 1860 à Lawrence (Massachussetts) et dans lequel plusieurs centaines de femmes et de jeunes filles immigrantes irlandaises perdirent la vie. L'auteur explique en quoi les interrogations et rapports produits sur ce désastre ont changé la perception du public américain sur les travailleurs des manufactures, et en quoi également ce désastre a entraîné, d'une certaine manière, la mise en œuvre des premières mesures d'indemnisation des travailleurs décédés ou blessés au travail.

Plus près de nous, le chapitre suivant traite d'un autre désastre survenu le 6 juillet 1988 en Mer du Nord. Le désastre de la plateforme de production pétrolière Piper Alpha tire son origine d'un manquement du système de surveillance réglementaire décrit comme « the institutionalization of tolerance », doublé d'une vision corporative partagée par l'ensemble de l'industrie surnommée « the political economy of speed ». Cet ensemble de facteurs non nécessairement propres aux années 1970 et 1980 au Royaume-Uni permet d'expliquer en quelques mots la dynamique inhérente à cet événement. L'auteur analyse comment les milieux tant corporatifs que gouvernementaux ont réagi. Il fait ressortir également en quoi les nouvelles approches mises en place sont d'une certaine façon discriminatoires pour les travailleurs.

Le chapitre 8 est potentiellement déroutant pour un lecteur habitué à un système légal basé sur le code de Napoléon. Par ailleurs, ce même lecteur aura, grâce notamment au dynamisme de l'auteur et à son écriture fluide, un aperçu du système législatif australien basé sur la common law. Ce chapitre plus juridique ouvre bien la porte aux deux derniers chapitres de ce volume qui traitent, d'une part, des mines houillères de la Nouvelle-Écosse de 1858 à 1992 et, d'autre part, des conséquences du désastre de la mine Westray survenu en 1992.

Le chapitre 9 fait un retour en arrière sur les multiples enquêtes ou commissions d'enquêtes de tous genres qui au cours des ans ont vu le jour suite à des incidents dans les mines de charbon de la province. L'auteur ayant regroupé celles-ci par périodes (1858-1879, 1880-1969, 1970-Westray), il peut ainsi présenter l'évolution des mentalités des principaux acteurs, ainsi que les modifications apportées aux diverses lois et réglementations s'appliquant à ce secteur.

Le dixième et dernier chapitre permet au directeur de l'ouvrage de présenter et d'expliquer un modèle des divers déterminants en cause lors d'un désastre industriel en utilisant le désastre de Westray comme base explicative. Si dans sa conclusion il traite des possibilités de modifier le Code criminel canadien pour y inclure certains éléments de responsabilité des entreprises et de leurs administrateurs, il ne traite malheureusement pas de l'aspect diligence raisonnable qui représente actuellement un incontournable pour tous les acteurs en milieu industriel au Canada, compte tenu des modifications récentes qui ont effectivement été apportées au Code criminel canadien.

De façon générale, on ne peut que recommander la lecture de ce livre notamment aux personnes impliquées en santé et sécurité du travail. Il permet au lecteur d'être à même de visualiser les conséquences à long terme sur la santé et la sécurité de certaines décisions prises sans analyse de risque préalables. Par ailleurs il ouvre une fenêtre sur des événements survenus hors du Québec dont on parle très peu sinon jamais dans les cours de formation en santé et sécurité du travail, même si, dans certains cas, certains d'entre eux ont un impact de plus en plus important sur nos façons de faire, comme l'illustre notamment le cas Westray.