Comptes rendus

Étienne F. DUVAL, Anthologie thématique du théâtre québécois au XIXe siècle[Record]

  • Lucie Robert

COMPTES RENDUS

Etienne F. Duval, avec la collaboration de Jean Laflamme, Anthologie thématique du théâtre québécois au XIXe siècle, Montréal, Leméac, 1978, 462p.

Fort d'une thèse de doctorat en littérature comparée, soutenue à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Paris, intitulée « Le sentiment national dans le théâtre canadien-français de 1760 à 1930» et soutenu par le Centre de documentation en théâtre et en littérature québécois de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Etienne Duval publie, avec la collaboration de Jean Laflamme, une Anthologie thématique du théâtre québécois au XIXe siècle. Ouvrage important qui s'adresse à tous ceux qui s'intéressent, de près ou de loin, au théâtre et à la littérature — en particulier à ceux qui croient encore que le répertoire québécois commence avec Ti-Coq en 1948 — l'anthologie peut aussi servir à ceux qui étudient l'enseignement classique et les courants de pensée au siècle dernier. Ce n'est pas une édition critique ni un ouvrage savant. Paru chez Leméac dans la collection « Théâtre », le livre se vend à un prix abordable et est d'un accès facile. Etienne Duval et Jean Laflamme ont le mérite de proposer un choix de textes assez diversifié, couvrant bien la production de cette période. Les courtes biographies et les notes qui précèdent les extraits sont précises, sans pour autant être longues et fastidieuses. La division des thèmes, bien choisie, permet plus facilement qu'une anthologie chronologique comme celle de Jean Doat — fort intéressante par ailleurs — de dégager les tendances principales de ce théâtre et de comparer le traitement accordé aux thèmes selon les auteurs et les textes. Cela permet de constater la large part accordée par le théâtre au traitement de l'histoire nationale: la Nouvelle-France, la Conquête, l'Indépendance américaine, la Rébellion de 1837-1838 et l'affaire Riel sont autant de thèmes qui divisent l'anthologie et qui reviennent de façon itérative dans le répertoire dramatique du XIXe siècle. La seconde partie de l'anthologie porte sur la « société québécoise » : la politique, l'économie, les mœurs (éducation, famille, vices et travers sociaux) et l'humour rassemblent les textes qui restent.

Le seul désagrément de cette anthologie est son introduction. Tenant d'un nationalisme idéaliste sans perspective historique, Etienne Duval avoue qu'il « est vrai que nous ne pouvons nier l'influence des facteurs économiques sur la vie sociale ». Il ajoute aussitôt : « Mais ce fatalisme pratique, contrefaçon du déterminisme historique, n'est-il pas une attitude de facilité que les faits dénoncent et condamnent?» Ayant ainsi balayé le problème des conditions dans lesquelles s'est développé le théâtre québécois au XIXe siècle, Etienne Duval peut à son aise raconter l'émergence du nationalisme : un nationalisme statique dont les fondements ne se seraient guère modifiés avec le temps. Or l'on sait l'abîme qui sépare Laurent-Olivier David du chanoine Groulx : l'émergence au théâtre du « sentiment national » est peut-être plus immédiatement l'effet d'un enseignement classique à saveur patriotique que l'œuvre d'une cinquantaine de héros-auteurs dramatiques. Car, non seulement le théâtre québécois commence avec l'enseignement classique, mais il est écrit par et pour lui (ce qui explique entre autres l'absence des rôles féminins). Nous aurions souhaité voir posées les questions suivantes: qui étaient les auteurs, les comédiens, le public? où jouait-on? y avait-il des scènes? L'introduction n'en aurait été que plus utile.

Malgré cela, l'anthologie d'Etienne Duval et de Jean Laflamme est un heureux complément à des ouvrages comme le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec. Il est inutile de rêver à ...