Comptes rendus

Patric Laprade et Bertrand Hébert, À la semaine prochaine, si Dieu le veut! L’histoire inédite de la lutte professionnelle au Québec, Montréal, Libre Expression, 2013, 432 p.

  • Louis-Simon Corriveau

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Avec À la semaine prochaine, si Dieu le veut!, Patric Laprade et Bertrand Hébert souhaitent raconter « pour la première fois l’histoire et les secrets des lutteurs qui ont marqué l’histoire populaire » du Québec (quatrième de couverture). Considérant « tout combat entre deux hommes » comme une forme de lutte (p. 23), les auteurs semblent chercher à naturaliser cette pratique et à la situer dans les racines canadiennes-françaises et même autochtones du Québec. Pour appuyer leur thèse, ils rapportent les témoignages des colonisateurs et explorateurs du Nouveau Monde qui auraient noté que les Amérindiens étaient friands des sports de combat. Or, déjà là, un malaise pointe chez le lecteur, car lutte professionnelle et combat au corps-à-corps ne sont pas synonymes, la première renvoyant à un mariage entre sport et théâtre, comme l’avait noté Roland Barthes dans son ingénieux essai « Le monde où l’on catche » publié en 1957 dans ses Mythologies. Mais, soyons bons joueurs, l’ouvrage ne prétend pas expliquer ce qu’est la lutte professionnelle. Ce qui irrite ici, c’est le désir insatiable qu’ont Laprade et Hébert de vouloir mettre en avant à la fois un enracinement qui fait paraître nécessaire et innovatrice leur entreprise et l’importance du Québec, et plus particulièrement de Montréal, sur la scène de la lutte professionnelle nord-américaine. Cette quête les amène également à présenter quatre « âges d’or » de la lutte au Québec (1900-1938, 1939-1964, 1965-1976 et 1977-1987), si cela peut faire sens, et à rappeler constamment au lecteur l’exclusivité du contenu de l’ouvrage.

À qui ce livre s’adresse-t-il? Dans la préface, l’ancien lutteur professionnel québécois Gino Brito note qu’il sera apprécié par les fans et les nostalgiques. Laprade et Hébert voient plus grand et estiment que tout Québécois pourra y trouver son compte, puisque « nombre de lutteurs et de souvenirs liés à leurs exploits sont du domaine public et appartiennent à la culture populaire » (p. 22). Somme toute, il s’agit d’un bel outil pour mieux comprendre à la fois les événements qui ont marqué la lutte professionnelle québécoise et les personnes derrière les personnages, en plus de proposer une initiation à l’arrière-scène. La cohérence du récit est toutefois constamment mise à l’épreuve par les nombreuses présentations biographiques qui amènent les auteurs à traverser les époques dans le but de bien effectuer chaque portrait, ce qui rend quelquefois confus les découpages temporels proposés dans les chapitres.

Malgré tout, Laprade et Hébert auront réussi à réaliser un ouvrage contribuant à la perpétuation d’une mémoire et d’une culture populaires qui menacent de s’estomper. En effet, en l’absence de grande organisation de lutte s’étendant sur l’ensemble du territoire québécois, l’empreinte du Québec sur la scène de la lutte professionnelle risque de sombrer dans l’oubli. Ainsi, l’ouvrage que proposent Laprade et Hébert se révèle être un point important dans sa mise en mémoire, alors que certains cherchent à donner un nouveau souffle à cette pratique. Espérons maintenant qu’À la semaine prochaine, si Dieu le veut! ne sera pas le chant du cygne de ce sport-spectacle qui a tant marqué l’imaginaire québécois.