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« Des écrivains québécois ont rêvé sur La Capricieuse comme si elle avait représenté la possibilité d’un retour de la France, et l’accueil réservé au commandant Belvèze a presque égalé celui qui aurait été fait à un chef d’État » (p. 7). Plusieurs de ces visites officielles, « porteuses de rêves », ont reçu un accueil enthousiaste au Québec, mais elles n’auraient pas eu de retombées réelles en France. Tel a été le cas avec la venue de Fayolle et de Foch en 1921, de la commémoration du voyage de Jacques Cartier en 1934, des courtes visites de de Gaulle en 1944 et en 1960, de Mendès France en 1954, voire même de celle de 1967 alors que, cette fois-ci, de Gaulle est président de la République.

Dans son court texte, qui ne fait que 67 pages, l’historien, preuves à l’appui, tente d’expliquer comment des événements peuvent provoquer des réactions si dissemblables dans les deux « pays ». Outre l’introduction et la conclusion, l’auteur divise son travail en quatre parties : 1) la visite de La Capricieuse, 2) les relations françaises avec l’Amérique de 1759 à 1855, 3) le lien maintenu avec la France grâce aux conservateurs catholiques, tel un Edmé Rameau de Saint-Père, et 4) des festivités qui, du point de vue français, font dans la démesure. Le texte est complété par six annexes qui soutiennent certains énoncés de l’auteur.

Portes explique ce débordement d’enthousiasme par le contexte politique de chacune des époques, par le nationalisme ou par la culture. Toujours il reprend l’idée que, du moins pour les premières visites qui se déroulent entre 1855 et 1954, les alliances avec l’Angleterre et le Canada priment sur toute intrusion politique au sujet de ce pays « calme et prospère » qu’est le Québec (p. 67). La seule exception sera la visite de de Gaule en 1967. D'emblée, de Gaule déclare qu’il ne vient pas pour fêter le centenaire de la Confédération, mais pour « fêter deux cents ans de fidélité des Canadiens français à la France » (citation d’Alain Peyrefritte, p. 68). Tout le long de son voyage, il bouscule constamment le protocole habituel, la rectitude politique lui est inconnue ! Par contre, c’est la première [et je dirais la seule] fois qu’il y a un contact direct entre le visiteur et ses hôtes déchaînés (p. 68). Les conséquences immédiates de cette affaire, au Canada comme au Québec, seront pour le moins fâcheuses, mais peut-être auront-elles permis aux Québécois de renoncer véritablement au vieux rêve du retour de la France entretenu par un bon nombre « d’amoureux du Québec souvent nostalgiques d’un passé glorieux » (p. 73).

Comme l’auteur le dit lui-même, la venue de La Capricieuse n’appartient pas au champ des relations internationales, mais uniquement à celui de l’histoire sociale du Québec (p. 35). Ainsi en est-il de l’ensemble de ces visites, sauf peut-être pour celle de de Gaulle en 1967.

La lecture de L’impossible retour de la France demande une certaine connaissance de l’histoire du Québec, du Canada, de l’Angleterre, des États-Unis et de la France aux XIXe et XXe siècles, mais avec l’aide d’Internet, tous trouveront dans ce bref essai de nombreux éléments qui caractérisent cette relation tellement ambiguë que le Québec entretient avec l’une de ses anciennes mères patries. Une lecture stimulante.