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Note critique

La géographie des religions : quel apport à la compréhension de l’évolution du catholicisme québécois au 20e siècle?Fabien Venon, Géographie et religion en France et au Québec, Paris, L’Harmattan, 2011, 254 p.; Les paroisses de Montréal en crise. La fin d’un bastion catholique?, Paris, L’Harmattan, 2012, 202 p.; Les paroisses au défi de la modernité. L’archidiocèse de Montréal, 2013, 108 p.Fabien Venon, Géographie et religion en France et au Québec, Paris, L’Harmattan, 2011, 254 p.Fabien Venon, Les paroisses de Montréal en crise. La fin d’un bastion catholique?, Paris, L’Harmattan, 2012, 202 p.Fabien VenonLes paroisses au défi de la modernité. L’archidiocèse de Montréal, 2013, 108 p.[Record]

  • Éric Desautels

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  • Éric Desautels
    Doctorant en Humanités, Centre for Interdisciplinary Studies in Society and Culture, Université Concordia
    desautels_eric@yahoo.ca

En cette période où l’on célèbre la multidisciplinarité en sciences sociales, la géographie est souvent étrangement négligée dans l’étude des phénomènes religieux. Pourtant, comme on le sait, l’Église catholique a eu une influence décisive dans la définition de l’espace et du territoire québécois. La géographie des religions permet pour cette raison de poser un regard spécifique et stimulant sur la société québécoise en nous renseignant, entre autres, sur l’occupation religieuse de l’espace social et les diverses stratégies de recomposition du territoire. D’où le très grand intérêt des trois ouvrages que le géographe français Fabien Venon a proposé depuis 2011, monographies qui permettent, d’une part, de saisir la transformation de la discipline géographique au Québec et, d’autre part, d’explorer le développement des paroisses de Montréal et de ses périphéries. Il propose dans ses travaux une approche spatiale et sociale qui peut éclairer la situation actuelle du religieux dans l’espace paroissial montréalais. Dans son premier essai intitulé Géographie et religion en France et au Québec et publié en 2011, Venon brosse le portrait de l’évolution de la discipline géographique en France et au Québec dans son rapport au fait religieux. L’auteur commence par observer l’évolution de la géographie religieuse jusqu’au 19e siècle en France. Selon lui, une « rupture épistémologique » s’effectue au sein de la discipline et du milieu universitaire lorsque, sous l’impulsion des idéologies républicaines et d’une sécularisation en gestation, des géographes proposent une vision plus dynamique du fait religieux, l’un des premiers étant Paul Vidal de la Blache (Venon, 2011, p. 60). Cette approche plus dynamique permet d’observer l’influence de la géographie, de l’espace et des genres de vie sur le religieux : ce n’est plus le religieux qui détermine l’ensemble de la vie sociale et de son interprétation. Venon soutient que cette rupture épistémologique consomme le passage d’une géographie religieuse à une géographie des religions qui, intégrant davantage le point de vue des croyants et de l’Église, délaisse le déterminisme naturel et religieux qui était au coeur de la géographie religieuse. On s’éloigne donc d’une perspective « paysagère » où le religieux imprègne les interprétations de la nature et où l’Église influence la compréhension de l’espace. Cette tendance, qui mène à une géographie des religions étudiant les faits religieux, est reprise au cours du 20e siècle sous différentes perspectives : Élisée Reclus et André Siegfried (étude du religieux en dehors des idéologies et des institutions), Jean Bruhmes et Pierre Deffontaines (géographie des religions spiritualistes), Pierre Gourou, Jacques Richard Molard et Xavier de Planhol (approfondissement des systèmes agri-religieux). Ce recadrage de la discipline vers une géographie des religions invite les chercheurs à utiliser des outils « statistiques et cartographiques, pour rendre compte de l’inscription individuelle et collective dans l’espace » (Venon, 2011, p. 142). En parallèle, on retrouve des périodes similaires dans le rapport entre géographie et fait religieux au Canada français. Selon Venon, la période qui s’étend du 17e siècle au début du 19e siècle est celle des explorateurs et des missionnaires. Elle est dominée par une perspective téléologique : le religieux détermine la nature, l’espace et l’activité humaine dans les récits géographiques, le paysage rend compte de « la complexité des rapports de l’homme au divin » (Venon, 2011, p. 141). À la fin du 19e siècle, une nouvelle étape s’amorce, celle de la « nation catholique ». Toujours selon l’auteur, la géographie au Québec demeure alors cloîtrée, sclérosée au sein de l’Église catholique. Un regard extérieur se développe toutefois avec l’intérêt grandissant de certains géographes français pour le Canada au tournant du 20e siècle. …

Appendices