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Comptes rendus

Maria De Koninck, Soeur Simone Voisine, Québec, Les Éditions du remue-ménage, 2014, 231 p.[Record]

  • Jacques Palard

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Les histoires de vie, lorsqu’elles sont consacrées à des personnalités représentatives de leur temps et de leur territoire, donnent à voir et à entendre la profondeur des changements vécus sur le plan à la fois individuel et collectif. De la manière dont la sociologue Maria De Koninck en rend compte, celle de soeur Simone Voisine comporte assurément cette qualité, et ce, pour au moins deux raisons : la condition institutionnelle et l’évolution du parcours professionnel, social et politique. Ces deux dimensions, qui, à l’évidence, s’entremêlent, permettent en effet de revisiter certains des points les plus marquants et les plus significatifs du Québec contemporain. Gérald Larose a ainsi raison d’écrire dans sa préface que cette vie « est un extraordinaire voyage intime à l’intérieur des évolutions qui ont donné naissance au Québec moderne » (p. 7). Le lecteur est invité à percevoir et à mesurer, au travers des avatars d’une vocation singulière, l’importance de la place qu’ont occupée les communautés religieuses féminines dans le Québec d’avant la Révolution tranquille, mais aussi bien au-delà. De 1927, date de la naissance de Simone Voisine, toujours membre de sa communauté et de facto informatrice principale de l’auteure, à 2013, terme de l’enquête, c’est près d’un siècle d’un important segment de l’Église et de la société québécoise qui se trouve personnalisé et finement décrypté. La vie dans une famille rurale du Bas-Saint-Laurent, les conditions de fréquentation d’une école de rang, l’initiation au monde des religieuses, l’entrée à 17 ans chez les Soeurs de la Charité, les étapes de la formation du juvénat au noviciat, l’accès à un secteur d’activité – celui de l’enseignement – : ce sont là autant d’instances et de moments qui permettent de donner forme à la façon dont une jeune fille décide de l’orientation qu’elle va donner à sa vie. Le choix paraît binaire : « le mariage ou la religion » (p. 43). Or, pour une femme, c’est en définitive la vie religieuse qui donne accès à la vie publique à travers l’engagement social, tout en lui évitant de se soumettre à l’autorité d’un mari. À cet égard, la longue carrière d’enseignante de Simone Voisine, pourtant d’abord forcée d’abandonner l’école à 14 ans, est pleinement réussie en ce qu’elle permet de gravir tous les échelons, sur le plan des diplômes progressivement acquis (jusqu’au doctorat) et sur celui des postes occupés (de la première année du primaire au cégep en passant par l’école normale de sa communauté). Dans l’exercice du métier s’affirment fortement trois lignes de conduite : l’attention portée par la pédagogue aux élèves les plus faibles, la passion de la langue française, qui trouvera également à s’exercer dans le développement d’activités culturelles novatrices (poésie, cinéma…) dans le cadre d’une étroite collaboration avec des artistes, et la constante capacité à s’accorder des marges de liberté, sans pour autant contester de front l’autorité des supérieures. En 1975, l’arrivée au Cégep de Gaspé, où elle enseignera pendant 18 ans les matières littéraires, constituera un tremplin dans le parcours de Simone Voisine, puisque ce sera l’occasion d’un déploiement de capacités jusqu’alors demeurées à l’état latent, d’abord sur le terrain syndical et politique puis sur celui de l’action communautaire. Les campagnes conduites par le Parti québécois lors du scrutin de novembre 1976 et du référendum de mai 1980 l’engagent sur la voie d’un militantisme politique qui se portera, quelques années plus tard, sur le Bloc québécois. L’engagement dans la CSN fut plus déterminant encore : malgré son peu d’expérience en la matière, elle devint dès 1976 vice-présidente du Conseil central de la Gaspésie, avant d’en assumer la présidence quatre ans plus tard. L’attrait qu’exerce …