Abstracts
Résumé
De nombreuses revues savantes sans but lucratif et portant sur les sciences sociales, humaines et les arts sont associées aux universités et aux sociétés savantes canadiennes. Elles maintiennent leur position particulière dans l’écosystème de la publication savante malgré la faveur généralisée dont bénéficient les revues internationales et commerciales ainsi que la publication en anglais. À l’aide de méthodes bibliométriques, cet article présente la dynamique existante entre revues et chercheurs canadiens en général, et ceux qui travaillent en français en particulier, en s’intéressant spécifiquement à la sociologie en tant que discipline à part. Les articles canadiens publiés dans les revues nationales sans but lucratif présentent deux à trois fois plus souvent des thématiques canadiennes que ceux publiés dans les revues commerciales internationales, et les revues dans lesquelles ils paraissent sont quatre fois plus souvent en libre accès. Malgré leur profil particulier, l’intensification des collaborations internationales pourrait mener à une baisse de la recherche sur les objets nationaux ainsi que de la publication en français, ce qui pourrait compromettre la viabilité et la pérennité des revues nationales et notamment de celles publiées en français.
Mots-clés :
- revues savantes,
- bibliométrie,
- français,
- libre accès,
- recherche,
- sociologie,
- Canada,
- Québec
Abstract
Many not-for-profit scholarly journals in the social sciences, humanities and arts are associated with Canadian universities and learned societies. They maintain their special position in the academic publishing ecosystem despite the prevalence of international and for-profit journals as well as English-language publishing. Using bibliometric methods, this article presents the dynamics between Canadian journals and researchers in general, and those working in French in particular, with a specific focus on sociology as a discipline in its own right. Canadian articles published in national not-for-profit journals are two to three times more likely to feature Canadian themes than those published in international for-profit academic journals, and the journals in which they appear are four times more likely to be open access. Despite the particular profile of Canadian articles, the intensification of international collaborations could lead to a decline in research on national topics as well as publication in French, which could compromise the viability and sustainability of national journals, especially those published in French.
Keywords:
- scholarly journals,
- bibliometrics,
- French,
- open access,
- research,
- sociology,
- Canada,
- Quebec
Article body
Les revues savantes nationales jouent un rôle particulier dans le transfert des nouvelles connaissances (Larivière, 2018; Moed et al., 2021). Au Canada, une forte majorité des revues savantes sont gérées par des universités, des sociétés savantes et des associations professionnelles (Larivière et al., 2021), notamment celles en sciences sociales et humaines (SSH). Le nombre de revues scientifiques actives en SSH y est estimé à environ 600 (Larivière et al., 2021) et celles-ci sont les plus susceptibles d’être publiées par des presses universitaires et d’autres entités non commerciales; une forte proportion est diffusée sur la plateforme de diffusion nationale de revues savantes Érudit ou par l’intermédiaire du logiciel de diffusion d’Open Journal Systems (OJS). Ces revues se caractérisent par la prévalence du libre accès comme mode de diffusion, ainsi que par des volumes d’articles relativement modestes.
Comparées aux revues publiées par les grands éditeurs commerciaux, à peu près tous basés à l’étranger, les revues nationales canadiennes se démarquent par leur rôle de diffusion de la recherche effectuée au Canada : près de la moitié des articles publiés dans les revues canadiennes en SSH ont au moins un auteur canadien (van Bellen, 2023). Plus de la moitié de ces revues publient une certaine proportion de leurs articles en français (en plus de l’anglais), ce qui renforce leur fonction de fédératrices de communautés de chercheurs nationales et régionales (Larivière et al., 2021). Néanmoins, leur impact est aussi international, puisque 75 % des consultations sur Érudit viennent de l’extérieur du Canada. Ces revues soutiennent la « bibliodiversité », soit la diversité des auteurs qui y publient, des sujets de recherche présentés, des acteurs de l’édition et des langues d’écriture. Cette bibliodiversité est synonyme d’un écosystème de publication diversifié et résilient (Hawthorne, 2015). Au Canada, l’importance des revues nationales est reconnue par les gouvernements fédéral et québécois, par l’entremise des programmes de soutien mis sur pied par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et le Fonds de recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC), soutenant près de 150 revues nationales.
Le numérique et la transformation de la publication scientifique
L’écosystème de la publication scientifique est en mutation, particulièrement depuis l’avènement du Web (Heimpel, 1999). Alors que le Web a contribué à dissocier le périodique scientifique de son contexte géographique et à « internationaliser » la diffusion des connaissances, de nombreuses revues en SSH demeurent fortement liées à leur environnement, en ce qui a trait autant à leurs objets d’étude, à l’origine des auteurs, des universités et sociétés savantes qui les gèrent qu’aux organismes publics qui les soutiennent.
Dans ce contexte, les revues canadiennes sans but lucratif font face à de nombreux défis. Une part croissante de revues sont détenues par les grands éditeurs commerciaux, dont Elsevier, Springer Nature, Wiley, Taylor & Francis et Sage Publishing (Larivière, Haustein et Mongeon, 2015), ce qui compromet la bibliodiversité de l’écosystème de diffusion des connaissances (Berger, 2021). Les méthodes d’évaluation des chercheurs étant souvent axées sur la publication dans les revues ayant un haut facteur d’impact (Garfield, 2006), de nombreuses revues se sont associées à des maisons d’édition commerciales afin d’augmenter leurs chances d’être indexées dans les principales bases de données bibliographiques, ce qui leur assure un bassin d’auteurs, de lecteurs et d’abonnés, et augmente leur facteur d’impact. De plus, en s’associant aux maisons d’édition commerciales, les revues stabilisent leur situation financière en tirant parti des lucratives ententes conclues entre éditeurs commerciaux et bibliothèques (Bergstrom et al., 2014). À ces ententes commerciales est également associée une internationalisation de l’autorat des revues (Asai, 2020). Bien que des études détaillées à ce sujet manquent, il semble raisonnable de déduire que ces associations avec les éditeurs commerciaux atténuent les particularités nationales des revues en SSH, et contribuent à la croissance de l’anglais dans la diffusion des connaissances. Larivière (2018) a conclu que la proportion d’articles en anglais publiés par les chercheurs québécois est en hausse depuis les années 1970 en sciences sociales et depuis les années 1990 en sciences humaines. Pour les revues canadiennes publiant en français, l’internationalisation et l’anglicisation de la recherche entraînent des conséquences sur la quantité et la qualité des articles soumis, une tendance signalée dans d’autres contextes par Salager-Meyer (2015).
L’adoption du libre accès comme mode de diffusion génère des défis supplémentaires pour les revues à but non lucratif, ainsi que des incertitudes financières. Afin de compenser les pertes associées à la fin des abonnements, certaines revues recourent à l’imposition de frais de publication aux auteurs. Cependant, ce modèle auteur-payeur est de plus en plus remis en question (Butler et al., 2023), en plus d’être peu adapté aux SSH, disciplines où les chercheurs bénéficient de moins de soutien externe pour couvrir de tels frais (Eve, 2014). De plus, les revues sont assujetties à de nouvelles pratiques éditoriales, de gestion du droit d’auteur, de nouveaux types de licences appliquées aux articles ainsi que d’utilisation d’identifiants pérennes, à la suite de l’adoption de nouvelles politiques par les organismes subventionnaires les finançant, tel le Plan S[1].
Incitatifs aux chercheurs
Autant les revues sont essentielles aux chercheurs, autant les articles de ceux-ci le sont pour les revues. Ainsi, la situation des revues savantes canadiennes reflète l’évolution des champs de recherche et la dynamique des réseaux de chercheurs (Gingras et Mosbah-Natanson, 2010). Par conséquent, la viabilité et la pérennité des revues savantes canadiennes dépendent des choix effectués par les chercheurs du pays, en fonction du prestige associé à ces revues, des thématiques de recherche des auteurs, de la langue de publication et du lectorat visé, entre autres. De façon générale, les pratiques d’évaluation de la recherche et la culture de concurrence entre chercheurs et institutions de recherche affectent plutôt négativement les revues savantes nationales. Les pratiques d’évaluation s’expriment par des incitatifs explicites ou des attentes tacites envers les chercheurs et ceux-ci se donnent conséquemment l’objectif de rehausser leur productivité ainsi que l’impact de leurs travaux (van Dalen et Henkens, 2012). La publication dans les périodiques internationaux et de langue anglaise constitue la voie la plus accessible pour l’atteinte de cet objectif. Le domaine de la sociologie présente un exemple révélateur de cette transformation : les réseaux canadiens ayant longtemps été considérés en isolement par rapport aux réseaux des États-Unis et de l’Europe occidentale, une tendance vers l’internationalisation s’est manifestée à partir des années 1980 (Fournier, 2002; Warren, 2014). Néanmoins, à l’instar des autres champs des sciences sociales (Larivière, Gingras et Archambault, 2006), ces réseaux se sont étendus afin de s’intégrer aux réseaux internationaux, tendance associée, au moins en partie, à la pression de publier dans les revues internationales, considérées comme plus prestigieuses (Warren, 2014).
La recherche sur les revues nationales et l’enjeu de l’indexation
Quelles sont les caractéristiques des revues canadiennes en ce qui concerne les nombres d’articles publiés, leurs origines géographiques, les maisons d’édition/diffuseurs et les langues de publication? Comment se comparent-elles aux revues internationales ou commerciales? Quelles fonctions remplissent ces revues pour les chercheurs? En analysant à la fois les revues indexées dans le Web of Science (WoS) et les revues diffusées sur la plateforme Érudit, Larivière (2018) a abordé certaines de ces questions sous l’angle de la langue de publication et de la nature des objets de recherche. Or, cette étude comportait deux limites importantes. D’abord, le WoS n’indexe principalement que les revues internationales en SSH (Mongeon et Paul-Hus, 2016), excluant ainsi les revues nationales de ses données. Ensuite, lors de cette étude, l’affiliation institutionnelle des auteurs des revues indexées sur Érudit n’était pas disponible et par conséquent, l’auteur avait inclus tous les articles diffusés sur la plateforme, quelle que soit l’origine de l’affiliation des auteurs, ce qui faisait en sorte d’inclure dans l’étude un grand nombre d’articles de chercheurs non canadiens.
La présente étude pallie en partie ces deux limites. D’abord, nous avons utilisé la base de données Dimensions qui, comparée au WoS, présente une indexation plus complète des revues nationales et qui est donc mieux adaptée pour la bibliométrie en SSH (Basson et al., 2022). Toutefois, l’indexation des affiliations y demeure nettement inférieure pour les revues nationales que pour celles associées aux grands éditeurs commerciaux, et particulièrement limitée pour les diffuseurs tel Érudit (van Bellen, 2023). Par conséquent, aucune base de données bibliométriques actuellement disponible ne permet d’obtenir un portrait complet des articles des chercheurs canadiens en SSH. Nous avons alors opté pour une analyse des caractéristiques de trois groupes de revues distincts : 1) les revues sans but lucratif canadiennes, 2) les revues commerciales basées au Canada, et 3) les revues commerciales étrangères. Le niveau d’indexation des revues commerciales dans Dimensions permet d’analyser celles associées aux cinq grands éditeurs, dont les affiliations sont indexées à plus de 80 % (van Bellen, 2023). Depuis la publication de l’article de Larivière (2018), l’ensemble des affiliations des articles publiés sur Érudit de 2015 à 2021 ont été indexées (van Bellen, 2021), permettant une analyse détaillée des publications des chercheurs canadiens diffusées sur la plateforme.
Structure des résultats présentés
Nous présentons d’abord un portrait des revues savantes canadiennes en SSH, en ce qui a trait aux éditeurs/diffuseurs, aux origines géographiques des auteurs, à la langue de publication et aux nombres d’articles diffusés. Ensuite, nous précisons les caractéristiques par lesquelles les revues nationales canadiennes se démarquent des revues internationales associées aux cinq grands éditeurs commerciaux. Afin d’optimiser la comparaison, nous avons analysé uniquement les articles signés par des auteurs canadiens, et ce, selon trois catégories : ceux des revues nationales sans but lucratif, ceux des revues nationales publiées par une des cinq grandes maisons d’édition commerciales et ceux des revues internationales du même groupe d’éditeurs. La présence de thématiques nationales et la prévalence du libre accès ont été analysées à partir de cet échantillon.
Nous avons également visé à explorer davantage l’effet des collaborations entre auteurs de différentes origines géographiques et linguistiques sur les objets de recherche et les langues de publication, et nous avons quantifié, pour les trois catégories de revues, la présence des articles en fonction des différents types de collaboration. Puis, nous démontrons l’effet des types de recherche sur les consultations des articles issus de celles-ci.
En raison de différences marquées entre les grandes disciplines des SSH, notamment quant à l’importance des maisons d’édition commerciales (Larivière, Haustein et Mongeon, 2015) et de la collaboration (Larivière, Gingras et Archambault, 2006), nous avons considéré séparément les sciences sociales (SS) et les sciences humaines et arts (SHA). De plus, nous avons mis l’accent sur les publications dans la discipline de la sociologie.
Méthodes
Constitution de l’échantillon
Les revues canadiennes en SSH ont été repérées à l’aide des identifiants (E)ISSN uniques des revues colligés précédemment dans Larivière et al. (2021). De ces revues, les articles ayant un DOI et ayant été publiés de 2015 à 2021 ont été extraits de la base de données Dimensions. Une analyse du nom de la revue et de sa description a permis d’identifier la discipline à laquelle elle est associée, soit les sciences sociales (SS) ou les sciences humaines et arts (SHA). Cet échantillon incluait à la fois des revues sans but lucratif et celles ayant une visée commerciale.
La base de données Dimensions a également été utilisée afin d’extraire les articles en SSH signés par au moins un auteur canadien ou publiés dans une revue canadienne diffusée par les cinq grands éditeurs commerciaux (Elsevier, Springer Nature, Wiley, Taylor & Francis, et Sage Publishing). Pour ces articles, nous avons déterminé l’origine de l’auteur en fonction de l’identifiant du Research Organization Registry (ROR). L’usage de cet identifiant pérenne permet de compiler sans ambiguïté les institutions de rattachement des auteurs. L’appartenance aux SSH était basée sur l’indexation des disciplines par Dimensions (Tableau 1), où chaque article est classé dans une ou plusieurs disciplines. Dans les cas où un article était associé à la fois aux SS et aux SHA, la discipline la plus fréquente a été retenue; advenant le cas où les liens disciplinaires étaient ex aequo, l’article a été considéré comme interdisciplinaire et il a été exclu des analyses. Au total, 5 % des articles ont ainsi été retirés. Dimensions n’indexe pas la langue des publications; afin de permettre l’analyse de cette composante, la langue a été repérée à l’aide de l’outil Academic Observatory de la base de données créée par Curtin Open Knowledge Initiative.
Tableau 1
Disciplines indexées par Dimensions au niveau de l’article, basées sur le Australian and New Zealand Standard Research Classification (Fields of Research), et disciplines équivalentes retenues pour l’étude (SS ou SHA)
Du contenu diffusé sur Érudit répondant aux critères d’inclusion, un total de sept revues des sciences naturelles ou de la santé ont été enlevées de l’échantillon. De plus, nous avons exclu 392 articles n’ayant pas de DOI ou dont aucun DOI ne pouvait être repéré. Les disciplines des articles de la plateforme ont été identifiées au niveau de la revue.
Enrichissement des données
Des variables supplémentaires ont été ajoutées pour chacune des publications. À la fois pour les données provenant de Dimensions et pour celles d’Érudit, le contexte géographique de l’objet de recherche a été identifié selon la présence de mots référant au Canada ou à ses provinces et territoires dans le titre ou dans le résumé de l’article (cf. Larivière, 2018).
Le statut de libre accès de chaque publication a été extrait à l’aide de l’outil Unpaywall (Priem et Piwowar, 2018). Cet outil identifie le statut actuel de l’article selon cinq catégories : doré, hybride, bronze, vert ou non libre (Tableau S1). La définition et l’usage de ces catégories sont discutés en détail par Piwowar et al. (2018). Il est à noter que le statut retenu est celui de 2023 et non celui du moment de publication de l’article.
Tableau S1
Détails de différents types de libre accès
Finalement, pour chaque affiliation, la langue « de travail » a été établie (français, anglais, autres). Bien que dans la plupart des cas, la langue nationale du pays des auteurs ait été utilisée, la langue dominante de la région dans laquelle se trouve l’établissement d’attache a été choisie dans les cas d’auteurs provenant d’institutions de pays ayant plusieurs langues officielles. Les institutions fédérales canadiennes ont été marquées « français-anglais » et l’anglais a été choisi pour les organisations identifiées comme étant transnationales, sans tenir compte de la localisation de leur siège.
Les publications en sociologie
L’analyse des pratiques de publication en sociologie incluait tous les articles répondant aux critères du jeu de données précédant, en plus d’appartenir au champ de la sociologie, c’est-à-dire contenant les chaînes de caractères sociolog* ou sociograph* dans le titre de la revue. Encore une fois, seules les revues des grands éditeurs et celles sur Érudit étaient retenues; cependant, grâce à son niveau d’indexation dans Dimensions, il a été possible d’inclure le Canadian Journal of Sociology, une revue nationale sans but lucratif qui n’est ni sur Érudit, ni associée à l’un des grands éditeurs commerciaux.
Résultats
Caractéristiques des revues canadiennes
Cette section présente l’analyse des articles des revues canadiennes en SSH, quelle que soit l’origine des auteurs. Nos analyses montrent que la publication savante canadienne en SSH est principalement concentrée sur Érudit (31 % des articles) et University of Toronto Press (15 %). Les dix éditeurs/diffuseurs les plus importants incluent à la fois des organisations à but non lucratif, dont les presses universitaires, et des éditeurs commerciaux (Tableau 2).
Tableau 2
Quantités d’articles savants publiés pour l’ensemble des revues canadiennes en SHSA, pour les dix éditeurs/diffuseurs les plus importants
Les revues sans but lucratif sont largement majoritaires au Canada, notamment en SHA, où 95 % des articles sont publiés par de telles revues. En SS, les revues sans but lucratif représentent 78 % du contenu publié. L’ensemble des éditeurs commerciaux ne représente que 16 % des articles, une proportion bien en deçà de ce qu’on trouve à l’échelle mondiale (30 %) dans ces disciplines pour la même période. L’absence d’éditeurs commerciaux semble avoir permis la mise en place d’un écosystème de revues relativement équilibré en ce qui a trait à la concentration d’articles au sein des revues : 20 % des revues les plus importantes ne publient que 45 % des articles en SS, et 50 % en SHA. Les revues sont également distribuées d’une façon plutôt uniforme à travers le pays, suivant à peu près la distribution de la population par province ou territoire (Figure 1), et ce, bien que l’Ontario et le Québec soient légèrement surreprésentés. Dans le cas de l’Ontario, ceci pourrait s’expliquer par la présence de la capitale nationale, Ottawa, laquelle est le choix de nombreuses sociétés et associations nationales. Dans le cas du Québec, cela est sans doute dû à sa spécificité linguistique, ainsi qu’au programme de soutien aux revues savantes du FRQSC et à la plateforme Érudit.
Figure 1
Proportion d’articles publiés en fonction de l’origine de la revue, par province et territoire, ainsi que la proportion de la population y habitant
Le contenu des revues canadiennes en SSH est à 62 % anglais et 36 % français. La présence des deux langues nationales diffère de façon importante selon la visée des revues. En SS, 46 % des articles des revues sans but lucratif sont en français, un pourcentage beaucoup plus important que les 8 % des revues commerciales. En SHA, les pourcentages sont de 34 % et 24 %, respectivement.
Caractéristiques des articles des auteurs canadiens dans les revues canadiennes
Prédominance des thématiques canadiennes
Une des missions principales des revues canadiennes est la diffusion des connaissances sur le Canada. Les revues basées au Canada ont une plus forte proportion d’articles couvrant des thématiques canadiennes que les revues basées ailleurs. En SS, ceci vaut autant pour les revues canadiennes sans but lucratif que pour celles ayant une visée commerciale : près de la moitié des articles ont un objet de recherche canadien (Figure 2). En revanche, environ 23 % des articles publiés par des Canadiens dans des revues commerciales basées hors Canada ont une thématique canadienne; les tendances sont comparables en SHA.
Figure 2
Proportion d’articles canadiens ayant un objet de recherche canadien, en fonction de leur visée et de leur origine, par discipline
En sociologie, les revues nationales, dont quatre à but non lucratif et une ayant un éditeur commercial, présentent cette même tendance. Les revues nationales sans but lucratif publient une forte proportion d’articles signés par des auteurs canadiens et portant sur un objet de recherche canadien (62 %). Toutefois, lorsque les chercheurs canadiens publient dans les revues commerciales basées hors Canada, seulement 22 % des articles ont une thématique canadienne.
Favoriser le libre accès en publiant dans les revues nationales
Pour les chercheurs canadiens, les revues nationales sans but lucratif facilitent la conformité aux politiques de libre accès des organismes fédéraux (CRSH, CRSNG, IRSC) et provinciaux (FRQSC, FRQNT, FRQS). Lorsque publiés dans les revues nationales sans but lucratif, plus de 80 % des articles des chercheurs canadiens sont disponibles en libre accès, autant en SS qu’en SHA (Figure 3). En revanche, les revues commerciales présentent une minorité du contenu canadien en libre accès, soit entre 16 % et 27 %. Les tendances sont semblables en sociologie, où les revues nationales sans but lucratif donnent un accès libre à 74 % des articles. Au-delà de la dichotomie ouvert/fermé, les types de libre accès varient de façon marquée. Lorsqu’en libre accès, les articles des revues sans but lucratif sont souvent du type bronze, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune licence spécifique et pourraient simplement être « ouverts » d’une façon temporaire. Les revues commerciales se caractérisent quant à elles par l’utilisation fréquente des modes hybride et, dans une moindre mesure, vert. La « qualité » des types de libre accès offerts ne peut être évaluée en détail, notamment en raison des différentes exigences des politiques en la matière. Par exemple, alors que les types bronze et hybride peuvent être conformes aux politiques canadiennes, ils ne le sont pas selon les critères du Plan S. D’autre part, le libre accès vert peut être conforme au Plan S seulement si certaines conditions sont respectées, notamment la présence d’une licence ouverte.
Figure 3
Présences relatives des différents types de libre accès en fonction des types et origines des revues ainsi que les disciplines
La dualité linguistique canadienne et les revues nationales
Si l’on considère les articles ayant au moins un auteur canadien, la très vaste majorité du contenu en français publié dans les revues nationales sans but lucratif provient d’auteurs affiliés aux organisations francophones (« auteurs francophones ») : 76 % des articles en français ont un autorat entièrement francophone et 11 % un autorat entièrement anglophone. Dans ce dernier cas, il pourrait s’agir en partie de chercheurs francophones affiliés à une institution de langue anglaise, mais travaillant en français. Les revues nationales sans but lucratif jouent un rôle essentiel pour la publication en français, puisque peu de revues commerciales, même basées au Canada, offrent cette possibilité.
Seul ou en équipe : influence sur la langue de publication des chercheurs francophones
La langue de publication des auteurs francophones est influencée par la langue des collaborateurs, ainsi que par leur établissement d’affiliation. Dans ce contexte, il importe de quantifier la prévalence d’articles rédigés par un seul auteur. En SHA, il s’agit de 66 % des articles, comparé à 64 % en sociologie et 30 % en SS. La part d’articles n’ayant qu’un auteur varie de façon importante en fonction de la visée de la revue. En SHA, 91 % des articles des revues sans but lucratif n’ont qu’un auteur, contre 56 % pour les revues commerciales basées hors Canada. En SS, les proportions sont 60 % et 24 % et en sociologie, 76 % et 56 %. Le français est nettement majoritaire parmi les articles signés par un auteur francophone publiant seul : 83 % en SHA et 74 % en SS, et même 89 % en sociologie.
En raison de la forte présence du français dans les revues nationales, la viabilité de celles-ci dépend de la volonté des chercheurs francophones de publier en français, mais également de la composition des équipes de recherche lors des collaborations nationales ou internationales. C’est pourquoi nous avons analysé spécifiquement les articles publiés par les chercheurs affiliés aux organisations canadiennes francophones en nous limitant, dans un premier temps, aux articles ayant un autorat entièrement canadien.
Collaboration nationale des chercheurs canadiens de la francophonie
Lorsque la publication est réalisée en équipe, celle-ci est dans la majorité des cas composée de chercheurs canadiens uniquement. En SS, 62 % des articles ayant au moins deux auteurs sont publiés entre collègues canadiens. Il en est de même pour 59 % des articles en SHA. Cette proportion est encore plus élevée en sociologie, où 83 % des articles d’au moins deux auteurs ont un autorat national.
Cependant, dans les équipes appartenant exclusivement à des institutions francophones, 46 % des articles en SS et 45 % des articles en SHA sont en français, proportions bien inférieures à celles des articles signés par un seul auteur. Il est possible que les projets en collaboration emploient plus souvent des méthodes quantitatives, ayant davantage une portée internationale, ce qui aurait pour conséquence que les articles en découlant seraient plus souvent publiés en anglais. De plus, ce transfert vers l’anglais en fonction du nombre d’auteurs pourrait être une conséquence des pratiques courantes d’évaluation. La publication en anglais est stimulée par les méthodes quantitatives d’évaluation de la recherche (Kancewicz-Hoffman et Pölönen, 2020), qui semblent engendrer également une volonté d’augmenter le nombre d’auteurs dans le but de faire paraître la publication comme ayant une plus grande portée (Fanelli et Larivière, 2016). Ainsi, l’usage de l’anglais et l’augmentation du nombre d’auteurs pourraient être liés aux pratiques courantes d’évaluation.
La présence du français décline fortement avec l’implication d’auteurs d’affiliations non francophones (Figure 4). En SS, 21 % des articles issus d’une collaboration nationale francophone-allophone sont en français; en SHA, la proportion est de 25 %. En sociologie, les collaborations de ce type sont trop peu nombreuses pour en faire l’analyse statistique.
Figure 4
Proportion d’articles en français écrits en collaboration et ayant au moins un auteur canadien francophone, en fonction du type de collaboration et de la portée des objets de recherche
Note : Le pourcentage et la couleur du cercle reflètent la proportion d’articles en français; la taille du cercle reflète le nombre total d’articles, pour chacune des grandes disciplines.
Au niveau national, l’usage moins fréquent du français lors des collaborations entre francophones et anglophones ne peut être associé clairement à une différence dans les thématiques de recherche. L’usage de l’anglais est aussi important pour les articles traitant des objets de recherche nationaux que pour ceux portant sur d’autres thématiques (Figure 4). Dans le cas du Canada, ce résultat n’est pas surprenant puisque l’anglais est l’une des langues nationales et que son usage n’est donc pas nécessairement associé à la publication de résultats sur des thématiques internationales.
Collaboration internationale des chercheurs de la francophonie
Quand les auteurs canadiens francophones travaillent en collaboration avec des chercheurs basés hors Canada, l’utilisation du français est très minoritaire et l’anglais devient la langue de préférence. Cet usage de l’anglais survient même lorsque la collaboration se fait avec des collègues de pays francophones. Ainsi, en SS, seulement 28 % des articles issus d’une collaboration entre chercheurs canadiens francophones et francophones hors Canada sont en français. En SHA, où ce genre de collaboration est plutôt rare, comme le montre le petit nombre d’articles repérés (58), la part du français n’est que de 24 %. Les équipes composées de chercheurs d’organisations canadiennes francophones et de collègues francophones basés à l’étranger choisissent donc en forte majorité l’anglais comme langue de publication.
De plus, le simple fait que les collaborateurs se trouvent à l’extérieur du Canada semble affecter l’emploi du français : la fréquence des collaborations entre francophones à l’international est de deux à trois fois inférieure à celle des collaborations entre francophones au niveau national, et ce, en tenant compte de la portée des objets de recherche (Figure 4). Toutefois, on note une exception pour ce qui concerne la recherche internationale entre francophones et ayant une thématique nationale en SS, où une part élevée (46 %) des articles est en français.
Les données montrent également que plus les chercheurs canadiens francophones travaillent avec des collègues de l’étranger, dans d’autres contextes linguistiques et sur des objets de recherche non associés au Canada, moins ils publient en français. Il n’est donc pas surprenant que seulement 5 % des articles soient en français lors d’une collaboration internationale avec des chercheurs allophones. On constate que, lors de collaborations internationales impliquant des chercheurs canadiens francophones, le choix de la langue de publication dépend de la nature de l’objet de recherche et de la langue dans laquelle travaillent les collaborateurs, mais il semble également associé à une variable « internationalité » agissant indépendamment des langues et de la portée des objets de recherche, variable qui se manifeste par une force poussant les chercheurs encore davantage vers l’anglais. Ce mécanisme reflète probablement la volonté de s’intégrer aux réseaux de recherche internationaux ou d’accroître le capital symbolique de la recherche.
Les revues nationales sans but lucratif comme vitrine de la recherche canadienne
Les choix linguistiques des chercheurs canadiens francophones se reflètent dans l’usage des différents types de revues. Les revues nationales sans but lucratif publient près de deux fois plus souvent des articles d’équipes entièrement canadiennes que les revues commerciales basées à l’étranger (Figure 5). Il en est de même pour les équipes entièrement francophones (incluant des chercheurs non canadiens). Ces proportions démontrent que les revues nationales sans but lucratif représentent la vitrine des travaux réalisés par les chercheurs canadiens, et que les revues nationales publiant en français sont essentielles à la collaboration entre chercheurs francophones au pays.
Figure 5
Composition des équipes d’auteurs pour les articles ayant au moins un auteur canadien francophone, en fonction du type de revue
Discussion
Rayonnement et impact des revues nationales
Bien que les bases de données bibliométriques développées au cours des dernières années permettent de mieux caractériser les modes de diffusion des connaissances hors des circuits internationaux, l’analyse des revues nationales se heurte encore aux limites de leur indexation. Une indexation incomplète des revues savantes canadiennes, des articles qu’elles publient et de certaines caractéristiques de ceux-ci, notamment l’affiliation des auteurs, empêche une analyse exhaustive des tendances de publication. Cette indexation incomplète des revues affecte également la « découvrabilité » de celles-ci : elles sont moins faciles à repérer lors du processus de recherche d’information scientifique. Cette difficulté aurait des répercussions sur les nombres de citations reçues (Schilhan et al., 2021), indicateur couramment employé afin de quantifier l’impact d’un article. Les articles des revues nationales auraient donc, en apparence, un impact moindre que ceux diffusés par les revues commerciales, mieux indexées et plus souvent en langue anglaise, ce qui a comme effet d’augmenter le lectorat potentiel.
Toutefois, les revues nationales sans but lucratif ont une fonction particulière dans la diffusion des connaissances. En analysant les consultations effectuées sur Érudit, Cameron-Pesant (2018) a montré l’importance des revues nationales en SSH pour le lectorat du Canada et d’ailleurs, en plus d’un effet positif du libre accès sur la consultation. À l’exception du Canadian Journal of Sociology, toutes les revues nationales sans but lucratif incluses dans nos analyses sont diffusées sur la plateforme Érudit. Pour ces revues, nous avons comptabilisé les consultations à l’aide de la norme Counter R5 (www.projectcounter.org), en fonction des objets de recherche et des origines de l’autorat. Les résultats montrent que les articles portant sur les thématiques canadiennes suscitent un intérêt particulier auprès du lectorat canadien, qui inclut, en plus des chercheurs, des praticiens, des citoyens et des étudiants universitaires et de cégep (Figure 6). En effet, pour l’ensemble des articles présentant un objet de recherche canadien, la médiane de la proportion des consultations en provenance du Canada se situe à 58 %, soit un niveau bien plus élevé que la médiane de 18 % pour les articles portant sur d’autres contextes. Fait intéressant, le contexte national de l’objet de recherche paraît plus important pour le lectorat canadien que l’origine canadienne de l’auteur (et la notoriété nationale dont il pourrait bénéficier), puisque la part nationale des consultations est plus élevée pour les articles présentant un objet de recherche canadien et signés par un auteur de l’étranger que pour les articles canadiens portant sur d’autres thématiques. Preuve que la proportion élevée des consultations nationales ne reflète pas simplement une absence d’intérêt de l’étranger, les articles présentant des objets de recherche canadiens et signés par au moins un auteur canadien sont presque autant consultés que les articles traitant d’autres thématiques et signés par des auteurs basés hors Canada (Figure 6). De plus, ils sont davantage consultés que les articles canadiens présentant d’autres objets de recherche.
Figure 6
Parts des consultations effectuées à partir du Canada, pour les articles diffusés sur Érudit de 2015 à 2019, en fonction de la portée de l’objet de recherche et de la présence/absence d’au moins un auteur canadien
Réseaux de diffusion et effets de l’internationalisation
Nos données ont montré que, pour les chercheurs canadiens francophones, la langue de publication est fortement associée à la portée de l’objet de recherche et au réseau de diffusion visé. Ce résultat rejoint les conclusions de Warren, qui, ayant étudié l’impact de la traduction des oeuvres en sciences sociales et humaines, notait un faible intérêt des communautés de chercheurs canadiens anglophones pour les monographies des auteurs francophones traduites en anglais (Warren, 2018). Le peu d’intérêt des communautés de chercheurs anglophones était notamment associé à l’isolement relatif des réseaux de recherche nationaux et non à une possible barrière linguistique.
Toutefois, les avantages de l’internationalisation de la recherche sont nombreux. L’internationalisation, dont la collaboration entre chercheurs originaires de deux pays n’est qu’un aspect (Gingras, 2002; Warren et Larivière, 2018), permet aux chercheurs de s’inspirer des méthodes de recherche développées ailleurs et d’échanger avec des chercheurs d’autres pays afin de mettre en contexte les nouvelles connaissances sur des thématiques nationales (Sivertsen, 2019).
En SSH, l’internationalisation est une tendance entamée depuis plusieurs décennies, bien qu’elle demeure moins marquée qu’en sciences naturelles (Gingras, 2002). Les collaborations internationales sont stimulées par des politiques de financement de la recherche, par exemple le PSO-International au Québec. Or, nos données montrent que ces incitatifs, aussi appréciables soient-ils, pourraient mener à défavoriser la recherche sur les thématiques canadiennes, ce qui se répercuterait sur le nombre de publications en français. L’intensification des collaborations internationales aurait comme effet collatéral de stimuler la publication dans les revues des maisons d’édition commerciales. Contrairement aux revues nationales, ces revues commerciales exigent généralement des frais de publication à l’auteur pour la publication en libre accès, ce qui engendre des coûts supplémentaires considérables pour les auteurs, les bibliothèques et les organismes subventionnaires (Butler et al., 2023). La part des articles publiés en mode hybride, modèle associé aux revues commerciales selon lequel les bibliothèques paient des frais d’abonnement alors que l’auteur paie des frais de publication afin d’ouvrir l’accès à son article, ne cesse de croître. En SS, la part des articles canadiens publiés de cette façon est passée de 2 % en 2015 à 13 % en 2021, alors qu’en SHA, la croissance est de 1 à 11 % pendant la même période.
⁂
Les revues nationales sans but lucratif en SSH se distinguent des revues des grands éditeurs commerciaux en ce qui a trait à la nature des objets de recherche, la langue de publication et la prévalence du libre accès. Bien que la sociologie canadienne montre une tendance à l’intégration dans les réseaux mondiaux, notamment américains, britanniques et australiens (Warren, 2014), nos données suggèrent que, pour les chercheurs canadiens, les revues canadiennes en sociologie, très utilisées par les chercheurs travaillant en français, se distinguent particulièrement des revues commerciales basées en dehors du Canada. Spécifiquement, les revues nationales continuent de se démarquer par leur fonction de diffuseur de connaissances sur les thématiques canadiennes. Malgré les avantages que les revues nationales sans but lucratif offrent aux auteurs canadiens qui y publient, la tendance vers l’anglicisation de la publication canadienne, accompagnée d’un recours croissant aux revues commerciales, risque de compromettre l’avenir de ces revues.
Alors que Larivière (2018) soulignait l’association entre la portée des objets de recherche, l’usage croissant de l’anglais et la hausse du nombre d’articles publiés dans les revues basées à l’étranger, nos données suggèrent que l’anglicisation et la publication dans des revues commerciales sont également associées au nombre de collaborations internationales, au moins pour les chercheurs des établissements francophones canadiens. En effet, les chercheurs francophones publient environ deux fois moins souvent en français lorsqu’ils collaborent avec des collègues francophones basés à l’étranger et de huit à dix fois moins souvent lorsqu’ils nouent des collaborations internationales avec des chercheurs d’autres aires linguistiques.
Les politiques nationales de la recherche en SSH valorisent à la fois la recherche intersectorielle, la création de réseaux de recherche nationaux et internationaux, le développement de la communication scientifique pour le grand public, la promotion du libre accès ainsi que l’intégration des meilleures pratiques en ce qui a trait à l’équité, la diversité et l’inclusion. Au Canada, les revues savantes nationales remplissent plusieurs de ces fonctions et elles semblent souvent mieux adaptées à cet égard que les revues commerciales basées à l’étranger. C’est pourquoi les politiques devraient promouvoir l’utilisation de ces revues par les chercheurs canadiens, d’abord en révisant les façons d’évaluer les chercheurs et spécifiquement en stimulant la recherche sur les thématiques nationales. De même, dans le contexte où la viabilité et la pérennité de plusieurs revues nationales sont précaires, le soutien à celles-ci, par les instances gouvernementales, les universités et les sociétés savantes, devrait refléter la valeur qu’ont ces revues pour l’ensemble de la société canadienne.
Appendices
Notes biographiques
Simon van Bellen est conseiller principal en recherche à la plateforme de diffusion de revues savantes Érudit. Il cherche à explorer divers aspects de la communication savante, en particulier les modes d'utilisation des revues scientifiques, le développement du libre accès et l'évaluation de l'impact de la recherche et de la publication. Il détient une MSI en bibliothéconomie et sciences de l’information (Université de Montréal; 2020) et un doctorat en sciences de l’environnement (Université du Québec à Montréal; 2011).
Vincent Larivière est professeur de sciences de l’information à l’Université de Montréal, où il est également titulaire de la Chaire UNESCO sur la science ouverte et vice-recteur associé (planification et communication stratégiques). Il est également directeur scientifique de la plateforme de diffusion de revues savantes Érudit et membre régulier du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Ses travaux de recherche portent sur 1) les politiques scientifiques et caractéristiques des systèmes de recherche, 2) les transformations, dans le monde numérique, des modes de production et de diffusion des connaissances scientifiques, 3) les enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion dans la communauté scientifique, 4) l’intégrité en recherche.
Note
-
[1]
Le Plan S est un mandat de libre accès formulé par la cOAlition S, qui regroupait, en mai 2024, 21 organismes subventionnaires publics (dont les Fonds de recherche du Québec) ainsi que 7 organisations caritatives et de recherche. La cOAlition S est coordonnée par Science Europe (www.coalition-s.org). Le Plan S est généralement considéré comme l’un des mandats de libre accès les plus stricts.
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List of figures
Figure 1
Proportion d’articles publiés en fonction de l’origine de la revue, par province et territoire, ainsi que la proportion de la population y habitant
Figure 2
Proportion d’articles canadiens ayant un objet de recherche canadien, en fonction de leur visée et de leur origine, par discipline
Figure 3
Présences relatives des différents types de libre accès en fonction des types et origines des revues ainsi que les disciplines
Figure 4
Proportion d’articles en français écrits en collaboration et ayant au moins un auteur canadien francophone, en fonction du type de collaboration et de la portée des objets de recherche
Figure 5
Composition des équipes d’auteurs pour les articles ayant au moins un auteur canadien francophone, en fonction du type de revue
Figure 6
Parts des consultations effectuées à partir du Canada, pour les articles diffusés sur Érudit de 2015 à 2019, en fonction de la portée de l’objet de recherche et de la présence/absence d’au moins un auteur canadien
List of tables
Tableau 1
Disciplines indexées par Dimensions au niveau de l’article, basées sur le Australian and New Zealand Standard Research Classification (Fields of Research), et disciplines équivalentes retenues pour l’étude (SS ou SHA)
Tableau S1
Détails de différents types de libre accès
Tableau 2
Quantités d’articles savants publiés pour l’ensemble des revues canadiennes en SHSA, pour les dix éditeurs/diffuseurs les plus importants









