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Recensions

Borges, C. et Desbiens, J.-F. (2003). Savoir, former et intervenir dans une éducation physique en changement. Sherbrooke : Éditions du CRP.

  • Carlo Spallanzani

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  • Carlo Spallanzani
    Université de Sherbrooke

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Un collectif pose toujours le défi d’assurer une cohérence interne autour d’une problématique commune. Celui-ci relève bien le défi, car chacun des auteurs articule son texte en montrant l’évolution actuelle des programmes de formation en éducation physique ou encore présente des résultats d’études sur les pratiques enseignantes. Ces réflexions ou résultats de recherche montrent bien que la formation initiale, dans son format traditionnel, a offert des retombées mitigées sur les pratiques de terrain. Par ailleurs, les réformes actuelles ont sérieusement ébranlé les approches traditionnelles et disciplinaires de formation en éducation physique.

Les auteurs de ce collectif relatent les efforts investis actuellement pour offrir une formation qui corresponde davantage aux exigences de la pratique en milieu scolaire que ce soit en France, en Amérique latine ou au Québec. Ils relèvent les difficultés auxquelles se heurtent leurs concepteurs pour ce changement assez drastique de paradigme. À partir d’une formation disciplinaire disparate où l’intégration était laissée à la seule responsabilité de l’étudiant, les auteurs soulignent à maintes reprises la nécessité d’une meilleure concertation tout au long du cursus de formation universitaire articulant plus étroitement la formation théorique, principalement offerte par les universités ou IUFM (Institut universitaire en formation des maîtres) et la formation pratique que ce soit en milieu protégé (micro-enseignement) ou en milieu plus réel (stage supervisé) où l’effet « modeling » en présence des enseignants du milieu est particulièrement prégnant.

Également, il est question des préconceptions qui animent les futurs maîtres lorsqu’ils s’engagent dans leur parcours de formation et relèvent une certaine répulsion envers les programmes officiels d’enseignement, ce qui n’est pas sans provoquer une remise en question de leur identité professionnelle. Il s’avère donc nécessaire d’harmoniser les discours et les activités de formation quelles soient sous la responsabilité de professeurs universitaires ou d’enseignants en milieu scolaire. En effet, le développement professionnel en milieu scolaire ne peut être laissé aux aléas d’une formation « sur le tas » sans une certaine concertation de façon à optimiser l’encadrement offert aux stagiaires en particulier.

Ainsi, il est éclairant de citer Grosstephan qui résume, dans son chapitre, cette nouvelle vision en formation des maîtres :

L’expérience, c’est donc à la fois l’action et la prise de recul par rapport à cette action. Ce deuxième élément permet de distinguer très nettement la notion d’expérience de la notion d’ancienneté. L’expérience professionnelle ne se résume pas au temps passé à pratiquer, bien qu’elle l’intègre. Nous pouvons dire ainsi que prendre appui sur l’expérience signifie que les compétences se construiraient grâce à ce vécu et au recul réflexif qu’on serait capable d’avoir sur ce vécu. De fait, le lien entre l’expérience et la formation initiale se resserre nettement en conférant à cette dernière la mission de doter les enseignants débutants d’attitudes, d’habitudes et aussi d’outils intellectuels pour analyser leur(s) pratique(s). On peut ainsi considérer qu’une partie du savoir des enseignants résiderait dans la connaissance et l’utilisation appropriée de ces outils intellectuels.

p. 44

Au plan de la recherche, les auteurs qui abordent cette question constatent le fossé traditionnel entre les intérêts et pratiques des chercheurs universitaires et les besoins des milieux de pratique. Toutefois, à la lecture de certains des textes proposés, nous constatons une nette évolution vers des démarches qui interrogent les fondements de la pratique enseignante tout en s’inscrivant dans des démarches méthodologiques respectueuses des pratiques et de l’écologie du milieu scolaire.

En conclusion, bien qu’ils soient familiers aux personnes qui ont oeuvré de près au développement des programmes en éducation physique, les auteurs présentent de façon « fine » la problématique et les défis qui incombent aux formateurs de maîtres. Leur discours est sans équivoque à cet égard et nous invite à poser des regards novateurs autant au regard de la formation que de la recherche sur la formation professionnelle. Nous recommandons fortement cet ouvrage autant aux formateurs des maîtres – ici entendu autant les formateurs universitaires et particulièrement les collègues qui inscrivent leurs pratiques de recherche et de formation dans des secteurs disciplinaires « pointus » – qu’à ceux qui sont identifiés de plus en plus comme des partenaires incontournables, les enseignants en milieu scolaire.