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Recensions

Théorêt, Y. (2008). David contre Goliath. La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO. Montréal, Québec : Éditions Hurtubise HMH

  • Denis Simard

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  • Denis Simard
    Université Laval

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De toutes les questions suscitées par la mondialisation, celle de la culture est chargée d’inquiétude. Sommes-nous en face d’une uniformisation de l’humanité sous la forme d’une culture mondialisée, ou marchons-nous vers la valorisation de la diversité de ses expressions culturelles ? Cette question est au coeur de cet ouvrage, dirigé par Yves Théorêt. Ce livre arrive à point nommé. En effet, depuis l’adoption de la Convention en 2005 par les États membres de l’UNESCO, ses détracteurs ont organisé la riposte pour en limiter l’application et miner sa légitimité. En outre, la Convention soulève des questions économiques, technologiques, politiques et légales. Il était donc nécessaire d’en faire une analyse et une lecture actuelle et prospective. C’est ce que proposent ici quinze chercheurs de l’Université du Québec à Montréal, qui posent un regard pluriel, analytique et critique sur le contenu, les enjeux et les finalités de la Convention.

Regroupées sous les thèmes Idéation, Idée Monde et Idée Nation, les contributions apportent des réponses nuancées sur les effets de la mondialisation et proposent des analyses qui dégagent les forces et les faiblesses de la Convention. Dans la première partie, on lira le texte d’Yves Théorêt, où il retrace l’évolution qui a mené à la reconnaissance de la diversité des expressions culturelles. Celle-ci est inséparable de la libéralisation des échanges, qu’elle cherchait à limiter. Nous soulignons aussi la contribution critique d’André Mondoux et de Jean-Guy Lacroix. Ils distinguent une vraie et une fausse diversité culturelle et montrent que la Convention participe de la dynamique de l’uniformisation culturelle, lors même qu’elle prétend s’y opposer. La deuxième partie aborde des questions comme le déséquilibre entre le Nord et le Sud dans la distribution des productions culturelles, celle de l’utilité de la Convention dans un contexte dominé par les technologies numériques qui ne connaissent pas de frontières, enfin celle de l’avenir de la Convention, qui pourrait bien trouver du côté de la musique world beat les lignes de son évolution. On lira le texte de Catherine Dumais, qui nous permet de comprendre le refus des États-Unis de signer la Convention. Les intérêts économiques jouent certes un rôle important, mais il faut aussi tenir compte de son évolution historique et culturelle, de sa conception particulière du rôle de l’État et de l’émergence de la culture de masse. Dans la troisième partie, le lecteur trouvera des textes sur les impacts de la Convention au Canada et au Québec. Éric Georges s’intéresse au rôle de l’État en lien avec les politiques canadiennes visant à assurer un contenu canadien à l’heure de la diversité culturelle. Noémie Dansereau-Lavoie examine le modèle culturel québécois, favorable à la créativité et à la participation citoyenne, et s’interroge sur le sens à donner à l’expression diversité culturelle. S’agit-il de la diversité de l’offre culturelle, ce qui pourrait bien être une stratégie marchande, ou de la diversité culturelle de l’humanité au sens anthropologique ? C’est une question essentielle qui touche à deux mouvements de fond de la culture actuelle : la mondialisation et la diversité culturelle. Qui est David, qui est Goliath ? Une histoire à suivre…