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Recensions

Croché, S. (2010). Le pilotage du processus de Bologne. Louvain-la-Neuve, Belgique : Éditions Academia-Bruylant

  • Élena Porshneva

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  • Élena Porshneva
    Université linguistique d’État, Nijni Novgorod

Cover of La littérature de jeunesse : le lecteur, l’oeuvre, les passeurs et le passage, Volume 39, Number 1, 2013, pp. 7-255, Revue des sciences de l’éducation

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Parmi les ouvrages consacrés au processus de Bologne, ce livre occupe une place singulière. Consacré à la description sociohistorique de l’évolution du processus depuis son lancement jusqu’au projet de la stratégie Europe 2020, cet ouvrage marque une date dans l’étude de sa contribution aux réformes de l’enseignement supérieur européen. En suivant strictement la logique de la théorie de l’acteur-réseau (Foucault, Callon, Latour, Law et autres), Croché montre comment la traduction des volontés et des ambitions des acteurs du processus a influencé les politiques d’éducation et a contribué aux mutations du processus. Textes officiels à l’appui, elle suit le développement des relations entre les acteurs aux intérêts divergents (États, organisations, et le système), elle raconte la chronologie des situations à travers les conflits et alliances des acteurs. La lecture du livre est très enrichissante pour tout enseignant amené à participer à la restructuration du supérieur. Il est captivant de prendre conscience de la façon dont chacun de ses initiateurs a cherché à orienter le processus à son avantage, à révéler les tactiques appliquées par la Communauté européenne pour influencer le pilotage du processus dont elle avait été exclue à son lancement en 1998. Le livre révèle les motifs, la genèse du processus et tout ce qu’on a toujours voulu savoir sur les relations entre l’Europe, l’European Round Table, l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’Organisation mondiale du commerce, la stratégie de Lisbonne et la marchandisation de la connaissance à l’échelle européenne et mondiale. On apprend comment l’idée de l’Espace économique européen, justifiée d’abord par la nécessité d’augmenter l’attractivité du supérieur européen, discutée sur le plan national, se concrétise au cours des discussions internationales et obtient sa légitimité et sa crédibilité, comment le projet d’harmonisation des enseignements supérieurs conçu dans les années 1950 et lancé en 1998 se métaphorise vers la mondialisation financière, comment la Communauté européenne, acteur-traducteur, se transforme en macro-acteur prenant en mains le pilotage du processus.

Citer des documents officiels adoptés dans les années 1980-1990 permet de mettre en évidence les efforts des structures européennes, concentrées d’abord sur la reconnaissance des titres, la comparabilité et la compétitivité des systèmes, pour s’orienter vers la mobilité et les liens entre enseignement et monde du travail. Les apports de diverses organisations internationales renforcent la volonté de la Communauté européenne de jouer le rôle central dans le pilotage du processus en matière de recherche, d’éducation, de formation, d’innovation, afin de développer une véritable Europe de la connaissance.

Ce qui augmente l’impact de la recherche de Croché, c’est son analyse de la terminologie utilisée dans les documents concernant la création de l’Espace économique européen. La comparaison des termes employés par les initiateurs du processus lui permet d’identifier leurs particularités sémantiques, de révéler les traits spécifiques qu’ils leur rajoutent, de faire la preuve de la reformulation des politiques du supérieur et de la transformation de la vision de la société sur les universités que le processus a impliquées. Nous voyons comment s’élar- git le champ du processus de Bologne en modifiant le paysage institutionnel et la coordination des acteurs-réseaux. Il ne reste qu’à recommander vive- ment cet ouvrage à tous ceux qui s’intéressent au développement du supérieur au XXIe siècle.