Revues critiques

QU’EST-CE QUE LA VÉRITÉ ?Sur une notion centrale de Jean

  • Michel Gourgues

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  • Michel Gourgues, o.p.
    Faculté de théologie, Collège universitaire dominicain, Montréal et Ottawa

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Cover of Volume 74, Number 1, January–April 2022, pp. 1-159, Science et Esprit

Il y a 45 ans, en 1977, paraissait en français l’ouvrage très fouillé d’Ignace de la Potterie sur La vérité dans saint Jean. C’est le même thème que se propose d’explorer, non plus en deux tomes et 1128 pages bien comptées, mais plus modestement et de façon moins technique, en un peu plus de 150 pages, le petit livre de haute vulgarisation que vient de publier Yves-Marie Blanchard : « L’enquête ici entreprise, écrit-il dans l’introduction, n’aura d’autre visée que, sinon définir, du moins circonscrire l’idée de vérité selon saint Jean. » La notion de vérité est en effet centrale dans la littérature johannique. En plus du substantif alètheia (« vérité »), présent 25 fois dans l’évangile et 20 – plutôt que 15, tel qu’indiqué, par inadvertance sans doute, à la p. 126 – dans les trois lettres, on y trouve encore à 30 reprises les adjectifs alèthès (« vrai ») et alèthinos (« véritable ») et à 8 reprises l’adverbe alèthôs (« vraiment, véritablement »), pour un total de 83 occurrences en 28 chapitres. Une notion complexe, comme le laisse déjà entrevoir par anticipation l’introduction : « Telle nous apparaît (…) la vérité selon saint Jean : fluide et dynamique, vivante et quasiment insaisissable, en tout cas proposée à la recherche et donnée à découvrir peu à peu, au fil des lectures et relectures. » (p. 15) Une chose du moins se dégage clairement, maintes fois répétée de diverses manières d’un bout à l’autre de l’enquête, à savoir ce que n’est pas la vérité johannique : « En tout cas, elle ne désigne ni un corps de doctrines, qu’il suffirait d’assimiler intellectuellement, ni une réalité abstraite et purement spirituelle, inaccessible par nature. (…) Il ne faudrait pas (…) enfermer la vérité dans le carcan d’affirmations abstraites ou théoriques. La vérité chrétienne est tout autre que notionnelle ou dogmatique… » Qu’est-ce donc, en positif, que la vérité ? À cette question posée par Pilate à Jésus (Jn 18,38), l’ouvrage, tenant compte de ses dimensions restreintes et renonçant à l’exhaustivité, choisit de répondre en six chapitres, cinq se rapportant à l’évangile et un dernier aux trois lettres johanniques. Chacun d’eux présente trois sections organisées autour d’un thème plutôt que selon l’ordre strict des écrits, ne s’interdisant « ni retours en arrière ni projections en avant dans le cours de l’évangile » (p. 14). Ainsi, le chapitre I (« Grâce et vérité ») considère d’abord les premières occurrences du thème dans le prologue (1,14.17), puis le triptyque « chemin, vérité et vie » (14,6), pour revenir à l’expression « en esprit et en vérité » présente en 4,23-24 dans le dialogue avec la samaritaine. Le chapitre II (« Mensonge et vérité ») se concentre presque exclusivement sur les controverses de Jn 7-8, dont il présente en trois étapes une sorte de commentaire attentif à situer et à éclairer les occurrences du thème. Appliqué à en dégager certaines implications éthiques, le chapitre III (« Faire la vérité »), scrute d’abord le sens de la formule de Jn 3,21, où la vérité apparaît comme l’opposé du mensonge, lui-même relié au meurtre. Il passe ensuite à la grande prière finale de Jn 17 où la vérité est mise en relation avec la sanctification des disciples (17,17) et leur communion dans l’unité (17,21-23). Revenant ensuite à Jn 14-16, le chapitre IV (« L’Esprit de vérité ») porte sur les cinq promesses du don de l’Esprit Saint dans le discours d’adieu et sur sa désignation comme Pneuma tès alètheias voisinant celle de Paraklètos. Intitulé « En vérité », le chapitre V vient clore l’enquête à …

Appendices