Book Reviews / Comptes rendus

Histoire des sciences de la vie. Par Pascal Duris et Gabriel Gohau (Paris: Éditions Belin, deuxième édition, 2011. 246 p., index des noms de personnes. ISBN 978-2-7011-5987-4 29,50 €)[Record]

  • André Leblanc

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  • André Leblanc
    Collège Dawson

Histoire des sciences de la vie. Par Pascal Duris et Gabriel Gohau (Paris: Éditions Belin, deuxième édition, 2011. 246 p., index des noms de personnes. ISBN 978-2-7011-5987-4 29,50 €) « La science va sans cesse se raturant elle-même ». Cette belle citation de Victor Hugo, avec laquelle les auteurs amorcent leur histoire des idées fondatrices de la biologie, saisit bien l’approche de ce livre destiné à un grand public cultivé. Plutôt que de présenter la science comme une succession linéaire de découvertes, les auteurs relatent ses nombreux tâtonnements, donnant ainsi aux lecteurs « le sentiment de participer aux différents développements d’une science en train de se faire plutôt que de passer en revue les diverses étapes d’une science faite » (p. 7, souligné par les auteurs). Toujours dans la même optique, Pascal Duris et Gabriel Gohau ont préféré une présentation thématique plutôt que chronologique de leur sujet, leur permettant ainsi de mieux mettre en valeur les « ratures fécondes » de la science (Hugo, William Shakespeare). Les trois premiers chapitres sont organisés selon les thèmes de continuité et de discontinuité dans les sciences de la nature, de l’Antiquité à nos jours. Le premier fait l’inventaire des différents systèmes de classification dans le monde animal et végétal, et porte une attention particulière à la « science divine » du grand naturaliste suédois, Carl Von Linné. On évoque également la place taxonomique des insectes aux 17e et 18e siècles (siècles au cours desquels on unissait parfois les fourmis et les scarabées aux étoiles de mer, aux méduses, aux lézards, et même aux crocodiles). L’histoire des concepts taxonomiques, de l’échelle des êtres à notre cladisme contemporain, se poursuit dans le chapitre suivant à travers le problème des espèces (sont-elles réelles ou fictives ?) et par l’exposé des contributions apportées par les naturalistes français Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier, et Lamarck, entre autres. Le troisième chapitre aborde la question du transformisme, des matérialistes du 18e siècle aux créationnistes du 20e. Ici, on pourrait regretter le peu de cas fait à « l’industrie darwinienne », cependant on comprend que les auteurs tiennent surtout à orienter notre regard vers les aspects quelque peu négligés de l’histoire de l’évolution, et ce, en explicitant notamment les idées transformistes de philosophes tels que La Mettrie, Diderot et Maupertuis. À titre d’exemple, nous apprenons que ce dernier ne proposait rien de moins qu’un mécanisme à travers lequel les espèces se seraient transformées de siècle en siècle à partir d’un ancêtre commun, à savoir par des « productions fortuites » d’erreurs dans la transmission des traits d’une génération à l’autre (p. 51). Autre fait surprenant : que l’échelle et l’arbre aient longtemps servi à représenter l’ordre du vivant est bien connu, mais peu savent que la carte géographique, parfois même dotée d’une « rose des vents pour s’orienter », aurait, elle aussi, servi de modèle à de nombreux naturalistes aux 18e et 19e siècles (p. 33). La deuxième partie du livre s’articule autour du thème de l’origine et de la transmission de la vie. Le chapitre quatre raconte l’histoire tumultueuse de la génération spontanée, des expériences de Van Helmont au 17e siècle confirmant l’apparition de la vie à partir d’un substrat non vivant (en l’occurrence des souris à partir de grains de blé dans un récipient bouché par une chemise sale), à celles de Redi la réfutant, puis à celles de Spallanzani qui, au 18e, nia de nouveau cette hypothèse en l’appliquant cette fois aux êtres microscopiques, pour conclure sur le débat entre Pasteur et Pouchet au 19e , lequel finit ...