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De la stigmatisation vers le rétablissement[Record]

  • Luc Vigneault

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  • Luc Vigneault
    Patient partenaire

De nos jours, l’angoisse d’être reconnu comme fou demeure réelle. J’ai regagné une vie satisfaisante malgré mon trouble de santé mentale et mes nombreuses hospitalisations. C’est donc pour donner espoir aux gens qui se croient condamnés à vie, ainsi qu’à leurs proches, que je propose ce témoignage. Dans les prochains paragraphes, il s’agira d’aborder la stigmatisation institutionnelle, et comment le savoir expérientiel est un vecteur du rétablissement et de l’espoir. Je me souviens, comme si c’était hier, d’un de mes premiers contacts avec la psychiatrie. Tout s’est bousculé dans ma tête, je me suis senti jugé, condamné. Qui plus est, je ne pouvais et ne devais pas résister. Avec tous les médicaments que j’avais dans le corps, comment aurais-je pu seulement réagir ? « Vous souffrez de schizophrénie ». Tout à coup, pris de vertige, tous mes rêves se sont écroulés. Tous mes projets, mes ambitions : finis ! Même mon souhait d’être admis à l’université avait disparu. Une seule parole et j’étais complètement abattu, impuissant. La première fois, en pleine crise, je me souviens : la psychiatre n’arrivait ni à me comprendre ni à m’apaiser, alors j’ai décidé de quitter son bureau. « Code blanc à l’urgence ! » Arrivée en renfort, une équipe soignante (pour moi, elle prend l’aspect d’une « équipe de football » très bien entraînée) se rua sur moi comme sur un ballon. Je connais les rouages du sport et tentais par tous les moyens de m’échapper. J’étais terrorisé, je hurlais comme une bête traquée. La tentative échoua, ils n’arrivèrent pas à me maîtriser. Une deuxième équipe arriva et là, à 10, ils y parvinrent avec difficulté. Dans une chambre d’isolement, ficelé comme un saucisson, piqûre d’halopéridol à libération rapide. J’étais humilié. J’étais venu là pour chercher des soins, me faire aider, me faire enlever cette souffrance, et comme réponse, j’ai vécu une agression. La violence institutionnelle de cet épisode m’a profondément marqué et a engendré, pendant une longue période, une grande méfiance envers les intervenants. Je croise des gens partout dans l’hôpital. On vit tous dans la souffrance et on a cette impression très précise de ne pas être compris par les intervenants, et ce, à cause de la méthode d’intervention de crise, la méthode PAP : « pogne – attache – pique ». La première rencontre à l’hôpital est trop souvent un traumatisme. Il faut changer cette mentalité et créer une réadaptation fonctionnelle. Elle saura assurément offrir de bons et meilleurs résultats. Aujourd’hui, ce genre d’incident se produit de moins en moins grâce à la méthode OMÉGA. Cette méthode d’intervention de crise fait appel à la pacification de la crise et agit sur l’émotion de l’individu plutôt que sur son comportement. Depuis ces tristes jours, je me suis réapproprié la maîtrise de ma vie grâce, entre autres, au soutien constant d’hommes et de femmes qui m’ont toujours considéré comme une personne et non comme une maladie. J’ai croisé des gens qui pensaient autrement et vu – je dis bien vu – des personnes ayant souffert autant que moi réussir à se réapproprier le pouvoir sur leur vie. L’espoir est ainsi apparu. Toutefois, pour atteindre une qualité de vie, il est primordial que les personnes utilisatrices de services en santé mentale soient parties prenantes de leur intégration, c’est-à-dire qu’elles jouent un rôle actif plutôt que passif, qu’elles soient au centre des décisions, tout en jouissant du pouvoir d’agir sur leur vie ! À ma sortie de l’hôpital, je vivais de la stigmatisation et j’étais prisonnier des effets iatrogènes induits par mes médicaments. J’étais un fidèle adepte du phénomène de la porte tournante, pris …

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