Restricted access to the most recent articles in subscription journals was reinstated on January 12, 2021. These articles can be consulted through the digital resources portal of one of Érudit's 1,200 partner institutions or subscribers. More informations

In memoriam

La confrontation des féministes en particulier au racisme en généralRemarques sur les relations du féminisme à ses sociétés[1][Record]

  • Colette Guillaumin

…more information

  • Colette Guillaumin
    CNRS-URMIS

Le féminisme, sous ce nom et comme mouvement contestataire collectif, est né en même temps — dans la première moitié du 19e siècle — que le mouvement (contestataire collectif) anti-esclavagiste. Non seulement en même temps mais entretenant avec lui des liens fondateurs, ceci en deux sens : en ce que certains de ses membres l’étaient également du mouvement contre l’esclavage et en ce que l’un des moments fondateurs du féminisme contemporain, la rencontre de Seneca Falls, est en partie issue d’un conflit au sein du mouvement anti-esclavagiste. On peut d’ailleurs voir une photo prise lors d’un meeting de Frederick Douglass, ancien esclave, figure déterminante du mouvement anti-esclavagiste, où l’assistance est composée de plus de femmes que d’hommes.1 Le rôle joué par Le Deuxième Sexe (1949) dans la renaissance féministe des années soixante de notre siècle est évident, quelle que soit en cette occurrence la nature attribuée à ce texte : celle d’être un mythe de référence ou celle d’initiateur ou de catalyseur du mouvement. L’introduction que Simone de Beauvoir a faite à son livre place d’emblée, dans une perspective sociale et historique, les femmes dans une situation analogue (ce qui n’est pas dire semblable) à celle d’autres groupes infériorisés : « […] qu’il s’agisse d’une race, d’une caste, d’une classe, d’un sexe réduits à une condition inférieure, les processus de justification sont les mêmes ». Les similitudes entre le féminisme et d’autres mouvements d’émancipation sont à la fois pratiques et théoriques. Elles relèvent d’une expérience commune, celle d’une situation comparable dans le système social et celle de la protestation contre cette situation ; sur le plan théorique, elles impliquent une description parente des systèmes d’oppression. Mais plus, c’est une constante que, parmi les minoritaires, les femmes quelles qu’elles soient, comme les juifs en général, sont plus fréquemment engagées dans les mouvements d’émancipation et de libération d’autres groupes que le leur ou à visée universelle. Et que elles/ils le sont également, plus fréquemment, dans l’étude des phénomènes de minorité et de domination touchant des groupes autres que le leur. L’histoire des mouvements antiségrégationnistes aux États-Unis, anti-apartheid et anticolonialistes en Afrique et en Europe, comme le développement, dans les pays industrialisés, des recherches sur les discriminations et le racisme en témoignent. Quelle que soit la façon de le voir, il ne peut pas échapper à l’observation qu’il existe un lien entre les mouvements et préoccupations minoritaires et le féminisme, non seulement, bien sûr, parce qu’il est l’un d’entre eux mais aussi à travers les femmes qui sont leurs actrices, la conscience qu’elles ont de l’état de leur société et les projets qu’elles ont sur ce que devrait être cette société. Quel caractère spécifique présente le mouvement ou la mouvance féministe si on les compare aux autres mouvements d’émancipation (ce terme est faible ou imprécis, mais je ne vois que lui pour recouvrir des projets aussi divers et parfois porteurs de contradictions que sont la liberté des individus et leur autonomie, les droits civiques, les aspirations nationales, les libérations coloniales, etc.) aux mouvements antiracistes ou aux mouvements de défense des droits humains (dits en France « Droits de l’Homme »), etc. ? D’abord, bien sûr sa spécificité est d’être concerné par les femmes, mais il n’est pas si évident de dire quelle est la nature de ce concernement. Proche des combats anti-discriminatoires et antiracistes, il est antisexiste par définition. L’antisexisme est le dénominateur commun de toutes ses formes. Mais ce dénominateur commun n’entraîne pas de facto un projet de société et surtout il n’implique nullement une analyse identique des formes que prend le sexisme, de leur mécanisme ou de leur …

Appendices