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Feuilleton

Schlabîme[*]Au sujet de : Pegida — Dresde — Erich KästnerSchlund[Record]

  • Peter Richter

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  • Peter Richter

  • Traduction de l’allemand au français
    Barbara Thériault

  • Traduction de l’allemand au français
    Thomas Schmidt-Lux

Dans ce texte paru en janvier 2015 dans les pages de la Süddeutsche Zeitung, le correspondant culturel du quotidien à New York, Peter Richter, réagit à la popularité de Pegida. Le mouvement a vu le jour à Dresde à la fin de 2014. Ses membres se mobilisent contre l’immigration, l’islam, la politique de la chancelière Angela Merkel et, de façon générale, « l’establishment ». Rapidement, ils sont très nombreux à se rassembler tous les lundis. Le choix du jour, ainsi que certains des slogans scandés et lieux investis, ne sont pas anodins : ils font écho aux grandes manifestations de la fin des années 1980 en République démocratique allemande (RDA). Au-delà de Dresde, les manifestations Pegida font parler d’elles ; elles suscitent des initiatives similaires dans d’autres villes, mais aussi de nombreuses contre-manifestations. En janvier 2015, Peter Richter quitte New York pour Dresde, la ville de sa naissance et de sa jeunesse. C’est en sa qualité d’observateur, à la fois proche et lointain, qu’il décrit ici les manifestations. Et, tout à coup, on attend de nouveau un tram au centre-ville, là où une manifestation du lundi doit avoir lieu ; comme à l’époque, il y a de cela une éternité de 25 ans, lorsqu’on n’était déjà plus un gamin, mais quand même encore assez jeune. « Et, tout à coup, on se retrouve de nouveau dans cette ville où les parents vivent et les enseignants et les autres que l’on avait complètement oubliés », a écrit Erich Kästner dans un poème intitulé « Visite guidée de l’enfance ». Et parce que c’était un poème, il y avait une rime en plus : « À chaque pas, marcher devient plus éreintant ». Il est possible que ce soit vrai pour plusieurs lieux. Mais là d’où vient Kästner, en tous les cas, ce l’est. S’il a décrit en détail « la chance de grandir à Dresde » dans ses mémoires d’enfance, lorsqu’il y retourne, adulte, que ce soit dans un roman ou un poème, « Le boucher Courtaud » est toujours devant sa maison et salue en retour d’un hochement de tête, l’air étonné : « on le connaît toujours. Il ne s’en rend pas compte ». Quiconque ayant aussi eu la chance de grandir à Dresde est en principe condamné à toujours reprendre les propos de Kästner lorsqu’il vante les beautés de la ville à travers le monde. (Bien que Kästner n’avait pas à constamment ajouter de pénibles parenthèses telles que « si l’on ne pense qu’à la vieille ville » ou « lorsqu’on oublie ce pont ordinaire et utilitaire près du Waldschlösschen ».) Quand on s’est absenté longtemps, Kästner nous dessine aussi parfois le tracé du malaise : « On est dans le tram et on a du temps. Le contrôleur annonce les prochaines stations. Ce sont des stations du passé. On le croyait disparu. Il vit toujours ici ». Il faut le dire, ça reste tout aussi vrai lorsque le contrôleur est une femme et que la voix susurrante d’un enregistrement annonce la rue Fetscher, là où à l’époque les Vietnamiens étaient la nuit enfermés dans leurs quartiers assignés, ce qui était en fin de compte le plus sûr pour eux. Et la « Place Fetscher » où des brailleurs de la Stasi avaient dirigé tout un cortège de manifestants qui pouvaient, de là, être facilement embarqués dans des camions stationnés et transportés en taule, à Bautzen. C’était le dimanche 8 octobre 1989. Le lendemain avait lieu la toute première manifestation à Dresde un lundi et, même là, il a fallu attendre encore longtemps pour qu’on parle ici …

Appendices