Comptes rendus

Travailler dans le communautaire de Jean-Pierre Deslauriers avec la collaboration de Renaud Paquet, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2003, 140 p.

  • Andrée Sévigny

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  • Andrée Sévigny, t.s., Ph. D.
    Travailleuse sociale et chercheuse postdoctorale
    École de service social de l’Université Laval
    Équipe de recherche de la Maison Michel-Sarrazin

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Le titre de cet ouvrage traduit parfaitement son contenu. Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Deslauriers, en collaboration avec Renaud Paquet, s’intéresse aux travailleurs du secteur communautaire. Les conditions de travail sont au coeur des préoccupations de l’auteur, qui les aborde en tenant compte de la culture des organisations dans lesquelles ces conditions s’actualisent. L’argumentaire de l’auteur s’articule autour d’études menées auprès de coordonnatrices et d’employées (syndiquées ou non syndiquées) de plusieurs groupes communautaires de la région de l’Outaouais.

D’entrée de jeu, l’auteur trace un historique des groupes communautaires avant de nous présenter des éléments qui définissent les « groupes communautaires » et les pratiques qui y ont cours. Dans le second, l’institutionnalisation des groupes communautaires est abordée en mettant en évidence le transfert de fonctions attribuées au secteur public des services sociaux vers le communautaire. L’auteur commente alors les répercussions de ce « glissement du public vers le communautaire » (p. 23) sur le statut d’emploi et sur les conditions de travail des travailleurs du communautaire. Dans ce chapitre, l’auteur met en évidence des différences marquées entre les divers groupes communautaires. Il reconnaît alors deux principaux types de « communautaire » : le « communautaire gras » et le « communautaire maigre ». Le premier type bénéficie de montants d’argent substantiels provenant en grande partie de l’État. Il peut donc élaborer des plans de développement à plus long terme que le second type de « communautaire », constitué de groupes qui ne sont pas (ou qui sont peu) financés par les deniers publics. Le chapitre trois, rédigé par Renaud Paquet, nous entraîne au coeur du sujet de ce document : la main-d’oeuvre du secteur communautaire et les conditions de travail. L’auteur y dessine un profil des travailleurs du communautaire. On y constate, entre autres, que le terme « employé » se conjugue surtout au féminin. Le personnel est plutôt jeune et instruit. Le taux de roulement du personnel dans les groupes communautaires est élevé, surtout chez les employées les mieux formées. Les salaires y sont bas et les emplois précaires. En revanche, le personnel jouit d’une grande autonomie qui lui permet de laisser libre cours à sa créativité. Il peut exercer un certain contrôle sur son travail et sur la forme que prend celui-ci. Les deux chapitres suivants présentent les traits caractéristiques de la culture du communautaire et sa relation avec la culture syndicale. Groupe communautaire et syndicat apparaissent alors comme deux entités différentes, tantôt issues de la même souche, tantôt opposées quant à leurs valeurs et à leurs objectifs. L’auteur termine par une discussion théorique sur le mouvement social dans lequel s’inscrivent les groupes communautaires et sur le processus d’institutionnalisation de ces groupes.

Comme le souligne Jean-François René en préface, cet ouvrage a le mérite de s’intéresser à des ressources sociales fort importantes dans l’univers actuel de la santé et des services sociaux, mais qui font l’objet de peu de publications. De plus, l’auteur aborde une question que l’on pourrait sans doute qualifier de taboue dans les groupes communautaires : les conditions de travail des employés et leur rapport avec l’univers syndical. Le tabou ne réside pas dans le fait de parler des conditions de travail qui ont cours dans les groupes communautaires. Les artisans du communautaire en discutent aisément. Par contre, aborder la question de la syndicalisation ne va pas nécessairement de soi lorsque l’on est un travailleur du communautaire. Comment concilier, d’un côté, les valeurs sur lesquelles s’appuie le mouvement communautaire, comme l’entraide et la justice sociale, et, de l’autre, la nécessité pour les employés de faire reconnaître leurs droits. Ainsi que l’auteur nous nous invite à le faire, il importe de s’éloigner de ces visions dichotomiques de la réalité afin de trouver une nouvelle façon de concevoir les relations de travail. Cet ouvrage ouvre la voie à une discussion qu’employés et gestionnaires de ces groupes ne peuvent éviter. Des pistes de solutions y sont proposées qu’il importe d’explorer plus à fond. Une fois encore, les groupes communautaires sont conviés à user de créativité.