Présentation[Record]

  • Judith Woodsworth and
  • Sherry Simon

Ce numéro de 7TR regroupe un certain nombre des communications présentées au premier congrès annuel de l'Association canadienne de traductologie, tenu en mai 1988 à Windsor dans le cadre de la réunion annuelle des Sociétés savantes du Canada. Il manifeste, nous l'espérons, la variété et la nouveauté des recherches entreprises au Canada et ailleurs sous l'égide de ce qu'on est aujourd'hui convenu d'appeler la traductologie, domaine pluridisciplinaire qui s'affirme toutefois comme champ autonome.

Le thème retenu pour le congrès, "la traduction et son public", souligne l'importance que les chercheurs accordent aux réalités diverses (culturelles et idéologiques, autant que linguistiques) qui interviennent dans le processus de la traduction. Une traduction juste, nous le savons de plus en plus, est la traduction qui convient à son public. Mais comment définir ce public? Au-delà de l'individu (le professeur, le donneur d'ouvrage, l'auteur du texte) qui sert d'intermédiaire direct entre le texte et le grand public, ne doit-on pas tenir compte des déterminants de nature culturelle qui influent très largement sur la réception des traductions? Voilà justement la question à laquelle les essais de ce numéro de TTR tentent de répondre.

Les articles de la première section invoquent des instances culturelles spécifiques permettant décerner le public de la traduction. Qu'il s'agisse de l'Église et de l'État au 13e siècle en Espagne, des idéologies nationales au Québec durant les années 70, ou des rapports littéraires entre la France et l'Allemagne, la production et la réception des traductions sont reliées à un ensemble de contraintes culturelles. La notion d'"institution" est introduite dans plusieurs cas pour rendre compte des influences et des contraintes qui s'opèrent dans des contextes spécifiques (le domaine du théâtre, par exemple, ou des organismes comme le gouvernement fédéral canadien ou les organismes del'ONU).

La deuxième partie regroupe des travaux soulevant un certain nombre de questions méthodologiques. Comment doit-on procéder pour étudier les mécanismes à l'oeuvre dans le vif de l'action traduisante, ou pour étudier la manière dont les étudiants comprennent le texte à traduire? Le concept de "public" prend ici un sens très

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actuel pour les praticiens et les pédagogues de la traduction. D'autres articles portent sur les orientations récentes de la traductologie dans ses rapports (en constante évolution) avec les disciplines qui l'ont fondée et les orientations qui l'ont guidée.

Les articles ici rassemblés prouvent combien le concept de "public" est essentiel, et problématique, pour les études sur la traduction. Mais ils montrent plus encore à quel point le décloisonnement disciplinaire des dernières années a ouvert ces études à des considérations culturelles particulièrement larges et passionnantes. C'est à l'exploration de ces problématiques qu'invite ce deuxième numéro de 7TR.

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La revue TTR, fondée à l'Université du Québec à Trois-Rivières en 1987, est devenue en mai 1988 l'organe de l'Association canadienne de traductologie. Ce lien mutuellement fructueux permet à l'Association de réaliser pleinement les objectifs énoncés lors de sa fondation, à savoir "promouvoir la recherche dans les domaines de la traduction, de la rédaction, de la terminologie et de l'interprétation, et offrir un cadre de discussion en ce qui touche les questions relatives à l'enseignement de ces disciplines". (Extrait des statuts)

Judith Woodsworth et Sherry Simon

Membres du comité de rédaction

Responsables du numéro

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