Comptes rendus de lecture

BALLARD, Michel. Versus. La version réfléchie. Volume 1, Repérage et paramètres, Ophrys, Paris, 2003, 283 pages.[Record]

  • Marco A. Fiola

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  • Marco A. Fiola
    Université du Québec en Outaouais
    Gatineau (Canada)

L’auteur figure parmi les incontournables pour quiconque s’intéresse à la pédagogie et à la didactique de la traduction, plus particulièrement de la traduction professionnelle anglais → français. Il présente ici un ouvrage didactique où la traduction professionnelle est mise de côté pour faire place à une forme particulière de traduction – la traduction didactique –, d’où l’usage du vocable « version », qui n’a plus guère droit de cité dans les programmes de traduction professionnelle de textes pragmatiques. L’ouvrage s’adresse à ceux et celles qui étudient la traduction didactique en vue de se présenter à un concours universitaire d’anglais en France (comme le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire ou C.A.P.E.S.). Le corpus est presque exclusivement littéraire, si l’on ne tient pas compte des quelques données extraites de rapports de jury du C.A.P.E.S. Par conséquent, l’ouvrage présente relativement peu d’intérêt pour ceux qui se concentrent sur la traduction professionnelle. De plus, ceux et celles qui y chercheront des éclairages nouveaux sur la pratique de la traduction professionnelle risquent de rencontrer quelques embûches. Toutefois, quelques définitions particulièrement synthétiques et claires reflétant une réflexion solidement étayée sur la traduction (la définition de la langue comme système, p. 17 et 18, est remarquable à cet égard), un index unidirectionnel, fort utile en dépit de ses quelques failles (principalement à l’égard de notions « ambiguës » bien que fondamentales dans l’ouvrage, comme équivalence et fidélité), renvoie à bon nombre de notions abordées par l’auteur au fil de son manuel. On notera cependant certains emplois particuliers, comme celui de calque sémiotique (et non l’habituel calque sémantique), qui risquent de dérouter le novice, et que l’auteur aurait sans doute eu intérêt à définir, voire à situer par rapport aux autres types de calques. Sur ce plan, la présence de termes d’usage peu répandus risque de décourager ou de désarçonner tout lecteur qui, après avoir lu ce manuel, serait resté sur sa faim et souhaiterait enrichir ses connaissances par la lecture d’autres auteurs utilisant un métalangage plus généralement reconnu. Dans certains passages, l’ouvrage n’est pas sans rappeler le manuel de stylistique comparée du français et de l’anglais de Vinay et Darbelnet, en ce sens que l’ouvrage est construit autour de l’observation de divers phénomènes contrastifs, triés parmi des copies d’étudiants et des traductions littéraires. Par conséquent, l’auteur laisse parfois l’impression que son propos s’articule, bien que de manière très juste, autour d’observations faites a posteriori et non de principes établis a priori. À ce sujet, on pourrait lui objecter que, si l’on peut tirer avantageusement parti de l’observation d’erreurs commises au fil des traductions, il semble risqué de faire reposer l’édifice pédagogique presque exclusivement sur des ratés aussi nombreux que les solutions heureuses. L’ouvrage est présenté de manière structurée, bien que l’on se perde parfois dans la numérotation des rubriques. Le propos s’articule autour de 12 chapitres qui, au lieu de présenter les compétences à acquérir pour savoir traduire, reprennent habilement les principales difficultés de l’opération de traduction de manière originale et intéressante. C’est sans doute ce qui explique le caractère très pragmatique du manuel, les rappels théoriques n’occupant qu’une place restreinte par rapport aux exemples et aux conseils. En effet, les cas sont nombreux et les explications, succinctes; par conséquent : « Autodidactes, prenez garde ! » Chaque chapitre se termine par une courte bibliographie suggérant des lectures complémentaires. De toute évidence, l’auteur a fouillé son sujet, et les principaux auteurs à consulter sont effectivement recommandés. Toutefois, si l’on peut comprendre l’importance de lire des auteurs en français pour comprendre la problématique de la traduction anglais → français, l’absence presque totale d’ouvrages …