Présentation

  • Diana Bianchi,
  • Patrick Leech and
  • Francesca Piselli

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  • Diana Bianchi
    Université de Perugia

  • Patrick Leech
    Université de Bologna

  • Francesca Piselli
    Université de Perugia

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Cover of La traduction comme acte politique : perspectives contemporaines (XX<sup>e</sup>-début XXI<sup>e</sup> siècle), Volume 34, Number 2, 2e semestre 2021, pp. 9-191, TTR

Ce numéro thématique poursuit l’investigation menée dans La traduction comme acte politique (Europe : 1500-1800)/Translation as a Political Act (Europe: 1500-1800) portant sur la traduction comme forme d’agir politique en soi disséquée sous l’angle diachronique (Bianchi, Leech et Piselli, 2021). De plus, se plaçant dans différentes situations de la vie individuelle et collective qui lui font acquérir une valeur d’acte politique, une attention particulière est portée ici sur l’acte d’interprétation et la fonction d’interprète. Dans cette livraison, l’accent est mis sur le XXe siècle, avec quelques analyses de cas du début du XXIe siècle. L’horizon géographique considéré dépasse l’Europe et s’étend au Proche-Orient et à l’Asie. Les contextes historiques et politiques retenus sont variés permettant ainsi d’analyser sous différentes facettes la question de la traduction et de l’interprétation comme acte politique. Se situant dans une approche interdisciplinaire, les articles qui figurent dans ce second volet examinent à la loupe des cas d’étude et s’intéressent à des situations partageant cette vision de la traduction et de l’interprétation comme des opérations comportant des choix, un positionnement et un engagement de la part de tous les agents impliqués, qui « may go against the grain, challenge commonplaces and contemporary assumptions, endanger their professional and personal lives, risk fines, imprisonment, and even death », ainsi que le soulignent Milton et Bandia (2009, p. 1). Dans les contributions ici regroupées, la fonction performative que la traduction peut accomplir (Bianchi, Leech et Piselli, 2021, p. 10) est mise en valeur dans des contextes et des moments diversifiés. Il n’est pas inintéressant de rappeler que si au XVIIIe siècle certains mouvements et événements, tels que les Lumières et la Révolution française, s’avérèrent être des catalyseurs appelant à des recherches pointues sur la traduction (ibid., pp. 12-15), au XXe siècle ce sont les régimes totalitaires et fascistes qui agirent en tant qu’activeurs (Rundle et Sturge, 2010). Nous pouvons alors nous interroger sur les conditions dans lesquelles les traductions ont été réalisées malgré le poids de la censure. On peut se demander si, dans ces contextes, la traduction peut devenir un outil pour exercer le pouvoir et/ou un acte de résistance vis-à-vis de ce dernier. Les articles d’Ida Hove Solberg et de Marian Panchón Hidalgo approfondissent ces questions en explorant respectivement les conditions d’importation de la littérature traduite en Norvège pendant l’occupation nazie (1940-1945) et la réception critique des traductions vers l’espagnol de deux textes d’André Breton pendant le « second franquisme » (1959-1975). Solberg souligne l’importance de la traduction comme outil majeur employé par les autorités gouvernementales à la fois pour empêcher la pénétration d’idées non acceptées par le régime et pour faciliter la circulation d’ouvrages conformes à l’idéologie nazie. En se basant sur des documents d’archives, l’auteure retrace le processus à travers lequel une taxe sur la littérature traduite, apparemment adoptée pour des raisons de protectionnisme culturel, est transformée en un règlement censorial complexe et onéreux, qui, de facto, obligeait les éditeurs à l’auto-censure pour éviter des conséquences économiques ou pénales considérables. C’est par le biais de l’analyse de la documentation concernant trois demandes de publication d’oeuvres étrangères adressées au Bureau de la littérature et des bibliothèques du Ministère de la culture et de l’éducation publique (créé par les autorités nazies) par trois éditeurs que Solberg parvient à démêler les entrelacs des éléments économiques, idéologiques et politiques qui étaient à la base du rapport entre ledit Bureau et les éditeurs. Cela confirme que la censure, même sous les régimes totalitaires, est un phénomène complexe et qu’elle ne peut pas être considérée comme une simple polarisation binaire entre victimes et oppresseurs …

Appendices