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Antoine Coutelle, Poitiers au XVIIe siècle. Les pratiques culturelles d’une élite urbaine (Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2014), 469 p.[Record]

  • Danny Bertrand

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  • Danny Bertrand
    Département d’histoire, Université d’Ottawa

Antoine Coutelle nous présente dans cet ouvrage le texte remanié de sa thèse de doctorat portant sur l’élite urbaine poitevine entre 1620 et 1720. Son étude s’inscrit dans le droit fil des développements récents de l’historiographie urbaine française qui préfère traiter d’interactions, de dynamisme et de mouvements pour appréhender les sociétés urbaines d’Ancien régime. La ville en tant qu’objet d’étude s’est graduellement complexifiée, comme en témoignent les développements féconds autour des notions d’espace ou d’identité. Pour cet ouvrage, l’auteur a parfaitement bien intégré les incontournables de l’historiographie française, tels que Lepetit, Chevalier, Chartier et Élias, tout en considérant les apports des historiens qui ont suivi leurs traces comme Benedict, Coquery et Cassan. Pour la période moderne, l’historiographie poitevine a postulé un déclin irréversible de la ville, dû à la montée en puissance de l’État absolutiste. L’auteur remet cette interprétation dite « classique » en question. Il refuse d’admettre que l’élite ait pu accepter, avec une attitude fataliste et passive, le déclin d’une capitale régionale florissante qui s’affirmait au XVIe siècle comme la « nouvelle Athènes » grâce à son rayonnement intellectuel et littéraire. Coutelle démontre de façon tout à fait convaincante que l’élite poitevine a su négocier, s’adapter et opérer une mutation de son univers culturel pour assurer le maintien de sa prééminence sociale et de son autorité sur la ville. L’ouvrage porte plus spécifiquement sur les pratiques culturelles, qui lui permettent d’analyser les multiples évolutions insoupçonnées sous la surface lisse des interprétations du repli postulées par l’historiographie traditionnelle. L’auteur utilise une méthodologie mixte et variée qui oscille constamment entre une démarche quantitative et qualitative. Une constante de cet ouvrage est le « changement de focale », du général au particulier, qui renforce le propos. Coutelle adopte une approche prosopographique qui reconstitue les détails de l’élite poitevine circonscrite à 92 groupes familiaux pour la période, ce qui lui permet de mobiliser une quantité importante de statistiques. En parallèle, il s’attarde, pour chacun des aspects traités, à plusieurs cas de figure, que ce soit des personnages ou des lignages issus de cet échantillon. L’auteur rassemble d’ailleurs une variété et une quantité impressionnantes de sources : oeuvres littéraires, délibérations municipales, registres paroissiaux, testaments, livres de raison, etc. La méthodologie, fondée sur ce corpus étoffé, lui permet de produire une étude intéressante et enrichissante de par la diversité des aspects abordés. La première partie de l’ouvrage est consacrée à la description de l’élite poitevine. Coutelle traite notamment de sa composition, des liens de solidarité et des antagonismes entre ses différentes constituantes, de ses valeurs et de ses conceptions de la notabilité. Il décrit sa propension à se dévouer au service du roi en plus de l’importance de son engagement dans les charges municipales, qui constituait un passage obligé pour l’élite poitevine. L’auteur rend bien la complexité de cette élite majoritairement composée d’officiers de justice de rang « moyen » qui exerçaient au présidial, institution majeure pour la ville. Il traite également des moyens qu’elle utilisait pour se représenter, pour exprimer sa prééminence sociale et pour maintenir son prestige. La question des représentations est fondamentale pour bien saisir cette élite qui ne constituait pas un groupe social monolithique et figé. Elle était plutôt l’amalgame de plusieurs « corps et compagnies » qui formaient une hiérarchie complexe, chacun ayant son registre représentatif qui s’articulait avec celui des autres groupes au sein de cette frange supérieure de la société. La deuxième partie porte sur les évolutions qui ont mené à la transformation graduelle de l’imaginaire urbain. L’auteur y décrit une catholicisation marquée qui s’est effectuée grâce à l’application des décrets de la Réforme catholique, doublée …