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Aspects démographiques du sous-développement[Notice]

  • Léon Tabah

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  • Léon Tabah
    Docteur ès sciences économiques (Paris)

Aspects démographiques du sous-développement -À plusieurs reprises L'Actualité Économique a publié des analyses du sous-développement, envisagé sous des angles très divers. Souvent il a fallu tenir compte de certains facteurs démographiques dont les effets sur l'économie sont encore mal connus et qui de toute façon représentent à l'heure actuelle un des obstacles les plus difficiles à franchir parmi ceux que rencontrent les pays sous développés dans leurs efforts vers une croissance économique rapide. M. Léon Tabah, dont les travaux sur la question sont connus, établit dans l'article qui suit certaines des liaisons les plus frappantes des données économiques et démographiques du processus de croissance généralisé. Le problème de l'aide aux pays dits «sous-développés», dont on parle tant depuis quinze ans, présente la particularité d'avoir été créé par l'Organisation des Nations-Unies, sur une initiative américaine, au lendemain de la dernière guerre. L'impulsion initiale est venue, il importe de le souligner, non pas d'une quelconque sollicitation émanant des pays pauvres, mais d'une offre faite par les pays riches eux-mêmes. L'idée que l'expansion mondiale serait favorable à l'économie des pays les plus développés animait certainement les promoteurs d'un vaste plan «d'assistance»: un élargissement du commerce international pouvait paraître avantageux, voire indispensable, à l'économie de nombreux pays riches, dont beaucoup se voyaient privés de leurs débouchés et sources d'approvisionnement traditionnels dans les territoires lointains, et vivaient dans l'appréhension d'une nouvelle secousse semblable à cette des années 1929-33. Un sentiment de générosité n'était cependant pas étranger au projet; d'autant plus qu'il a longtemps caractérisé l'opinion américaine dans l'intervalle des deux guerres et a pu ainsi appuyer les — 150 —POPULATION ET SOUS-DÉVELOPPEMENT préoccupations proprement politiques. La croyance en un machinisme perfectionné, et facilement reproductible, désormais capable de bouleverser les structures existantes, et de libérer rapidement tous les peuples de la misère, était très répandue, tant dans l'opinion que chez les spécialistes eux-mêmes. Quoi qu'il en soit, les capitaux n'ont pas suivi les promesses faites et il fallut reconnaître la vanité des projets grandioses qui avaient été ébauchés, dégonfler le mouvement d'espoir que l'on avait imprudemment fait naître. , Certes, depuis la fin de la guerre plus d'un demi-milliard d'habitants de l'Asie et de l'Afrique ont conquis leur indépendance nationale. Mais le simple fait de jouir d'une liberté politique, s'il est souvent une condition même du progrès économique et social dans certains pays, n'a pas amené, pour le moment, cette amélioration des conditions de vie dont les populations des pays sous-développés ont un si-pressant besoin et qu'ils appellent de tous leurs vœux. Non seulement le résultat espéré reste encore à obtenir, mais dans nombre de pays, c'est un abaissement de la consommation par tête qui est observé avec l'accroissement du nombre de bouches à nourrir. Bien souvent, les anciens éléments de stabilité se sont écroulés et, à mesure que de nouveaux espoirs se sont levés, de nouvelles ambitions, plus fortes encore, se sont manifestées. L'expansion économique est'devenue de la sorte plus une idée qu'une réalité, un cri de ralliement de millions d'êtres qui s'insurgent contre leur pauvreté alors que le niveau d'existence ne cesse de s'élever dans les pays libérés du frein démographique et pourvus d'une solide infrastructure. Le désir de se hausser au niveau des pays développés constitue certainement une source d'énergie considérable, mais il risque aussi par cela même, de susciter des mécontentements qui déjà inquiètent les pays ...