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Les mesures des progrès économiques et l’idée d’économie progressive, par FRANÇOIS PERROUX. Série I, Cahier No 1. Un vol., 8½ po. x 11, 50 pages. — INSTITUT DE SCIENCE ÉCONOMIQUE APPLIQUÉE, Paris, 1956[Notice]

  • Jacques Parizeau
Les mesures des progrès économiques et l'idée d'économie progressive, par François Perroux. Série I, Cahier No 1. Un vol., 8H po- x 11> 50 pages. — Institut de Science économique appliquée, Paris, 1956. L'I.S.E.A. a récemment entrepris de nombreux travaux sur le développement économique. F. Perroux, son directeur, commence avec ce premier cahier, un «état provisoire» de ses recherches sur la théorie du progrès économique. On saisira sans peine l'intérêt d'une telle publication en constatant l'influence de la pensée de François Perroux sur toute une jeune génération d'économistes peu satisfaits des vues mécanistes et formalistes qui leur ont été léguées. Dans le domaine de la théorie de la croissance, on a assisté depuis une dizaine d'années à l'éclosion d'études extrêmement nombreuses, souvent partielles, où, plus ou moins implicitement, le type de développement constaté ches les pays industriels était plaqué sur les pays sous-développés avec un minimum d'adaptation. Des instruments de mesures, des baromètres d'activité, calculés dans les pays les plus avancés en fonction d'une structure définie étaient recalculés de la même façon dans les pays de dimension économique et de structure très différente. Le premier cahier de François Perroux est consacré à une reconsidération de ces deux attitudes. L'auteur doit donc répondre à deux questions: comment se mesure le progrès économique? Et qu'est-ce qu'une économie progressive? En réponse à la première question, François Perroux passe en revue les divers types de mesures utilisées jusqu'ici. Entre les indices trop simples qui ne dégagent qu'un aspect de la question, ceux qui sont trop complexes pour être interprétés correctement, ou ceux enfin dont le principe est franchement inacceptable, l'observateur ne peut pas tirer des renseignements qui permettraient d'en arriver à une idée bien précise du rythme de développement. — 179 —L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE Le lecteur trouvera dans ces pages l'analyse la plus pertinente qu'on ait encore écrite de la théorie de la croissance de Colin Clark, qui pèse sur les recherches depuis fort longtemps en dépit de toutes les critiques de détail ou de fond qui en aient été faites. Dans la mesure même ou l'étude de Perroux met l'accent sur l'existence de tensions à l'intérieur d'une économie en développement et sur leurs rôles dans le rythme et la forme du progrès, la mesure du revenu réel ou le déplacement des facteurs de production cessent d'être des mesures de progrès pour n'être vraiment que des facettes parfois révélatrices parfois aberrantes d'un processus mouvant. De là à donner un sens sociologique à l'économie progressive, il n'y a pas loin et c'est dans un contexte collectif ou social que le progrès de l'économie se crée, se propage et prend un sens. Cela entraîne l'auteur assez loin de la position classique du rôle de l'entrepreneur dans l'évolution économique. Il n'en est pas moins vrai que ce n'est que dans ce cadre des tensions sociales que l'aménagement de la croissance est concevable. La théorie de la domination et celle des espaces, économiques élaborées par Perroux trouve ici le cadre logique qui seul les rend entièrement significatives. En somme, ce premier cahier fait œuvre de déblaiement et pose quelques idées de base. Peut-être aurait-il été préférable d'attendre la publication de l'œuvre entière avant d'en discuter. Mais, en somme, ce compte rendu est une présentation. Jacques Parizeau