Quelques réflexions sur la complémentarité des approches marginaliste et managériale[Notice]

  • Louise Séguin Dulude

…plus d’informations

  • Louise Séguin Dulude
    Institut d’économie appliquée, Montréal
    Centre d’études en administration internationale, Montréal
    École des Hautes Études Commerciales, Montréal

Allocution de la présidente de la Société Canadienne de Science Économique pronon- cée lors du Congrès annuel tenu à Montréal du 21 au 23 mai 1986

Dans cette adresse de fin de mandat, je ne peux certes ignorer ma formation d'économiste, mes préoccupations de chercheur et mon rôle de professeur dans une école de gestion.

J'aimerais au contraire puiser à ce vécu pour mieux éclairer la diver- sité des approches à l'analyse des phénomènes économiques et démontrer combien la complémentarité de ces approches nous est nécessaire si nous voulons être en mesure d'analyser, de prévoir et d'expliquer la réalité économique. Cette mise en perspective me semble d'autant plus appro- priée que le tournant que tente de prendre l'économie canadienne nous mettra sans doute à rude épreuve.

Ma formation d'économiste, je l'ai acquise à l'Université de Montréal et à l'Université de Toronto. Tour à tour Livia Thùr (1965), Roger Dehem (1966), Harry Eastman (1966), Ed. Safarian (1967), André Ray- nauld (1968), Robert Lacroix et Rodrigue Tremblay (1969-1975) y ont contribué. Ils m'ont également amenée à m'intéresser particulièrement à l'économie internationale.

Mes travaux de recherche ont d'abord porté sur les objectifs, les formes et les effets de la politique commerciale. Par la suite, ils ont porté sur le développement et le contrôle technologiques au sein des entre- prises multinationales.

Ces intérêts de recherche m'ont donc amenée à adopter deux méthodes d'analyse ou deux approches théoriques qui diffèrent totale- ment. Mes travaux sur la politique commerciale ont emprunté une ap-

158

L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

proche essentiellement déductive, basée sur le modèle d'équilibre général et en accord complet avec la théorie néo-classique du commerce interna- tional. Mes travaux sur le développement et le contrôle technologiques au sein des entreprises multinationales m'ont amenée à adopter une approche beaucoup plus inductive et empirique qui puisait largement aux acquis de l'économie managériale et aux modèles d'organisation industrielle.

La possibilité et l'aisance à pratiquer ces deux approches souvent perçues comme opposées et donnant lieu à débat entre adeptes, je la dois en bonne partie aux professeurs qui m'ont enseigné. Nombre de leurs publications et travaux témoignent de l'utilité de ces deux approches qu'ils m'ont fait découvrir.

Vous vous tromperiez si vous interprétiez le passage successif dans mes recherches d'une approche marginaliste néo-classique à une ap- proche managériale comme une conversion à cette dernière approche.

Vous vous tromperiez également si vous interprétiez ce passage comme la pure résultante de mon changement d'emploi de professeur passant d'un département de sciences économiques à une école de ges- tion. Je ne suis pas un économiste qui a dû abdiquer sa foi dans la théorie néo-classique et renoncer à ses premières amours pour adopter une approche plus réaliste du comportement véritable des firmes.

Tous ces événements ont cependant fortement contribué à alimenter mes réflexions sur l'intérêt, la force et les limites des deux approches aux phénomènes économiques. Ce sont ces réflexions sur la complémentarité de ces deux approches que j'aimerais vous transmettre.

Bien que ces deux approches ne soient pas encore et ne seront peut-être jamais associables en un même modèle et une même théorie, je demeure convaincue que leur juxtaposition dans la démarche analytique, bien que rarement tentée, demeure nécessaire.

Je vous rappelle qu'au départ les effets des politiques commerciales et les causes et conséquences de l'investissement direct étranger ont été abordés par une même approche c'est-à-dire à partir de la théorie néo- classique du commerce international. Si ...

Parties annexes