Comptes rendus

La sémantique économique en question, par Christian Schmidt. — Calmann-Lévy, 1985, 253 p.[Notice]

  • Daniel Desjardins

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  • Daniel Desjardins
    Département de science économique, Université du Québec à Montréal

La problématique développée dans ce livre s'inscrit tout à fait dans le secteur des sciences économiques que les chercheurs anglophones nom- ment " methodology of économies " et que les chercheurs francophones appellent l'épistémologie économique. L'objet d'étude qui y est appré-

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L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

hendé n'est pas la réalité économique, objet de premier niveau, mais les théories économiques elles-mêmes, objet de deuxième niveau que l'au- teur appelle 1'"économie théorique", c'est-à-dire "le langage au moyen duquel sont construites les propositions théoriques, à l'exclusion par conséquent du domaine empirique et de l'économétrie " (p. 14). L'analyse se situe donc à un niveau métathéorique et fait appel à plusieurs concepts des philosophies des sciences et du langage.

Les différentes thèses exposées dans l'ouvrage gravitent toutes autour du problème de la signification des propositions de l'économie théorique. Le livre se divise en deux parties. La première rassemble les thèses de l'auteur sur différents problèmes d'interprétation que le développement de l'économie théorique a fait émerger, alors que la deuxième partie est consacrée à un examen critique de la méthodologie économique de Sa- muelson. Dans la première partie, après avoir quelque peu discuté de la relative indépendance de la pertinence par rapport à la rigueur, concepts qui renvoient respectivement à ceux de signification et de cohérence logique, l'auteur aborde la question de l'interprétation des résultats de l'économie théorique par la mise en évidence de certaines particularités de son développement. La première qu'il identifie concerne la spécificité de sa logique de la découverte. Selon lui, la plupart des résultats théori- ques nouveaux sont obtenus non pas par une amélioration de la confron- tation des théories avec les faits, mais plutôt par des opérations de " réécri- tures " de théories anciennes. Cette thèse est exemplifiée par un examen des travaux de Sraffa (1960) et de Debreu (1960) interprétés respective- ment comme des réécritures des théories de Ricardo et de Walras. L'ana- lyse de ces deux cas permet à l'auteur d'introduire la distinction entre une approche axiomatique ou syntaxique et une approche sémantique. La première serait attribuable à Debreu dans sa recherche des conditions formelles qui garantissent la consistance logique de la théorie walrasienne de l'équilibre général, tandis que la seconde s'appliquerait à Sraffa lors- qu'il entreprend la reformulation de la théorie ricardienne des prix de production en construisant différents systèmes d'interprétation des concepts et des relations qu'elle contient.

La distinction entre ces deux approches conduit l'auteur à identifier une autre spécificité de l'économie théorique, à savoir la domination très nette du nombre de travaux privilégiant une approche axiomatique plu- tôt que sémantique. La mise en évidence de cette domination n'a pas pour but de démontrer une incompatibilité entre ces deux approches. Comme le souligne Christian Schmidt, un raffinement formel préalable des théo- ries est maintenant rendu nécessaire lorsqu'on aborde la question de la signification avec les outils modernes des philosophies des sciences et du langage. Le but recherché est plutôt de proposer un renversement de priorité dans les approches. Comme l'économie théorique arbore une

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structure formelle aussi avancée que la physique, il faut maintenant s'attarder à l'interprétation de cette syntaxe. Dans le cadre de cette re- quête, il nous propose plusieurs pistes de recherche dans les domaines de la macroéconomie et de la microéconomie. En référence à la macroécono- mie, il nous présente différentes possibilités d'interprétation de la fonc- tion de consommation keynésienne à partir des travaux de Keynes lui- même et ...