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Jean-Jacques Laffont 1947-2004 [*]

  • Marcel Boyer

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  • Marcel Boyer
    Titulaire
    Chaire Bell Canada en économie industrielle
    Université de Montréal

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Jean-Jacques Laffont 1947-2004

Jean-Jacques Laffont 1947-2004

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Le monde des économistes est en deuil. Et au-delà des économistes, celui des universitaires du monde entier. Jean-Jacques Laffont est décédé d’un cancer le 1er mai 2004. Il venait d’avoir 57 ans. Un grand économiste universitaire, nobélisable par excellence et grand ami de Montréal et du Québec.

Les contributions de Jean-Jacques Laffont au développement de l’analyse économique, tant théorique qu’appliquée, ont été à la fois considérables et variées : économétrie du déséquilibre, économie des contrats, économie des incitations et des institutions, économie de la réglementation, économie du droit, économie du développement et plusieurs autres. Peu d’universitaires arrivent à conjuguer contributions scientifiques de très haut niveau, service public d’envergure et entreprenariat académique exceptionnel. Jean-Jacques Laffont a excellé dans ces trois domaines : un exploit hors du commun. Les témoignages qui lui ont été rendus à travers le monde, tant en Europe qu’en Amérique du Nord et du Sud, tant en Asie qu’en Afrique, n’ont fait que confirmer la très grande influence non seulement scientifique mais aussi humaine et humaniste de Jean-Jacques Laffont.

J’ai connu Jean-Jacques en 1973 lors d’un séminaire à l’UQÀM. Cette rencontre m’aura permis de faciliter sa venue au Département de sciences économiques de l’Université de Montréal de juin 1974 à octobre 1975 suite à ses études de doctorat à Harvard. L’extraordinaire intelligence de Jean-Jacques a fait de lui la grande étoile des réunions scientifiques trimestrielles d’un groupe de jeunes économistes québécois dans le cadre du SITE, le séminaire itinérant de théorie économique. Jean-Jacques était un fidèle participant et un animateur hors pair de ce séminaire.

Les visites répétées de Jean-Jacques Laffont à Montréal ont permis de définir un projet subventionné France-Québec pour favoriser les échanges Toulouse-Montréal. C’est d’abord et avant tout grâce à l’énergie et à la créativité de Jean-Jacques Laffont et de Michel Moreaux que s’est tissée au fil des ans la grande complicité entre l’Université de Toulouse et l’Université de Montréal, complicité qui a donné lieu à de très nombreuses collaborations au cours des 25 dernières années.

Ma collaboration étroite et la grande amitié qui nous liait m’ont permis d’être un témoin privilégié de l’essor de l’Université de Toulouse qui sous la direction de Jean-Jacques Laffont est parvenue au faîte des lieux de recherche les plus prestigieux de notre discipline. Et tout au long de ces années, j’aurai énormément profité des nombreuses heures de discussion que nous avons eues sur les défis et expériences, souvent similaires et complémentaires, que nous vivions, Jean-Jacques au GREMAQ et plus tard à la création et au développement de l’Institut d’économie industrielle de Toulouse et moi au Département et plus tard à la création et au développement du CIRANO.

Depuis la découverte de sa maladie à l’automne 2002, j’ai eu l’occasion de lui rendre visite à plusieurs reprises. Nous avions alors passé de nombreuses heures à discuter de recherche mais aussi à refaire le Québec, la France, et plus encore. Il me parlait des grands défis de la croissance, du développement, de l’analyse économique du droit à laquelle il voulait s’intéresser à nouveau, et je lui parlais d’équilibre en flexibilité, d’options réelles et de social-démocratie concurrentielle, ces derniers propos qu’il accueillait avec un sourire narquois mais toujours sympathique.

Lors de notre dernier entretien téléphonique quelques semaines avant son décès, nous avons partagé l’espoir de nous revoir de nouveau à Montréal, à Toulouse et aussi à USC (Los Angeles) où il enseignait également. Sa grande faiblesse physique ne l’empêchait pas d’exprimer un grand courage et un vibrant espoir de rétablissement.

Le décès prématuré de Jean-Jacques Laffont est une énorme perte tant pour l’Université de Toulouse que pour toute la communauté internationale des économistes et des universitaires. Il avait encore tant à dire. Mais il demeurera présent parmi nous car ses contributions resteront encore longtemps au coeur même du développement de la science économique et du façonnement de meilleures institutions socioéconomiques et ce, pour le mieux-être de toute la société.

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