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Faire oeuvre de mémoire dans l’agitation du présent

  • Yves Jubinville

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  • Yves Jubinville
    Directeur

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Le hasard fait bien les choses, même dans le domaine des publications savantes – comme L’Annuaire théâtral –, qui n’ont pas pour mandat principal de rendre compte de l’actualité. Au moment où notre dossier portant sur le théâtre des femmes au Québec durant la période 1975-1995 était encore en préparation, une polémique faisait rage dans le milieu théâtral québécois autour du 30e anniversaire de l’Espace GO.

Pol Pelletier, fondatrice du défunt Théâtre expérimental des femmes (TEF), exprimait alors son malaise face au fait que l’héritage du TEF ne se faisait plus sentir dans les productions de l’Espace GO – une entreprise avec laquelle elle ne se sent plus solidaire et dont elle dénonce aujourd’hui les dérives et compromissions (ou, du moins, ce qu’elle conçoit comme telles). Dans ce débat, il n’était peut-être pas si important de savoir qui, des artisanes de la première heure ou des membres de la direction actuelle, avaient tort ou raison. Bien plus, les positions exprimées de part et d’autre montraient surtout combien il est difficile, lorsqu’on fait oeuvre de mémoire, de renoncer aux formulations convenues et à une vision monolithique des choses.

Le « théâtre des femmes » au Québec a acquis avec le temps une valeur de symbole ; dans le discours officiel, on l’agite souvent comme une étiquette, une image de marque qui, en apparence, désigne une réalité monochrome, alors que le phénomène, appréhendé dans la durée, laisse plutôt voir un tableau complexe traversé par des courants divers, des pratiques multiples et des contradictions structurantes. Est-il besoin d’ajouter que, derrière les figures emblématiques assurant une unité à ce qui adopte les apparences d’un « mouvement », se profilent aussi des oeuvres (dramatiques et scéniques) singulières conférant à ce même mouvement une hétérogénéité profonde.

Le dossier que nous présentons dans ce numéro 46 de L’Annuaire théâtral n’est pas une réponse – peu s’en faut – au débat qui a eu lieu. Mais, dans la mesure où il épouse justement les contours multiformes de son objet, on conviendra de l’opportunité de le lire en ces temps où la mémoire peine encore à se constituer en une véritable histoire, et où le témoignage des acteurs encore vivants, quoique crucial, complique toute tentative de synthèse.

L’ensemble des articles, réunis ici par Gilbert David, ne forme pas une synthèse, à condition que l’on donne à ce terme le sens d’un panorama exhaustif. Il n’en demeure pas moins une invitation à relire, à repenser, à revisiter des moments forts du « théâtre des femmes » au Québec, et à lancer, ainsi, une investigation plus complète sur un sujet qu’il est urgent d’approfondir.

Outre le dossier thématique, cette livraison de L’Annuaire théâtral comporte les rubriques habituelles : « Documents », « Pratiques et travaux », « Notes de lecture », « Revue des revues en langue française » –, fruit du travail combiné à la fois de nos collaborateurs réguliers ou épisodiques et des différents responsables de la rédaction. Que toutes ces personnes soient chaleureusement remerciées pour leurs efforts soutenus et leur fidélité.

Des remerciements vont également à l’équipe du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) qui s’est chargée de la production de la revue, principalement à Yves Frenette (directeur), à Colette Michaud (coordonnatrice des publications) et à Monique Parisien-Légaré (agente de soutien à l’édition) pour leur soutien logistique et technique au fil des neuf années où L’Annuaire théâtral a logé à l’enseigne du Centre, suivant une entente de collaboration signée avec la Société québécoise d’études théâtrales. Cette entente, qui bénéficiait également du soutien de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne (pratiques culturelles) – chaire animée par Joël Beddows – prend fin avec ce numéro 46.

Que l’on se rassure, toutefois. La revue trouve maintenant refuge à l’UQAM, au sein du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoise (CRILCQ). Ainsi, elle pourra poursuivre sa tâche fondamentale, qui est de servir de point de ralliement à toutes les formes de recherche en théâtre se faisant au Québec et ailleurs.

Bonne lecture !