Notes de lecture

Simone Balazard, L’auteur(e) dramatique au XXe siècle. Formation et transformation (France, USA, Québec), Paris, Le Jardin d’Essai, 2011, 311 p.[Notice]

  • Elizabeth Bourget

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  • Elizabeth Bourget
    Centre des auteurs dramatiques / Université du Québec à Montréal

Le livre intrigue et étonne. La maison d’édition est peu connue. L’auteure, Simone Balazard, est écrivaine, auteure d’une dizaine de romans publiés (Julliard, Grasset, Flammarion) et de quelques pièces qui ont connu des lectures publiques mais aucune production. La préface de Gilles Costaz nous éclaire : Simone Balazard fait partie de la tribu des auteurs dramatiques et « en partage bien des combats et des interrogations » (p. 5). L’ensemble de ce livre a été écrit par l’auteure dans les années 1970. Il s’agit d’un travail universitaire, effectué sous la direction de Bernard Dort, alors professeur à l’Institut d’études théâtrales de l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle. Cette recherche doctorale portait sur un sujet impensable dans ces années-là en France : la formation de l’auteur dramatique. À l’époque – dont le livre dresse un portrait fidèle –, la situation des auteurs dramatiques en France est difficile. Deux grands courants du théâtre se croisent. La création collective, liée à une remise en question de toutes les fonctions à l’intérieur de la production théâtrale, a donné les spectacles icônes du Théâtre du Soleil que furent L’Âge d’or et 1793. Émergeant de cette vague de fond, qui bénéficie par ailleurs d’un très fort soutien des instances publiques, des metteurs en scène (Patrice Chéreau, Georges Lavaudant) sentent le besoin de revenir au texte, mais en passant par des oeuvres du répertoire classique ou des textes non dramatiques (romans, poésie). L’auteur de théâtre contemporain se retrouve donc doublement marginalisé. C’est cette situation qui amène Simone Balazard à entreprendre sa recherche. Alors qu’on dit partout qu’il n’y a plus d’auteurs, les manuscrits s’entassent dans les théâtres. Donc, il y a des auteurs contemporains, mais il faut croire qu’on ne les trouve pas bons. Est-il possible de les aider à s’améliorer ? Ce sera son hypothèse de départ : « L’auteur, artisan du spectacle, a comme tous les autres collaborateurs de l’entreprise théâtrale, un métier à apprendre. » Le sous-titre du livre est Formation et transformation (France, USA, Québec). Au fil d’une enquête sur un vaste terrain couvrant deux continents, l’auteure se demande donc si une formation, qui prendrait acte des mutations que le théâtre a connu, est pensable et quelle forme celle-ci pourrait prendre en France. Après tout, la formation en écriture dramatique est une pratique répandue aux Etats-Unis. Une part importante de l’ouvrage est constituée de témoignages, car pour mener à bien son enquête, Balazard enverra des questionnaires à des dizaines d’auteurs français et en rencontrera plusieurs autres. Certains de ces auteurs sont maintenant tout à fait inconnus et il faut la préface de Gilles Costaz pour apprendre que Gabriel Cousin a marqué le théâtre en son temps tout autant que Jean-Paul Sartre celui des années 1940. Par contre, des noms sont plus familiers : Denise Bonal, Jeannine Worms, Jean-Claude Grumberg, Eugène Ionesco, Michel Vinaver, Romain Weingarten. Une autre part s’appuie sur des données recueillies auprès d’universités et organismes américains (Yale, National Playwrights Conference) et québécois, dont le Centre d’essai des auteurs dramatiques (CEAD). Pour quiconque s’intéresse à l’écriture dramatique et à la place de l’auteur au sein de la production théâtrale, tous ces témoignages, mêmes d’inconnus, demeurent intéressants, car l’on peut en dégager certaines constantes, par exemple, quant à la venue à l’écriture dramatique, ou aux difficultés de retravailler un texte. De plus, le portrait que dresse Simone Balazard des outils de formation à la disposition des auteurs à l’époque est une source précieuse de ...

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