Musées et premières nationsLa trace du passé, l’empreinte du futur[1][Notice]

  • Élise Dubuc et
  • Laurier Turgeon

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  • Élise Dubuc
    Département des arts et lettres
    Université du Québec à Chicoutimi
    555 boul. de l’Université
    Chicoutimi (Québec) G7H 2B1
    Canada

  • Laurier Turgeon
    Département d’histoire
    Université Laval
    Québec (Québec) G1K 7P4
    Canada

Ce numéro présente une réflexion sur les pratiques muséales concernant les peuples autochtones. Pour une part, il s’agit de s’intéresser aux nouvelles pratiques muséales en ce domaine. La volonté de reprise en main par les Autochtones d’une institution qui les a longtemps tenus silencieux entraîne de nouvelles façons de faire. On peut mesurer le chemin parcouru à l’aune de l’ouverture en grande pompe en septembre 2004 du tout nouveau National Museum of the American Indian. Ce musée, principalement conçu par les premiers intéressés, comme l’indique l’institution elle-même, est situé en un lieu symboliquement important de la capitale américaine, le Mail de la Nation. Les initiatives communautaires, c’est-à-dire les réalités vécues dans les communautés par les individus à qui l’on remet la charge de s’occuper du patrimoine, sont peut-être moins flamboyantes, mais elles n’en témoignent pas moins d’un renouveau. Pour l’autre part, il s’agit dans ce dossier de reconnaître comment l’institution muséale occidentale a embrigadé les objets de civilisations qu’elle croyait conquises, comment elle a formulé un discours qui traçait les ornières d’un mode d’appréhension de cultures considérées comme étant en voie de disparition, et comment elle évolue aujourd’hui. La rencontre de ces deux perspectives offre aux anthropologues une réflexion sur la place (obsolète?) des collections amassées dans le passé, sur la représentation publique des connaissances scientifiques (public anthropology) et sur le rôle des « experts », souvent anthropologues, à qui auparavant incombait la tâche de représenter les Autochtones dans les musées, tâche qui est aujourd’hui amenée à changer radicalement. La métaphore du musée comme « zone de contact » évoquée par James Clifford sous l’inspiration de Marie-Louise Pratt (Clifford 1997 : 188-219 ; Pratt 1992) s’est imposée dans les esprits. L’auteur prolifique, reconnu comme référence incontestable sur les pratiques performatives de la culture dont font partie les musées, sur les connivences entre institutions occidentales, marchés capitalistes et élites nationales, nous a récemment rappelé combien l’héritage des relations entre les anthropologues et les communautés offre présentement autant d’obstacles que d’opportunités (Clifford 2004). On peut parler ici d’empreinte, à l’image de la très belle oeuvre de l’artiste innue Samec Germain reproduite en couverture du numéro, qui rappelle à la fois le poids du passé et les pistes annonçant le futur. Avec la remise en question des pratiques passées, l’ère postcoloniale impose un nouveau regard sur le musée. On questionne les modes de collectes ainsi que l’autorité du discours anthropologique qui, au fil des ans, a tenté d’expliquer et de recontextualiser leurs significations. Malgré son ardente défense de l’utilité des musées pour l’étude de la culture matérielle, William Sturtevant signalait dans un article aujourd’hui célèbre (Sturtevant 1969) que l’anthropologie, devenue discipline universitaire scientifique, se détachait progressivement des pratiques de collectes et d’expositions d’objets qui caractérisèrent sa naissance au XIXe siècle. La réflexion actuelle est toutefois quelque peu différente. L’autorité des anthropologues est remise en question à l’intérieur de l’institution muséale. D’une part, le développement tout azimut de nouvelles pratiques scénographiques populistes laisse pour compte la réflexion scientifique (Terrel 1991). D’autre part, les peuples représentés dans les musées veulent obtenir voix au chapitre, ce qui amène les anthropologues à revoir leurs positions et entraîne une remise en question des musées d’ethnographie (Ames 1992 ; Clifford 1997). Les anthropologues regardent maintenant l’institution de l’extérieur, tel un nouveau terrain offert à l’investigation (Handler 1993). Soulignant la crise actuelle dans laquelle se retrouvent les musées d’ethnographie, Anna Laura Jones (1993) fait état de conditions historiques qui expliqueraient les différences entre la situation telle qu’elle peut être vécue en Europe ou en Amérique du Nord. Dans des articles récents, Laura Peers (2000) et Élise Dubuc …

Parties annexes