L’implantation d’un musée dans une communauté autochtoneLes cinq premières années du musée Shaputuan à Uashat mak Mani Utenam[Notice]

  • Réginald Vollant et
  • Élise Dubuc[1]

…plus d’informations

  • Réginald Vollant
    178, rue de l’Église
    Maniu-tenam (Québec) G4R 4K2
    Canada

  • Élise Dubuc[1]
    Département des arts et lettres
    Université du Québec à Chicoutimi
    555 boul. de l’Université
    Chicoutimi (Québec) G7H 2B1
    Canada

On avait au départ énormément de contraintes. D’abord, le nom qu’on avait donné au bâtiment : une « maison de transmission de la culture ». En fait, il y avait une exposition permanente et un espace pour des expositions temporaires. C’était bien plus un musée qu’autre chose. Alors on a travaillé dans ce sens là. Il était cependant important pour nous d’en faire un musée axé sur les réalités de la communauté. Étant Innus, ayant vécu dans la communauté, vécu des expériences d’échanges avec les aînés, avec les jeunes et les enfants, on est en mesure de saisir quels seraient les actions ou les gestes et la façon de travailler qui permettraient à la communauté de préserver sa culture. Par définition, un musée a la mission de préserver, de diffuser la culture en privilégiant l’exposition. Mais nous, on va au-delà de ça. On veut ajouter des gestes, des actions. On s’est beaucoup posé de questions à ce sujet et on a échangé. On a consulté des gens de la communauté, vu ce que les gens pouvaient apporter, des outils ou des façons de faire, afin que le musée puisse devenir réellement en lien avec les aspirations de la communauté. Cela n’a pas été facile, et ce n’est toujours pas évident, compte tenu de ce qui est arrivé, et j’en reviens au contexte de négociation du barrage de la Sainte-Marguerite. Il y a eu aussi d’autres événements, tel que le sommet de la jeunesse, la rencontre sur les médecines traditionnelles, des rassemblements d’artistes, des lancements de livres, de documentaires autochtones. Le plus important pour nous c’est de se concentrer et de réfléchir sur la mission et le rôle que le musée pourrait jouer là-dedans. Et cela ne peut pas se faire uniquement avec l’équipe de base du musée. On a sollicité la présence des gens de la communauté, des gens qui travaillent dans le domaine culturel, des gens de l’ICEM, une table de concertation pour ainsi dire, afin de réfléchir sur ce qu’on pourrait faire avec ce qu’on a en main, mais qui ne correspond pas à la représentation des Innus. Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour être plus à l’aise et être en mesure de passer les vrais et les bons messages? On s’est surtout concentrés sur les interventions futures et on est encore à ce processus-là. Il faut trouver une façon de faire pour qu’il y ait vraiment une présence culturelle innue. Au sommet de la jeunesse qui a eu lieu au musée en 2000, ce sont les jeunes de la communauté, tant ceux qui fréquentent l’école que ceux qui l’ont abandonnée, qui l’ont eux-mêmes formulé. Mais souvent ce sont les structures qui ne nous permettent pas d’aller plus loin. Ce sont des structures de Blancs qui sont là, sans doute efficaces dans une société non autochtone. Tout est fonction de programmes de financement. Le musée est pris dans des cadres très précis. Si un projet ne « cadre » pas, il se peut qu’on n’arrive jamais à le faire, même si c’est un très beau projet. Les documents audio-visuels sont un bel exemple de moyens qui peuvent nous servir adéquatement dans la diffusion de la culture. Les Innus sont des gens de tradition orale, extrêmement visuels, très auditifs. La vidéo, ça rejoint la façon de faire des Innus. C’est un outil que l’on devrait utiliser d’avantage. Déjà plusieurs choses ont été réalisées. Par exemple, André Vollant a produit une trentaine de documents didactiques sur la transmission de la culture : la fabrication des raquettes, de cache en forêt, etc. D’autres vidéos pourraient être faites dans le domaine de la …

Parties annexes