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Brian Morris, Religion and Anthropology : A Critical Introduction. Cambridge, Cambridge University Press, 2006, 350 p., bibliogr.[Notice]

  • Jean-Claude Muller

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  • Jean-Claude Muller
    Département d’anthropologie
    Université de Montréal
    C.P. 6128, Succursale Centre-ville
    Montréal (Québec) H3C 3J7
    Canada

Voici un ouvrage très dense et truffé d’exemples de diverses religions soigneusement expliqués. Ces exemples sont étudiés par des auteurs relevant des différentes approches théoriques en anthropologie : intellectualiste, émotionnelle, interprétative, cognitiviste, phénoménologique et sociologique, employées actuellement dans l’étude des religions. Cela contribue à donner in fine une vaste bibliographie des tendances récentes très éclectiques dans ce type d’études, l’auteur les approuvant ou les critiquant selon son option sociologique – qui est aussi la mienne, presque par définition. Morris a choisi de procéder par régions. Le premier chapitre est consacré au shamanisme, à la possession et à la transe, avec comme exemples le shamanisme des peuples de l’Asie du nord-est et de celui des Inuits. Suit une section traitant du bouddhisme et de ses relations avec les esprits dans des populations de Birmanie et du Sri Lanka ; elle se termine par un aperçu du bouddhisme au Tibet avec ses liens entre la religion populaire et l’État. On passe ensuite à l’islam et à ses accommodements avec divers esprits, les zar en Somalie et au Soudan, le culte des saints en général et l’influence d’une congrégation soufie au Maroc. Le chapitre quatre examine l’hindouisme traditionnel et sa prolifération actuelle de nouvelles sectes, les Hare Krishna en particulier. L’Afrique est le sujet du chapitre suivant. L’auteur l’intitule « Chrétienté et religion en Afrique », car, dit-il, tous les peuples africains ont, peu ou prou, été influencés par le christianisme. Les populations présentées ici sont les Ba-Kongo et celles de Zambie où l’on assiste à l’apparition de cultes prophétiques, de mouvements anti-sorciers et à la création d’églises chrétiennes indépendantes et autochtones. Le livre enchaîne avec les religions africaines qui se sont perpétuées et développées parmi les esclaves transplantés dans le Nouveau Monde, ici illustrées par le vaudou en Haïti, la religion rastafarienne en Jamaïque, le catimbo et le candomblé au Brésil. L’avant-dernier chapitre se penche sur les religions mélanésiennes, nommément celles des Kwaio et des Tsembaga, le tout suivi d’une discussion des cultes millénaristes qui se sont succédé dans cette région. La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux nouveaux cultes qui fleurissent aujourd’hui dans le monde occidental, ceux qui caractérisent le néo-paganisme, d’une part, (le mouvement Wicca, le mouvement des sorcières féministes, le néo-druidisme), tous prétendant faire revivre des anciennes religions européennes, et les mouvements religieux qui se réclament du Nouvel Âge, de l’autre. Le texte est très finement modulé, les critiques et les commentaires me semblent très bien amenés. J’ai pourtant deux petits regrets ; le premier est de noter l’absence d’un aperçu des religions australiennes, non par manque de monographies récentes, puisque l’auteur reconnaît qu’il y en a, mais, dit-il, par manque de place. C’est dommage, car les ouvrages fondamentaux de Freud et Durkheim sur les religions australiennes ont été des jalons importants dans l’histoire des théories anthropologiques de la religion. Il aurait été intéressant qu’il en discute un peu. Le second petit regret est qu’aucune religion amérindienne n’apparaisse non plus dans ce volume. Toutefois, je le recommande vivement et sans aucune hésitation à toute personne sérieusement intéressée (je dis sérieusement, car le livre demande de la concentration) par les phénomènes religieux, qu’elle soit anthropologue ou non.