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Essai bibliographiqueBibliographical EssayEnsayo bibliográfico

Deux récits de l’anthropologie de l’IslamHammoudi Abdallah, 2005, Une saison à La Mecque. Paris, Éditions du Seuil.Mahmood Saba, 2007, The Politics of Piety. Princeton, Princeton University Press.[Notice]

  • Abdelmajid Hannoum

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  • Abdelmajid Hannoum
    Départment d’anthropologie, 636 Fraser Hall, University of Kansas, Lawrence (Kansas) 66045, États-Unis
    ahannoum@ku.edu

Dans un ouvrage ancien intitulé The Idea of an Anthropology of Islam, Talal Asad (1968) remarque que la littérature anthropologique sur l’islam, malgré sa diversité d’approche, considère celui-ci soit comme l’ensemble des pratiques et croyances propres aux musulmans, soit comme « une totalité historique » régissant plusieurs aspects de la vie sociale. Ces études anthropologiques soutiennent que l’islam crée une structure sociale au lieu de considérer qu’il est affecté par elle. La voix des musulmans y est absente, même dans les textes de l’anthropologie interprétative qui prêche la « conversation » avec l’Autre comme moyen de mieux rendre compte de ses croyances et de ses points de vue. Et Asad de proposer à l’anthropologie de l’islam d’abord de prendre comme objet le discours des musulmans sur eux-mêmes, et ensuite de lier ce discours à des traditions discursives islamiques, c’est-à-dire à des textes fondateurs de l’islam. Depuis 1968, date de la publication de l’essai d’Asad, l’anthropologie de l’islam a connu des développements considérables, dus en premier lieu à l’évolution générale de l’anthropologie socioculturelle pendant les trois dernières décennies. Cette évolution s’est traduite surtout par la production d’un arsenal théorique rigoureux, très souvent influencé par la pensée française de l’après-guerre. Autre développement non moins considérable, ce courant postmoderne reconnaît la sensibilité, c’est-à-dire en fin de compte la subjectivité même du chercheur, comme partie intégrante du discours anthropologique. Enfin, l’entrée dans la discipline de chercheurs appartenant à un espace soi-disant islamique est un événement heureux, car leur regard de l’intérieur enrichit le discours anthropologique, bien que ce regard soit également façonné par la discipline elle-même (Hannoum 2009). Dans cet essai, mon but est de centrer la réflexion et d’interroger les derniers développements de la discipline à travers essentiellement deux travaux récents sur l’islam, et d’examiner la proposition d’Asad au sujet de l’évolution de l’anthropologie de l’islam. Contrairement aux ouvrages discutés par Talal Asad dans son ouvrage, les textes étudiés dans cet essai sont écrits par des anthropologues « natives », comme on dit en anglais, c’est-à-dire des auteurs dont la connaissance de l’islam n’est pas seulement académique, mais aussi personnelle, du moins par leur milieu d’origine, pour ne pas présumer de leur foi. C’est un changement certain dans l’étude anthropologique de l’islam qui fut principalement affaire de chercheurs occidentaux qui, malgré leur compétence, ont exercé un regard extérieur ne leur permettant pas d’appliquer dans le domaine du religieux le grand principe anthropologique de « l’observation participante ». En effet, lorsqu’il s’agit par exemple des rituels qui marquent, sinon définissent le phénomène religieux, la participation n’est pas toujours possible eu égard à leur caractère sacré et privé. De cela il résulte qu’un certain nombre de rites, et non des moindres, échappent à l’analyse anthropologique. Mais ce vide est, semble-t-il, en train d’être comblé avec les études menées par des anthropologues ayant facilement accès à des rituels interdits aux autres chercheurs. Les deux textes étudiés ci-dessous en sont d’excellents exemples. Parmi ces rites qui ont échappé à l’analyse anthropologique est le hajj, le pèlerinage à la Mecque, qui constitue l’un des cinq piliers de l’islam. Un texte relativement récent d’Abdallah Hammoudi intitulé Une saison à La Mecque (2005) nous en offre une description. L’auteur a entrepris le hajj, nous dit-il dès l’ouverture de son texte, pour étudier le rite, et non pour l’accomplir, et pour « aborder le hajj comme il le ferait d’un rituel appartenant à une autre religion » (Hammoudi 2005 : 9). Le texte ne contient aucune note malgré une référence anonyme à toute une littérature arabe islamique sur le hajj. Il s’inscrit dans une tradition ethnographique bien …

Parties annexes