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Cherubini Bernard (dir.), 2011, Agir pour la promotion de la santé. Une politique ouverte à l’innovation ? Toulouse, Éditions Érès, coll. Action santé, 222 p.

  • Maryline Vivion

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  • Maryline Vivion
    Département d’anthropologie, Université Laval, Québec (Québec), Canada

Corps de l’article

En 1986, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) promulguait la Charte d’Ottawa reconnaissant la notion de promotion de la santé. En France, la prévention en matière de santé a longtemps été privilégiée, entraînant un retard dans le domaine de la promotion. Toutefois, depuis 2002 des lois françaises ont réaffirmé l’importance de la promotion de la santé, impliquant des transformations des politiques dans ce domaine. L’ouvrage réunit des auteurs issus de champs disciplinaires distincts : des chercheurs en santé publique, en sciences sociales (anthropologie, science politique, sociologue), mais aussi des professionnels qui oeuvrent à l’application des programmes de promotion de la santé ; l’objectif étant de présenter différentes perspectives sur les transformations en cours dans le domaine de la promotion de la santé.

Quatre sections composent cet ouvrage collectif. Cela permet un cheminement cohérent allant des clarifications conceptuelles à l’identification des défis pour la promotion de la santé, en passant par des expériences concrètes en lien avec la mise en place de programmes. Ainsi, la première section présente le concept de promotion de la santé dans une perspective historique, en soulignant les différentes stratégies mises en oeuvre en France par le biais des législations, mais aussi selon les secteurs comme les milieux scolaires, le domaine pénitencier ou bien la santé au travail. Cette clarification permet de mettre l’accent sur la notion de territoire, car, depuis 1982, les politiques en matière de santé publique s’appuient sur une décentralisation et une territorialisation des actions. Or, si ces politiques avaient pour ambition de mieux répondre aux besoins, en gageant sur la proximité, cela entraîne la multiplication des échelons institutionnels et par le fait même des acteurs oeuvrant dans ce domaine. La notion de compétence devient alors essentielle, car cette multiplication permet de questionner l’appropriation du concept de promotion de la santé pour la mise en oeuvre des actions par chacun des acteurs qui présentent des rationalités différentes. D’où l’enjeu de la cohérence et de la coordination des actions, qui soulignent la nécessité du lien entre les programmes et le territoire en identifiant les éléments qui font défaut pour la mise en oeuvre des politiques.

La seconde section est consacrée à la présentation d’expériences européennes. Les avantages et inconvénients de deux modèles de santé italiens sont présentés. D’un côté, celui de la Lombardie, axé sur la valorisation de la concurrence entre le privé et le public, et, de l’autre, celui de la Toscane, axé sur la coopération et l’intégration des différentes organisations dans un réseau de soins. Outre la comparaison entre différents modèles, les enjeux transfrontaliers sont soulignés, notamment dans le contexte européen dans lequel la promotion de la coopération entre les pays est à l’honneur. L’exemple de la France et du Pays basque est présenté, dans lequel est mise en avant l’importance de la volonté politique de part et d’autre pour mener à bien les projets sur la base de collaborations transfrontalières.

La troisième section de l’ouvrage est quant à elle consacrée aux actions innovantes. En s’appuyant sur une recherche menée sur la santé mentale en Martinique, la nécessité de dépasser la simple identification de facteurs de risques dans le cadre d’action en promotion de la santé, mais aussi de prendre en considération le contexte social, économique et historique du territoire est soulignée. Enfin, une initiative prise par le CHU de Toulouse est présentée, qui met l’accent sur les différents acteurs mobilisés pour mener à bien le projet. La promotion de la santé interpelle de nombreux acteurs à différents niveaux, que ce soit les autorités en santé publique, les directions des CHU, les associations et organismes sur le terrain. Chacun des acteurs possède une expertise propre et cette diversité étaye la nécessité de développer des compétences dans le domaine de la promotion de la santé par le biais de formations. À cet effet, le Master de santé publique (p. 198) permet aux individus d’acquérir une expertise en promotion de la santé, d’appréhender cette dernière d’un point de vue global, mais aussi de les sensibiliser à l’indispensable décloisonnement des compétences, de souligner les différents enjeux, notamment les enjeux éthiques de cette promotion.

L’intérêt d’Agir pour la promotion de la santé… réside dans les différentes perspectives présentées par les auteurs, qui soulignent ainsi la complexité et les défis qu’implique l’action en promotion de la santé. Son objectif n’est pas de décourager le développement de la promotion de la santé, mais de faire prendre conscience de l’ampleur de la tâche, d’identifier les ressources existantes et la nécessité de développer des liens multidisciplinaires afin d’améliorer la coordination et la cohérence des actions. Bien qu’abordés de façon transversale, le financement et la volonté politique auraient pu faire l’objet d’un approfondissement, car ces derniers sont la clé de la réussite des initiatives pour la promotion de la santé. Par sa multidisciplinarité, ce livre s’adresse aussi bien aux décideurs des autorités de santé publique qu’aux chercheurs en sciences sociales souhaitant aborder ou connaître davantage le contexte de la promotion de la santé en France.