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L’infécondité volontaireMotivations et enjeux de transmission dans un forum de discussionVoluntary ChildlessnesMotivations and Transmission Issues in an Online Discussion ForumLa infecundidad voluntariaMotivaciones y retos de transmisión en un foro de discusión

  • Catherine de Pierrepont et
  • Joseph J. Lévy

…plus d’informations

  • Catherine de Pierrepont
    Département de psychologie, Université de Sherbrooke, 2500, boul. de l’Université Sherbrooke, (Québec) J1K 2R1, Canada
    catherine.de.pierrepont@usherbrooke.ca

  • Joseph J. Lévy
    Département de sexologie, Université du Québec à Montréal, Case postale 8888, succursale Centre-ville, Montréal (Québec) H3C 3P8, Canada
    levy.joseph_josy@uqam.ca

Couverture de Désir d'enfant et désir de transmission, Volume 41, numéro 2, 2017, p. 9-304, Anthropologie et Sociétés

Corps de l’article

Transculturellement, les représentations de la famille et sa composition font une large part aux enjeux entourant la présence d’une progéniture (transmission du nom, nombre et sexe des enfants), souvent essentielle dans la définition des rôles maternel et paternel et leur réalisation. La construction de ces rôles et leur place dans la définition de l’identité de genre et du statut ainsi que leurs fonctions et leurs significations varient dans l’Histoire (Knibiehler 2000), mais le célibat et le renoncement à une descendance restent rares et souvent limités à des groupes socioprofessionnels (domestiques ou soldats) ou à des ordres religieux (catholicisme, hindouisme, bouddhisme) particuliers. L’infertilité, attribuée généralement aux femmes, constitue dans plusieurs sociétés un problème social et personnel grave, qui s’accompagne souvent d’une détérioration du statut féminin, de la répudiation ou du divorce d’avec l’épouse.

La remise en question de la reproduction obligatoire et de la maternité subie, avec la diffusion des moyens contraceptifs et la lutte pour le droit à l’avortement (Fortino 1997), apparaît en France au début des années 1970 sous la poussée des mouvements féministes. Ce positionnement s’élargit avec la revendication d’une infécondité volontaire (Debest 2012, 2014) et à la même époque apparaît aux États-Unis le mouvement Childfree avec la création du National Organization for Non Parents (NON), devenu par la suite la National Alliance for Optional Parenthood. Cette dernière développe rapidement des réseaux de soutien et d’intervention psychothérapeutique pour diffuser sa vision et lutter contre les attitudes stigmatisantes à l’égard de ses membres (Basten 2009). Ce réseautage s’est amplifié avec Internet et, parallèlement à l’essaimage des organisations et des rencontres internationales (Agrillo et Nelini 2008), les sites, les forums de discussion et les groupes Facebook sur le sujet se sont multipliés dans les pays du Nord et du Sud (Basten 2009), jouant un rôle significatif dans la reconnaissance de ce mouvement et montrant leur contribution en termes de soutien social.

Si les recherches démographiques et sociopsychologiques (quantitatives et qualitatives) sur l’infécondité volontaire (Shapiro 2014) ont pris une forte expansion, permettant de mieux en comprendre les motivations et les problèmes, l’exploration de ces thèmes sur Internet reste encore limitée. À ce sujet, Basten (2009) préconise de les consolider par l’analyse des réseaux et des groupes sociaux virtuels dont les échanges constitueraient une source de données empiriques sur la transformation des représentations sociales et sur l’établissement de nouvelles normativités à propos d’enjeux sociaux polémiques. Plus particulièrement, certaines études qui se sont penchées sur l’analyse de forums de discussion en ligne abordant différentes problématiques (sexualité, politique, autisme) ont mis en lumière le rôle important de ces forums en matière de transmission de savoirs experts, populaires et expérientiels, ainsi qu’en matière de soutien social entre internautes (Marcoccia 2003 ; De Pierrepont 2010, 2011 ; Des Rivières-Pigeon et al. 2012). Dans la ligne des suggestions de Basten (2009), cet article analyse des échanges en ligne sur un forum de discussion Childfree pour cerner les motifs qui sous-tendent le choix de l’infécondité volontaire et pour dégager, plus particulièrement, comment les enjeux liés à transmission (du biologique au culturel) sont pris en considération et présentés.

Cette recherche s’inscrit dans le contexte des travaux menés par les auteurs sur les usages sociaux d’Internet dans le domaine des relations interpersonnelles, de la famille et de la sexualité (Lévy et De Pierrepont 2009 ; De Pierrepont 2010, 2011). Dans un premier temps, la perspective théorique sera présentée, suivie de celle des principales données sur l’infécondité volontaire issues de la littérature récente. Dans un second temps, la méthodologie et les analyses de contenu des échanges en ligne portant sur les motifs et les enjeux de transmission rapportés sur les forums de discussion choisis seront dégagées et discutées.

L’infécondité volontaire : perspectives théoriques et empiriques

La théorie de la Seconde transition démographique

Pour désigner l’infécondité volontaire (Debest 2012), la littérature sociopsychologique anglophone propose plusieurs mots et expressions (voluntary childlessness/childless ; childfree by choice/voluntary ; childlessness ; intentionally childless) pour référer à toute personne qui décide de ne pas avoir d’enfant, ou qui n’a pas un tel projet, tout en ayant la capacité biologique de le réaliser (Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015 ; Peterson 2015). Cette infécondité volontaire est « caractérisée par un choix actif, une implication et une permanence quant à la décision de ne pas devenir parent » (Shapiro 2014 : 1). Ce positionnement peut s’exprimer précocement pour certains (Settle et Brumley 2014 ; Avison et Furnham 2015) ou plus tardivement pour d’autres (Blackstone et Stewart 2012 ; Avison et Furnham 2015), mais des circonstances particulières peuvent aussi intervenir, le projet de devenir parent au départ s’estompant avec le passage du temps et les expériences de vie (Settle et Brumley 2014).

Pour rendre compte de cette nouvelle perspective sociodémographique, les études insistent sur les transformations provoquées par la modernité tardive dans le champ des valeurs et des stratégies d’expression individuelle. La théorie de la Seconde transition démographique, proposée vers la fin des années 1980 (Van de Kaa 1987 ; Lesthaeghe 1995, 2010, 2014) puis reprise et développée depuis par plusieurs chercheurs (Surkin et Lesthaeghe 2004 ; Merz et Liefbroer 2012), constitue un modèle intégrateur susceptible de rendre compte des tendances sociodémographiques contemporaines constatées dans plusieurs pays occidentaux, telles que l’augmentation de la cohabitation et du divorce, l’ajournement du moment de la reproduction, la contraception, l’égalité dans les rôles, la révolution sexuelle, la sécularisation, l’autonomie économique des femmes et l’infécondité volontaire. Ces conduites s’arriment à un système de valeurs fondé sur « l’épanouissement personnel, la reconnaissance, la démocratie participative locale, le travail expressif et les valeurs de l’éducation » (Lesthaeghe 2014 : 18113) ainsi que sur la diversité des styles de vie choisis. Néanmoins, cette théorie ne problématise pas les enjeux entourant la rupture du processus de transmission intergénérationnel qui constitue l’une des dimensions fondamentales du projet familial (Rodet 2009). Dans cette perspective, notre analyse contribuera à analyser les arguments proposés par les internautes pour fonder le choix de l’infécondité.

Évolution des attitudes sociales

Les résultats des études empiriques menées à ce jour sur l’infécondité volontaire confirment l’intérêt du modèle de la Seconde transition démographique qui met en relief l’importance des dimensions socioculturelles et des stratégies personnelles privilégiées dans les prises de décision entourant l’infécondité volontaire.

Au plan sociodémographique, plusieurs recherches (par exemple : Agrillo et Nelini 2008 ; Basten 2009 ; Blackstone et Stewart 2012) rapportent une augmentation du nombre de femmes, mais aussi d’hommes, choisissant l’infécondité volontaire dans les dernières décennies, en particulier aux États-Unis, au Canada et en Australie. Ces pourcentages restent néanmoins faibles en Europe (entre 1 % à 6 %), et seraient un peu plus élevés pour les hommes que pour les femmes. On constate aussi une augmentation de la tolérance envers l’infécondité volontaire et une réduction de la stigmatisation dans les sociétés occidentales, mais avec des variations selon les pays qui seraient liées aux effets de la Seconde transition démographique (Merz et Liefbroer 2012). Selon cette étude, le taux d’approbation est le plus bas dans les pays de l’Est, contrairement aux pays du nord et de l’ouest de l’Europe, ces derniers étant plus ouverts aux valeurs d’autonomie individuelle, d’émancipation et de modernisation. Cette acceptation est plus forte parmi les répondants moins religieux, plus jeunes et plus éduqués, ainsi que chez les femmes, les sans-enfants et les célibataires.

L’analyse des articles parus dans des journaux anglais (Giles et al. 2009) entre 1990-2008 et dans des manuels universitaires sur le mariage et la famille publiés entre 1950 et 2000 (Chancey et Dumais 2009) montre une évolution positive dans ce domaine. Dans ces textes, le droit de choisir et la décision personnelle concernant la reproduction sont considérés comme des droits humains et le rôle parental n’est plus envisagé, ni comme une vocation obligatoire, ni comme un impératif biologique ou nécessaire à l’accomplissement personnel.

Raisons/motivations qui sous-tendent l’infécondité volontaire

Compte tenu de la diversification des itinéraires personnels parmi les individus vivant dans les sociétés occidentales, les motivations sous-jacentes à l’adoption de l’infécondité volontaire obéissent à des référents multiples. L’expression des valeurs liées à la modernité constitue un premier ensemble de raisons essentielles qui renvoient à l’importance de la liberté, de l’indépendance, de l’autonomie, de la réalisation de soi et du développement personnel avec, comme corollaire, la quête d’une émancipation face à la responsabilité et aux tâches qu’implique un enfant (Blackstone et Steward 2012 ; Doyle et al. 2012 ; Settle et Brumley 2014 ; Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015 ; Peterson 2015).

Les avantages économiques et financiers que procure l’élimination des contraintes liées aux rôles parentaux sont aussi soulignés, tout comme ceux touchant la carrière professionnelle et sa progression, qui n’entrent alors plus en conflit avec les tâches entourant le soin aux enfants, permettant de s’y impliquer plus complètement. Les conséquences sur le maintien d’un style de vie indépendant sont aussi soulevées, en particulier pour le temps consacré aux loisirs et aux voyages, étant donné les possibilités de mobilité accrues (Settle et Brumley 2014 ; Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015 ; Peterson 2015).

Les résistances à se conformer au rôle parental et aux activités traditionnelles genrées ou leur rejet complet interviennent également dans la décision de ne pas avoir d’enfant, ce qui s’arrime à une aversion ou à un désintérêt pour les tâches parentales (Blackstone et Stewart 2012 ; Shapiro 2014 ; Petersen 2015). La peur d’une perte de l’identité personnelle intervient aussi, associée à un refus des sacrifices et au lourd fardeau de la parentalité (Settle et Brumley 2014 ; Peterson 2015). Les expériences familiales personnelles, l’observation des modèles parentaux de l’entourage et des inégalités dans la distribution des tâches parentales peuvent contribuer à la préférence pour l’infécondité volontaire, d’où une évaluation des coûts considérés comme supérieurs aux bénéfices (Settle et Brumley 2014 ; Peterson 2015).

Les compétences parentales personnelles sont aussi mises en doute par plusieurs non parents (Settle et Brumley 2014 ; Shapiro 2014). Plusieurs motifs sont ainsi avancés : le manque d’instinct maternel ou paternel (Settle et Brumley 2014 ; Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015) ; l’absence de sentiments d’affection ou d’amour et un désintérêt à l’égard des enfants ; le stress et les préoccupations autour de l’enfant, tous concourant à une démotivation face à ce projet (Avison et Furnham 2015 ; Peterson 2015). Les perceptions négatives de la grossesse quant à son déroulement et aux risques encourus, de même que les appréhensions entourant la douleur lors de l’accouchement sont aussi relevées (Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015).

Les traits de personnalité considérés comme incompatibles avec de bonnes pratiques parentales (introversion, anxiété, sensibilité, impatience, perfectionnisme, indépendance et besoin d’un environnement tranquille) constituent également des raisons avancées pour fonder la préférence pour une infécondité volontaire (Settle et Brumley 2014 ; Avison et Furnham 2015).

Les répercussions négatives d’un enfant sur la relation de couple sont aussi soulignées (Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015), l’infécondité volontaire constituant une stratégie pour éviter de résoudre les contradictions entre les normes parentales, qui demandent des compétences élevées, et celles entourant le maintien de la relation de couple et l’importance de sa composante sexuelle, qui peut être menacée par la présence d’un enfant (Debest 2012). Cette décision peut aussi être liée aux difficultés relationnelles vécues, comme le développement d’une relation de couple peu stable, l’attente d’un partenaire idéal ou son absence (Settle et Brumley 2014 ; Shapiro 2014).

Les considérations altruistes ne sont pas étrangères à la préférence pour l’infécondité volontaire et elles portent sur deux aspects principaux et complémentaires. On retrouve, d’une part, la croissance démographique considérée comme désordonnée, ce qui contribue à une surpopulation mondiale et, d’autre part, la détérioration écologique de la planète, associée à la pollution et à l’épuisement des ressources, d’où la nécessité de réduire la pression que constitue la population par une prise de position personnelle en s’abstenant d’avoir des enfants (Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015).

Infécondité volontaire et enjeux de transmission

La théorie de la Seconde transition démographique insiste sur les transformations dans les systèmes de valeurs prônant la liberté et l’autonomie des personnes dans leurs choix familiaux et reproductifs, qui sont prédominants, mais elle semble négliger, dans l’étude de l’infécondité volontaire, l’analyse de l’une de ses conséquences majeures, soit celle de la rupture des modalités de la transmission définie comme « l’ensemble des processus par lesquels un groupe humain assure sa continuité dans le temps, à travers la succession des générations » (Hervieu-Léger 1997 : 131), l’une des fonctions jusque-là essentielles de la famille (Donval 2001 ; Rodet 2009). Cette problématique apparaît secondaire dans les travaux actuels sur l’infécondité volontaire et n’est mentionnée que dans le cadre des peurs de transmettre une maladie génétique ou héréditaire (Mollen 2006 ; Agrillo et Nelini 2008). Le refus d’une grossesse semble en ce sens constituer une extension du principe de la « bénéficience procréative » (Procreative Beneficience) qui postule que les parents ont « l’obligation morale de créer des enfants qui ont les meilleures chances d’avoir la meilleure vie » (Savulescu et Kahane 2009).

La rupture assumée du lien intergénérationnel direct soulève des questions importantes qui touchent les représentations sociales et les attitudes, chez les partisans de l’infécondité volontaire, quant aux enjeux liés à la transmission psychologique (continuité narcissique et réparation ; Ciccone 2014), au lignage, à la famille et à ses mémoires (Harvey 2005), ainsi qu’à la perpétuation du nom (Charton et Lemieux 2015). À celles-ci s’ajoutent les considérations liées à l’héritage matériel (Mortain 2003), aux valeurs socioculturelles (Sabatier et Lannegrand-Willems 2005), à la transmission de l’identité sociale, ethnique (Hughes et al. 2006) et religieuse (Vermeer 2014), et à la langue (Park 2013).

L’analyse des échanges sur un forum de discussion portant sur l’infécondité volontaire peut-elle aider, non seulement à valider la théorie de la Seconde transition démographique quant aux raisons qui motivent le choix d’une infécondité volontaire, mais aussi à mieux cerner les perspectives touchant les enjeux de la transmission, jusque-là négligées dans ce modèle et dans les recherches sur cette problématique ? C’est ce que cette étude exploratoire et descriptive tentera à présent de dégager.

Méthodologie de la recherche

Le repérage d’un site de forum anglophone regroupant des adultes favorables à l’infécondité volontaire a constitué la première étape de la recherche. À l’aide des mots-clés suivants, plusieurs sites de forums ont été identifiés : childless ; childfree ; childless/childfree by choice ; voluntary/voluntarily childless/childfree ; childlessness ; intentionally childless/childfree ; without baby/kids ; not having a baby/child ; non parents ; no kid/child/baby. Les sites ont ensuite été évalués selon leur pertinence (ils devaient inclure des forums de discussions portant à la fois sur les motifs et sur les enjeux de transmission en lien avec l’infécondité volontaire) et leur volume d’échanges (ils devaient contenir au moins 500 messages sur les deux enjeux pour permettre l’atteinte d’un corpus d’une longueur considérable et non négligeable de matériel écrit à analyser), pour en dégager ultimement un seul comprenant assez de matériel écrit abordant à la fois les raisons et motifs pour ne pas avoir d’enfant ainsi que les enjeux de transmission. De plus, le site choisi devait avoir une portée internationale et offrir une section de forums publics et ouverts, avec un contenu directement accessible, sans inscription préalable des chercheurs, pour des raisons éthiques.

Le site choisi est thechildfreelife.com, un site américain international associé au mouvement Childfree by Choice et dédié au partage et à l’interaction entre les non parents par choix. La devise du site, « A safe haven in a baby-crazed world », donne d’emblée le ton des internautes impliqués. Une importante partie du site est spécifiquement consacrée aux forums de discussion et, en mars 2016, 4 363 membres y étaient inscrits, 477 192 messages étaient partagés et regroupés sous 26 460 sujets différents.

À l’étape suivante, des forums spécifiques de ce site ont été choisis à l’aide de mots-clés reliés aux raisons (reasons, motives, why) et aux enjeux de transmission (transmission, heritage, heritance, legacy, inherit, inheritance, transmit, transfer, passing/pass on, passing/pass along, line/lineage, patrimony, heir, descendant/descendance). Les forums devaient avoir été partagés entre 2010 et 2016 et contenir un minimum de 5 messages. Une fois les forums choisis, une analyse de contenu manuelle (incluant successivement une codification des unités d’analyse de base – mots, groupes de mots, phrases, idées –, un regroupement des unités par sous-thèmes et un regroupement final par thèmes) a été effectuée pour dégager les deux dimensions de la recherche (motifs du non désir d’enfant et enjeux de transmission).

Étant donné que les chercheurs ne se sont pas impliqués sur le site (rôle d’observateurs seulement, donc aucune inscription nécessaire), que les données des forums sont ouvertes, publiques et donc accessibles sans mot de passe ou inscription obligatoire, que les informations sont publiquement archivées et qu’aucun règlement sur le site n’interdit leur utilisation, les forums ont pu être analysés en accord avec les principes éthiques reliés à la recherche sur Internet (Comité de travail spécial de l’éthique de la recherche en Sciences humaines 2008). Toutefois, afin d’éviter la reconnaissance ou l’identification possible des internautes, les avatars (pseudonymes qu’adoptent les participants sur les forums) ont été supprimés dans la présentation des résultats, tout en conservant le sexe de l’internaute.

Choix des forums

Sur les 150 forums identifiés au départ puis lus, 25 ont finalement été choisis. Au total, 837 messages ont été analysés à travers ces 25 forums ; ils ont tous été rédigés entre 2011 et 2016 et leur nombre variait entre 9 et 162 par forum, avec une moyenne de 33 messages par forum. Entre 8 et 87 internautes ont participé à chaque forum, avec une moyenne de 23 internautes participants par forum.

Profil des internautes

Au total, 344 internautes différents ont participé aux 25 forums sélectionnés. Le sexe de 213 participants (191 femmes et 22 hommes) a pu être directement et clairement identifié à travers différents indices : par leur pseudonyme genré, par leur sexe identifié dans leur profil complété d’internaute ; ou par l’utilisation de pronoms et de noms genrés dans leur(s) message(s). Le sexe des 131 internautes restant n’a pas pu être identifié avec de tels indices. Tous les internautes participants aux forums sélectionnés sont devenus membres du site entre 2008 et 2016 et ont rédigé et publié entre 1 et 10 992 messages dans l’ensemble des forums du site, avec une moyenne de 881 messages. Ils provenaient de plusieurs pays dont certains étaient identifiés clairement (nombre d’internautes identifiés entre parenthèses) : Afrique du Sud (1), Allemagne (2), Angleterre (2), Australie (9), Canada (15), Danemark (1), Écosse (1), États-Unis (76), Finlande (2), Hong Kong (1), Indonésie (1), Italie (1), Nouvelle-Zélande (3), Pays-Bas (1), Royaume-Uni (11), Suède (2), Suisse (1) et Vietnam (1).

Mis à part le sexe et le pays d’origine de certains internautes, qu’il n’a pas été possible d’identifier pour tous, les caractéristiques sociodémographiques obtenues sur les internautes visés sont très limitées. L’utilisation de corpus provenant forums publics pose ce problème récurrent puisque les internautes y participant ne sont aucunement obligés de préciser leur profil (sexe, pays d’origine, statut, emploi, classe sociale, culture, etc.) pour participer aux discussions virtuelles. L’anonymat et la confidentialité des internautes sont ainsi préservés, ce qui est un avantage pour eux, mais constitue une limite récurrente à l’analyse des profils sociodémographiques des participants aux forums de discussion en ligne (Marcoccia 2003 ; De Pierrepont 2010 ; Des Rivières-Pigeon et al. 2012 ; Pendry et Salvatore 2015). En effet, les forums de discussion virtuels constituent l’un des rares derniers lieux de la sphère virtuelle qui offrent une possible interaction anonyme, puisque l’identification des internautes est souvent optionnelle et non obligatoire, facilitant ainsi l’échange de messages sur des sujets plus sensibles et délicats, comme la politique (Marcoccia 2003) ou la sexualité (De Pierrepont 2010). De plus, le site de forum choisi a une envergure et une portée internationales, ce qui limite une possible généralisation du profil typique des participants ; considérant l’accessibilité accrue d’Internet dans les pays occidentaux ainsi que son coût de plus en plus abordable, un profil typique d’utilisateur de forum en matière de classe socioéconomique, de sexe, de statut ou de culture est même difficile, voire impossible, à préciser.

Les interactions virtuelles étudiées contiennent différents types d’échanges. En quête d’informations, d’une aide ou d’un soutien, la plupart des internautes débutent les échanges par des questions ou des demandes adressées au groupe, comme l’illustre l’extrait suivant :

J’aimerais savoir vos véritables raisons profondes pour être ne pas avoir d’enfant s’il-vous-plaît ; particulièrement si vous avez passé l’âge d’enfantement. Merci.

A-04 ; F

S’ensuit une série de réponses diverses, chaque internaute partageant son expérience subjective selon les questions sous forme de témoignages personnels de type expérientiel. Ces échanges peuvent inclure des conseils et des avis, ainsi que des marques d’encouragement et de soutien envers les participants :

J’ai connu des personnes qui étaient sans enfant faire le choix de ne pas en avoir, et j’espère que tu pourras le faire aussi, sans que ta vie ne soit teintée de regret ou d’amertume ou de chagrin sur ce qui aurait pu être.

A-12 ; F

Dans tous les cas, les messages étaient rédigés dans un style informel, et souvent accompagnés d’émoticônes permettant le partage de l’expression affective.

Les motifs avancés par les participants pour expliquer leur infécondité volontaire ainsi que les enjeux de transmission qu’ils ont soulevés lors des échanges sont analysés dans la section qui suit.

Analyse des motifs et des enjeux de transmission

Motifs

Plusieurs raisons sous-tendent le non désir d’enfant chez les participants et celles-ci peuvent s’entrecroiser. Aux motifs liés à l’absence d’un désir viennent s’ajouter ceux touchant le rôle maternel ou paternel et les contraintes qu’il impose, ceux portant sur les perceptions des enfants et les préoccupations qui leurs sont liées, et ceux de type écologique dans lesquels l’infécondité volontaire est rattachée aux questions touchant les menaces environnementales et la surpopulation. Pour chaque motif soulevé et pour chacune de ses composantes spécifiques, le nombre de forums qui les a abordés est spécifié entre parenthèses (XX/25). De plus, pour tous les extraits de verbatim présentés, le numéro de forum (A-XX) et le sexe de l’internaute (« F » pour femme, « H » pour homme et « NI » pour non identifié) sont spécifiés.

Absence de désir d’enfant (3/25)

Pour certains participants, le désir d’enfant est tout simplement absent (3/25) et cette constatation est énoncée de façon simple et précise, sans justification élaborée :

Je ne vois aucune raison (pour moi) d’avoir des enfants. Je n’ai pas de profond désir pour eux.

A-04 ; F

La meilleure raison de toutes : je ne veux pas d’enfants. Je n’en veux simplement pas.

A-07 ; NI

Il ne devrait pas y avoir une raison pour ne pas avoir d’enfants. « Parce que je ne veux pas » devrait être suffisant.

A-06 ; H

Rôles et contraintes (11/25)

Le rejet du rôle parental, associé à un manqué d’instinct maternel ou paternel et souvent relié à une perception partagée dans le couple, est une seconde raison avancée (5/25) :

Ni mon mari ni moi ne sommes vraiment programmés pour être parents.

A-05 ; F

Heureusement, j’ai épousé une femme qui a moins d’instinct maternel que je n’ai d’instinct paternel, s’il est possible d’avoir un nombre entier au-dessous de zéro.

A-07 ; H

Être parent n’est tout simplement pas dans mon ADN.

A-25 ; F

Pour plusieurs, devenir parent n’est ni une aspiration fondamentale, ni un instinct vital, ni un désir inné, et en évitant la parentalité, il est possible de maintenir une relation de couple, essentielle, et d’y consacrer temps et énergie, sans interférence aucune (3/25) :

J’aime mon mari et notre relation. Je ne veux pas que cette dynamique soit foutue avec un enfant.

A-04 ; F

Parce que nous aimons passer du temps ensemble, et faisons de l’autre notre priorité no 1 – il n’y a pas beaucoup de couples avec des enfants qui peuvent le faire.

A-06 ; F

La liberté de choix du style de vie (6/25) en relation à l’individualisme est avancée, compte tenu des contraintes que l’enfant impose sur les activités personnelles, sur les modalités des interactions avec l’entourage et sur l’utilisation des ressources disponibles, les majuscules insistant sur la valeur de la liberté dans l’extrait suivant :

Mon aspect préféré couvre une multitude d’autres choses… La LIBERTÉ ! La liberté de faire ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux (en supposant qu’ils y consentent) d’utiliser mes ressources comment je veux etc., etc., vous comprenez l’idée.

A-03 ; F

L’importance de la liberté est précisée en relevant les contextes où elle s’exerce. Se réapproprier un temps personnel précieux, qui demande sa gestion optimale, est l’un des objectifs que les internautes valorisent. Ce temps est utilisé à des fins diverses (développement personnel, activités artistiques, loisirs, passe-temps) qui risquent d’être remises en question par des enfants (7/25) :

Un temps pour poursuivre mes intérêts, les arts, l’éducation, etc., la croissance personnelle.

A-01 ; H

C’est un temps pour les activités de mon choix. J’ai des passe-temps qui exigent toute mon attention et mon temps.

A-03 ; NI

Combien de ces activités normales et ordinaires aurais-je pu entreprendre si j’avais un enfant ? La réponse est : zéro.

A-02 ; F

Des internautes, surtout femmes, veulent développer et consacrer leur énergie à leurs études et/ou à leur carrière, sans avoir à prendre une pause dans leur déroulement à cause de l’arrivée d’un enfant (7/25) :

J’aime ma carrière et ne veux pas la compromettre.

A-04 ; F

Je ne pourrais pas poursuivre ma carrière de façon aussi combative.

A-06 ; F

Les arguments financiers (8/25) ne sont pas étrangers à cette décision, à cause des coûts prohibitifs nécessaires pour élever un enfant (éducation, vêtements, matériel, etc.) ; et pour certains, il est préférable d’investir et de dépenser l’argent à d’autres fins, qui vont des voyages à la cotisation à un fond de retraite :

Une plus grande maison… de meilleures voitures, ne pas avoir à protéger des choses dangereuses/fragiles. Avoir de belles choses, des antiquités, des oeuvres d’art.

A-01 ; H

Je pense à tout l’argent que j’épargnerai en n’ayant pas d’enfants – des sommes d’argent que je peux dépenser pour moi, mes amis, ma famille et mon petit ami, mes animaux de compagnie, les organismes de bienfaisance, peu importe ! Je n’ai pas à débourser de l’argent pour les couches, les vêtements pour bébés, les poussettes, l’éducation, etc. Je peux mettre cet argent de côté pour ma retraite ou l’économiser pour de grandes vacances.

A-06 ; F

La réduction de la mobilité et des possibilités de voyager à cause de la présence d’un enfant constitue aussi une contrainte pesant sur la liberté (8/25) :

Mon mari et moi voyageons beaucoup, et je ne peux pas imaginer avoir à planifier nos vies autour de quelqu’un d’autre.

A-03 ; F

Le sommeil ou des activités sexuelles répétées seraient aussi menacées par la présence d’un enfant (5/25) :

L’une des nombreuses raisons pour lesquelles ma femme et moi sommes décidément sans enfant : nous avons une vie sexuelle formidable. Si, un samedi après-midi, nous voulons faire l’amour trois fois, nous le faisons. Et nous n’avons pas à rester silencieux.

A-06 ; H

La promesse d’une vie plus facile, plus agréable, plus tranquille et plus plaisante sans enfant résume en fait tous les avantages de cette situation qui élimine l’investissement considérable que les enfants exigent (6/25) :

Peu importe ce que vous faites – ajoutez un enfant et tout s’aggrave.

A-02 ; H

C’est juste ÉPUISANT de penser à tout ce dur travail… non merci, je me retire !

A-04 ; F

Perceptions de la grossesse et des enfants (10/25)

Les dimensions physiques et psychologiques liées à la grossesse et à l’accouchement rebutent totalement certains internautes, qui notent les réactions extrêmes (du dégoût à l’aversion) que cet état pourrait provoquer chez eux (5/25) :

Je n’aurai pas à faire passer mon corps à travers l’horreur d’une grossesse.

A-03 ; F

La pensée d’une grossesse/de l’accouchement me donne envie de mourir.

A-04 ; F

Les appréhensions entourant l’expérience de la douleur associée à la grossesse et à l’accouchement constituent aussi un frein important (5/25) :

Je n’aurai pas à passer par la douleur que la grossesse provoque, ou l’agonie qui accompagne l’accouchement. Je peux supporter la douleur, mais je ne vais pas me l’imposer délibérément. Je ne suis pas masochiste.

A-06 ; F

L’aversion des tâches diverses entourant le soin des bébés et des enfants (changer les couches, les allaiter, etc.) est relevée par plusieurs (4/25), ainsi que l’absence de sentiments positifs à leur égard (5/25). Si certains répondants disent ne pas aimer les enfants, d’autres ont exprimé des affects plus intenses, montrant un certain dégoût :

Des raisons de ne pas avoir d’enfants ? Parce que après que vous ayez des enfants, et beuuuuuuuuuuuurk.

A-01 ; NI

Les défauts nombreux des enfants (physiques, corporels, psychologiques) sont aussi inventoriés et peuvent mener chez certains (5/25) à l’expression d’une aversion, souvent extrême, à leur égard :

Je déteste vraiment, vraiment les enfants et tout ce qui les concerne : le bruit, l’odeur, le coût, la restriction de mes libertés personnelles, le fait qu’ils ne disparaissent jamais, les enfants engendrant plus d’enfants, la gourmandise surdimensionnée des bébés, la morve, le vomi, la merde, les crises d’adolescence, la stupidité, il n’y a pas une seule chose sur les enfants et les parents que j’aime.

A-04 ; F

Les enfants sont des bagages chauds, qui suent, gigotent et sont coûteux.

A-02 ; NI

Dans l’ensemble, je n’aime pas les enfants. Ce n’est pas vraiment juste : je déteste les enfants. Je les ai toujours détestés.

A-07 ; H

La conscience du poids de la responsabilité envers l’enfant semble être l’un des paramètres importants dans le choix d’une infécondité volontaire, un thème répété dans les échanges sur le forum et que résument les deux extraits suivants (8/25) :

Je n’ai aucun intérêt à être « responsable » d’une autre personne. Je suis responsable de moi. Mon mari est responsable de lui-même. Cela fonctionne bien et permet une relation d’égalité et de respect. Elle n’existe plus quand un enfant est dépendant de vous.

A-04 ; F

Être totalement, complètement responsable 24/7, pour une vie humaine minuscule et vulnérable qui est totalement et complètement dépendante de moi… L’idée même me donne des frissons. Alors oui, j’ai peur.

A-04 ; NI

Ne pas avoir d’enfant permet d’éviter cette charge et elle élimine parallèlement plusieurs des affects négatifs qui l’accompagnent, comme l’anxiété, l’inquiétude et le stress (4/25) :

Mais, la chose la plus importante pour moi, c’est le fait que je n’ai pas à m’inquiéter.

A-03 ; F

Ainsi, il est possible de maintenir un état plus constant de paix et de tranquillité et de plaisir sans la présence d’enfant (6/25) :

Paix et calme. Je suis très sensible au bruit supplémentaire. Et de petites choses m’énervent. Sans enfant, la maison est un sanctuaire.

A-03 ; F

Motifs écologiques (14/25)

Les responsabilités éthiques, sociales et collectives qui sont rattachées à des considérations liées à « l’altruisme envers les générations futures » (Ricard 2013) constituent des arguments importants dans le refus de devenir parent. La détérioration écologique de la terre (12/25) et sa surpopulation (13/25) ainsi que la préservation des ressources planétaires (12/25) sont au coeur de plusieurs échanges dans lesquels les internautes soulignent la consommation excessive des ressources naturelles – comme l’eau – et la compétition pour des ressources rares qui atteignent les limites du supportable :

Le monde va en enfer dans la pagaille, c’est un monde plus dangereux que jamais, et notre consommation d’eau potable dépasse la capacité de notre planète de la produire […] Pour la préservation des ressources mondiales les plus élémentaires, l’infécondité volontaire est la façon d’y arriver. Et c’est sans doute la seule.

A-02 ; F

De ce fait, ne pas avoir d’enfant constitue une exigence citoyenne et une obligation incontournable pour plusieurs :

Pour moi, ne pas avoir d’enfant, ce n’est pas seulement un choix ; c’est aussi un devoir civique et une obligation environnementale à ce moment-ci. Je ne peux vraiment pas justifier de mettre au monde un autre être humain, sur une planète déjà soumise à la pression pour les ressources, les emplois, etc.

A-25 ; F

Les échanges entre internautes insistent sur les inquiétudes entourant la surpopulation et s’élèvent contre la tendance à la surpopulation, mais aussi contre l’état d’un monde marqué par des antagonismes profonds et permanents dans lequel il est inconcevable de faire naître un enfant qui contribuera à amplifier un problème auquel les internautes s’objectent (13/25) :

En outre, la surpopulation en constitue un autre grand enjeu. Nous commençons à voir les signes d’un monde sous pression à cause de la surpopulation, avec plus de crises financières, la faim, les guerres, etc. Je crois vraiment que c’est le résultat d’un trop grand nombre de personnes pour trop peu de ressources. Je ne veux pas élever des enfants dans ce monde.

A-04 ; NI

Je ne contribuerai pas au problème sévère de surpopulation de la planète. Le nombre actuel est plus de 7 milliards, d’ailleurs. Combien au juste de personnes de plus allons-nous enfoncer dans cette cabine téléphonique avant de nous rendre compte qu’assez, c’est assez ?

A-06 ; F

L’environnement. J’ai lu que si une femme a un seul enfant et réalise toutes les activités « vertes » qu’il est possible de faire dans ce monde, cela ne compensera jamais pour l’empreinte carbone d’un enfant qu’elle a mis au monde. C’est choquant. Nous sommes déjà en train de détruire la terre. Je ne veux pas y contribuer davantage.

A-04 ; F

L’infécondité volontaire apparaît comme une solution adéquate et nécessaire dans des conditions socioenvironnementales perçues comme défavorables au projet d’élever un enfant, considéré comme un poids supplémentaire dans un monde perçu comme déjà bien menacé.

Les enjeux de transmission

En complémentarité avec ces catégories d’arguments pour l’infécondité volontaire, les discussions sur les forums soulèvent des enjeux de transmission qui, bien que traités de manière succincte, indiquent qu’ils font partie de réflexions sous-tendant l’opposition à un projet de progéniture (19/25).

Comme le rapportent les recherches sur l’infécondité volontaire, les préoccupations face à la transmission de maladies génétiques héréditaires, réelles ou imaginées, sont soulevées par les internautes (14/25). Parmi les maladies mentionnées figurent les maladies mentales (bipolarité, dépression, anxiété, troubles obsessifs-compulsifs, schizophrénie), celles liées à des neuro-dégénérescences (Alzheimer, maladie de Parkinson et d’Huntington, sclérose en plaques), à des problèmes neurologiques (épilepsie, migraines) et à des dépendances. D’autres maladies d’origines diverses, d’ordre neuro-développemental (autisme), immunitaire et inflammatoire (intolérances/allergies immunitaires, arthrite, maladie de Crohn), cardio-vasculaire (coeur et haute pression) et métabolique (poids, diabète) sont également évoquées. Une liste de troubles variés (asthme, cancer, psoriasis, scoliose, problèmes digestifs et hormonaux, vision, etc.) qui seraient, à différents degrés, génétiquement transmissibles est aussi spécifiée.

Les participants aux forums soulignent leur refus de propager l’une de ces conditions ou même d’en courir le risque, compte tenu de leur présence dans leur famille et des probabilités de transmission à leurs enfants. Pour eux, cela constitue une responsabilité inacceptable puisqu’elle affectera définitivement l’état de santé de leur éventuelle progéniture, la condamnant à une situation éthiquement intolérable :

Les problèmes de santé mentale sont courants dans ma famille, et mon mari a un désordre génétique qui a 50/50 chances d’être transmis. Je ne voudrais pas faire cela à un autre être humain.

A-04 ; F

Je ne veux pas courir le risque de transmettre mon bagage génétique à un enfant ou pour que l’enfant ait des résultats encore plus mauvais.

A-07 ; F

POURQUOI voudrions-nous condamner un enfant à une vie avec l’UN de ces problèmes, sinon, TOUS ces problèmes ? Pour nous, le risque était trop grand et explique une grande partie de notre décision de ne PAS avoir d’enfants.

A-13 ; F

Je pense simplement qu’il serait irresponsable pour moi d’avoir des enfants quand il y a un risque de transmettre cette maladie. Je serais dévastée de savoir que ma décision a provoqué chez une autre personne l’expérience de cette terrible maladie.

A-16 ; F

La dimension génétique, sans être rattachée aux préoccupations liées à la maladie, est quelquefois mentionnée en référant en particulier à l’ADN, dont la valeur est considérée comme nulle et sans importance, d’où l’intérêt mineur de transmettre ses propres gènes à une autre génération et de les préserver, si ce n’est pour des raisons narcissiques (7/25) :

Quelle raison narcissique d’avoir des enfants ! C’est dégoûtant de mettre au monde un être humain non désiré parce que vous ne pouvez pas supporter l’idée que la Terre ne sera plus agrémentée par votre précieux ADN. Il ne vous rend pas immortel et il ne profite à personne, sauf à votre ego. Je ne considère pas mon ADN comme quelque chose qui doit être « préservé » ou transmis aux générations futures.

A-08 ; F

Reprenant les idées de type sociobiologique, des répondants insistent sur le fait qu’il n’est pas nécessaire de se reproduire directement, puisque la représentation des gènes communs dans la parenté est suffisante pour assurer leur continuité (7/25) :

D’ailleurs, ce n’est pas comme si tout votre arbre généalogique se terminait avec vous. Vous avez dit que votre père avait visité vos parents éloignés ? Ils continuent l’histoire familiale.

A-18 ; F

Pour certains, cette perspective peut être étendue à toute l’espèce humaine qui, partageant un très grand nombre de gènes, rend obsolète le besoin de se limiter à la lignée familiale (7/25) :

Je suis adopté. Je suis également biologiste. Tous les humains partagent 99,9 % de l’ADN, je ne comprends pas l’obsession d’une progéniture génétique. Je ne comprends pas les bêtises de la lignée familiale/de la lignée de sang, surtout quand la plupart de nos ancêtres sont oubliés.

A-12 ; H

Pour une participante, la disparition effective de la lignée personnelle est même source d’exaltation :

Et d’une certaine façon, être la dernière dans la lignée de ma mère et de mon père est excitant !

A-07 ; F

Les internautes ont aussi discuté à quelques reprises de l’incertitude quant aux qualités morales et aux traits distinctifs qui seraient hérités par leurs enfants (5/25) :

Il n’y a aucune garantie que les enfants que nous aurons seront des êtres humains décents. La plupart d’entre eux poseront des actes qui seront source d’embarras et de honte pour leurs parents.

A-03 ; F

En outre, il n’y a aucune garantie que votre enfant reproduira « le bon en vous »… Sûr, c’est possible, mais ce n’est pas une certitude.

A-12 ; F

Les probabilités de donner naissance à des enfants dont les conduites relèveraient de la psychopathologie plutôt que du génie sont aussi relevées par certains sur un mode caricatural (5/25) :

Tout le monde pense qu’ils DOIVENT se reproduire au cas où leur progéniture serait le prochain Jésus/Einstein – mais faisons face aux faits, il n’y a eu qu’un seul Jésus et qu’un seul Einstein, mais des milliers d’enfants remplissent nos prisons parce qu’ils sont devenus des violeurs, des meurtriers, etc. Toutes ces personnes ont des parents qui ne sont pas vraiment fiers d’être connus comme les parents de la femme qui a tué sa famille, du gars qui a molesté un tout petit enfant, etc. Cela peut paraître exagéré, je sais, mais encore.

A-12 ; NI

Pour un autre internaute, les probabilités d’avoir un enfant qui serait dans la moyenne dans toutes ses composantes sont trop élevées, d’où une contribution nulle au bien-être l’humanité :

Il y a 99,99999 % de chances que j’aie un enfant dans la moyenne, ni particulièrement intelligent, ni particulièrement stupide, qui a une occupation ordinaire et une vie bien ordinaire. Qui bénéficiera de ces gènes ? Le 0,00000001 % que mes gènes particuliers pourraient produire un génie ou un traitement contre le cancer ?

A-08 ; NI

Plusieurs soulignent par ailleurs qu’il existe aujourd’hui des approches plus significatives que d’avoir des enfants pour laisser un legs à l’humanité, que ce soit par des actions constructives liées à une profession qui sert à améliorer les conditions de vie, par l’éducation, ou par une création artistique ou littéraire innovatrice (5/25) :

Je préfèrerai « aider » le monde par d’autres moyens.

A-04 ; F

En ce qui concerne la transmission d’une partie de moi-même ou de mes parents à la prochaine génération, j’ai l’intention de le faire à travers le travail pour lequel je fais des études : travail social.

A-12 ; F

Si vous voulez utiliser votre intelligence pour laisser un héritage durable dans le monde, voici une idée – devenez enseignant. Écrivez un livre. Peignez un tableau. Inventez quelque chose de chouette.

A-19 ; F

La transmission du nom de famille est aussi soulevée par quelques répondants qui ne le perçoivent pas comme un élément significatif à considérer dans le processus de décision entourant l’infécondité volontaire, d’autant plus que ce transfert peut être rendu impossible pour plusieurs raisons, dont le sexe de l’enfant, et que les décisions que pourrait prendre la génération suivante (4/25) restent hypothétiques. Dans ces conditions, l’évaluation du coût/bénéfice est en défaveur de la reproduction :

Honnêtement, « Seulement pour que le nom de famille soit transmis » n’est pas une raison suffisante pour se reproduire. Comme quelqu’un l’a dit, que faire si vous avez seulement des filles, ou seulement des garçons infertiles ? Ou si votre (vos) enfant(s) choisissent de ne pas avoir d’enfants ? Vous passerez par toutes les épreuves et les tribulations de la parentalité pour étendre votre lignée familiale d’une seule énorme génération.

A-18 ; F

Compte tenu du nombre élevé de personnes possédant le même patronyme, la passation du nom ne constitue plus une exigence incontournable :

Je n’ai pas encore rencontré la personne dont le nom de famille est unique. Il y a beaucoup de XXX dans l’annuaire.

A-20 ; F

Quant à la transmission des valeurs et des croyances, elle n’est soulevée directement que par un répondant qui élève des doutes quant à la certitude qu’elles seront adoptées par l’enfant :

Comme nous le savons tous, peu importe vos croyances/valeurs/opinions, etc., il n’y a rien qui puisse garantir que l’enfant que vous créerez les partagera.

A-05 ; F

La transmission d’objets est également un enjeu peu crucial pour des internautes qui ne leur attachent pas personnellement une valeur sentimentale et se demandent si leurs éventuels descendants y trouveraient un quelconque intérêt affectif ou monétaire, suggérant plutôt de les transmettre à des institutions muséales ou à des collectionneurs (5/25) :

Non. Ce sont seulement des objets.

A-09 ; H

Quant aux objets personnels que vous laisserez, encore une fois, il n’y a aucune garantie qu’ils auront une quelconque valeur émotionnelle ou fiscale pour les personnes à qui vous les laisserez. Vous n’avez jamais vu le programme de télévision Antiques Roadshow, où les gens cherchent le prix des objets familiaux reçus en héritage ? Je préférerais plutôt donner quelque chose d’important pour moi à quelqu’un dont je sais qu’il le valorisera comme, par exemple, une institution de bienfaisance, un musée, quelqu’un hors de eBay qui montre un intérêt pour cet artefact. Quelque part, je sais que ce serait apprécié […]. Pensez-vous vraiment qu’un arrière-petit-enfant regardera cet « objet » appartenant à quelqu’un qu’il ne connaissait pas avec un sentiment quelconque ?

A-12 ; F

Pour d’autres, l’expérience d’avoir eu à gérer un héritage les amène à rejeter la transmission de leurs biens à leur progéniture, préférant que les objets soient remis à des amis ou à des étrangers, parfois mieux à même de les apprécier :

Je pense que c’est vraiment un grand soulagement. Ayant été accablé par des biens familiaux indésirables, je ne voudrais pas infliger cette situation à d’autres. Rappelez-vous, ce que vous pensez être sentimental et de grande valeur ne sera pas vu de la même manière par d’autres. Je pense que les biens familiaux sont mieux traités par quelqu’un qui les utilisera et les chérira, et je ne pense pas que cela est corrélé aux liens de sang. Les amis proches pourraient servir le même objectif, tout comme un étranger qui peut tomber en amour avec cet artefact après votre mort.

A-09 ; NI

Discussion

S’inscrivant dans les recommandations de Basten (2009) consistant à élargir l’étude des enjeux entourant l’infécondité volontaire en tenant compte de ses développements dans le cyberespace, cet article porte sur l’analyse de forums de discussion en ligne anglophones et internationaux. Cette recherche permet de cerner, d’une part, les motifs et raisons expliquant le choix de renoncer à un projet d’enfant, et, d’autre part, les différents enjeux reliés à la transmission, une dimension négligée dans les recherches menées depuis les années 1970 (Shapiro 2014) et qui n’est pas prise directement en considération dans la théorie de la Seconde transition démographique, une perspective qui permet d’intégrer plusieurs caractéristiques des systèmes de valeurs contemporaines et des conduites liées à l’infécondité volontaire (Van de Kaa 1987 ; Lesthaeghe 1995 ; Merz et Liefbroer 2012).

Les internautes du forum choisi s’inscrivent clairement dans le mouvement Childfree by Choice et les raisons soutenant leur décision sont souvent explicites, rejoignant celles qui ont été dégagés dans la littérature sociopsychologique sur cette problématique. Nous les avons regroupées en quatre catégories, soit l’absence pure et simple du désir d’enfant, les rôles et les contraintes liées à la parentalité, la perception des enfants, et enfin les motivations « altruistes ».

Conformément à la théorie de la Seconde transition démographique, les positions des partisans de l’infécondité volontaire sont fortement marquées par le recours à des arguments mettant en évidence la prédominance des valeurs postmodernes. On retrouve l’individualisme, la liberté, la gestion du temps personnel, la réussite professionnelle et l’indépendance financière, ainsi qu’un style de vie marqué par les loisirs, le voyage et l’autoréalisation dans différents domaines, dans lesquels l’enfant constitue un obstacle majeur à l’épanouissement des internautes. Ces échanges confirment les hypothèses à l’effet que les transformations dans les configurations familiales contemporaines sont étroitement liées à l’atteinte de besoins « postmatérialistes » basés sur une réflexivité individuelle élevée (Inglehart 2010).

Le repli sur la relation de couple, sa réussite et son harmonie relationnelle et sexuelle apparaît comme une motivation importante et ce positionnement suggère que pour certains, la vision du couple comme valeur dominante s’inscrit dans l’une des configurations familiales contemporaines : celle du « cocon », marquée par la valorisation de la relation de type fusionnel (Kellerhals et al. 2004).

Pour plusieurs participants, le fait de ne pas vouloir d’enfant s’impose d’emblée comme une conviction évidente qui ne nécessite aucune autre explication, un positionnement qui n’est pas toujours souligné dans d’autres recherches (Debest 2014).

Les autres raisons mettent en évidence une remise en question des rôles maternel et paternel qui semble quelquefois prendre racine dans une vision essentialiste liée à la notion d’instinct ou de programmation phylogénétique dont des internautes seraient dépourvus. Mais on n’y trouve pas trace, comme l’ont montré d’autres recherches, d’une critique constructiviste des rôles parentaux dont on voudrait s’émanciper (Peterson 2015).

Aux raisons liées aux contraintes qu’imposeraient un enfant et qui confirmeraient le choix d’une infécondité volontaire viennent s’ajouter celles qui touchent la perception négative du processus de la grossesse et de l’accouchement, rapportée dans d’autres recherches (Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015). C’est également le cas pour les soins à prodiguer à l’enfant et ses caractéristiques personnelles. Le lexique sémantique qui accompagne les échanges dénote chez plusieurs internautes la présence de réactions extrêmes ainsi que l’absence de sentiments d’affection minimaux à l’égard des enfants.

L’infécondité volontaire semble s’inscrire dans un rejet de la responsabilité parentale associée à l’arrivée d’un enfant et que Jonas (1995) définit comme un « devoir irrésistible » et spécifique. Cette exigence, arrimée à la protection et au bien-être de l’enfant, est liée au départ à sa condition de vulnérabilité, mais elle se prolonge dans les phases ultérieures de son développement, même si elle s’atténue et prend d’autres formes. Les internautes semblent préférer à cette responsabilité directe la responsabilité sociale de type altruiste qui se préoccupe de l’état de la planète et de sa dégradation poussée, liée à la surexploitation périlleuse, au saccage des ressources et à la surpopulation dont il faut contrôler le développement anarchique pour éviter des conséquences catastrophiques comme des conflits, des épidémies et des famines (Charton 2013).

L’infécondité involontaire renverrait à une perspective éthique plus large qui rejoint le nouvel impératif catégorique, propre à conserver la vie sur la planète, tel que défini par Jonas : « Agis de façon [à ce] que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la planète » (Jonas 1995 : 40). Ces données confirment l’importance des enjeux humanitaires et sociaux chez les partisans de l’infécondité volontaire rapportés dans d’autres recherches (Park 2005 ; Shapiro 2014 ; Avison et Furnham 2015), un positionnement qui rejoint les constats d’Inglehart (2010) selon lesquels, dans les sociétés postmodernes, la protection de l’environnement constituerait une valeur de plus en plus significative.

Quant aux dimensions liées à la transmission, elles font d’abord ressortir l’importance de limiter la propagation intergénérationnelle de maladies génétiques héréditaires, tant physiques que mentales, présentes dans la famille et qui sont des sources d’inquiétude, de stress et d’anxiété qui affectent les parents potentiels (McAllister et al. 2007), ce que d’autres recherches sur l’infécondité volontaire rapportent aussi (par exemple, Agrillo et Nelini 2008). Ces préoccupations, réelles ou imaginaires, fondées médicalement ou renvoyant à des représentations populaires axées en particulier sur la génétique (Sarradon-Eck 2002), se retrouvent dans notre corpus. Elles montrent l’influence des discours biomédicaux sur les représentations contemporaines du projet parental dans lesquels les préoccupations de type eugénique semblent être présentes. Les incertitudes entourant les qualités des enfants à naître ou leur contribution à la société sont aussi avancées pour fonder ce rejet de la parentalité. Cette position extrême vis-à-vis d’un projet reproductif, malgré les innovations dans le domaine du counseling génétique qui pourraient atténuer les risques, suggère que pour plusieurs répondants, l’enfant parfait, pourtant prôné par des discours scientifiques et populaires qui avancent une telle possibilité, reste de l’ordre de l’utopie (Sandel 2004 ; Rothschild 2005).

Le choix de l’infécondité volontaire s’arrime aussi à des discussions autour de la transmission des gènes, qui sont considérés comme des éléments triviaux et négligeables, sans valeur particulière, et secondaires comme argument en faveur d’un projet d’enfant. Pour certains participants, les parents proches et même l’espèce humaine sont porteurs de gènes suffisamment partagés pour rendre acceptable la fin de la lignée familiale. Les références multiples aux concepts génétiques parmi les défenseurs de l’infécondité volontaire suggèrent la diffusion et la réinterprétation de savoirs experts dans les représentations populaires.

Au rejet d’une transmission génétique se rajoute celui de la transmission du nom familial et de l’héritage des objets personnels qui ne sont pas porteurs de valeurs symboliques ou financières particulières, d’où leur insignifiance à être transmis à la génération suivante. Les échanges sur la transmission font plutôt valoir de nouvelles modalités de contribution à la société qui passeraient par des accomplissements personnels, professionnels et communautaires. Ces perspectives confirment les conclusions de plusieurs études selon lesquelles les partisans de l’infécondité volontaire auraient tendance à s’impliquer davantage sur le plan social et dans leur communauté (Blackstone et Stewart 2012 ; Doyle et al. 2012), montrant ainsi la présence de formes d’altruisme dans le contexte social contemporain.

Conclusions

Ces premières analyses des échanges sur les forums de discussion d’un site international sur l’infécondité volontaire confirment et amplifient l’intérêt de l’approche théorique de la Seconde transition démographique, laquelle insiste sur les transformations du système de valeurs contemporain favorisant l’autonomie, la réflexivité et les choix individuels. Le contenu des discussions a contribué à cerner les perceptions des contraintes qui pèsent sur les rôles maternel et paternel contemporains et à expliciter les dimensions plus directement associées aux motifs de ce choix qui confirment les conclusions provenant des recherches sociopsychologiques menées sur l’infécondité volontaire. Cette étude élargit par ailleurs la compréhension des dimensions sous-jacentes à ce choix en mettant en évidence les enjeux associés à la transmission, du biologique au matériel, absents dans le modèle théorique et les données empiriques.

Malgré les contraintes qu’impose l’anonymat dans les forums de discussion et le repérage de critères sociodémographiques précis, il serait nécessaire de mieux cerner les différences de genre dans les discussions en ligne autour de l’infécondité volontaire en augmentant la taille des échantillons des échanges pour saisir les convergences et divergences dans les discours des femmes et des hommes. Ces recherches pourraient aussi être élargies en comparant systématiquement les discours en ligne sur l’infécondité volontaire dans des contextes nationaux divers, en particulier ceux des pays en voie développement où les enjeux psychoculturels entourant la maternité et la paternité sont importants. Cela permettrait de mieux comprendre la complexité des représentations et des pratiques entourant l’infécondité involontaire, l’un des révélateurs significatifs des transformations socioculturelles, familiales et personnelles qui prennent place dans les sociétés contemporaines.

Parties annexes