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PrésentationCe que nous apporte le son : réflexions sur un champ en vibrationsIntroductionWhat Does Sound Bring Us : Reflections on a Field in VibrationsPresentaciónLo que nos aporta el sonido : reflexiones sobre un campo en vibración

  • Alexandrine Boudreault-Fournier

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  • Alexandrine Boudreault-Fournier
    Department of Anthropology, University of Victoria, PO Box 1700 STN CSC, Victoria (Colombie-Britannique) V8W 2Y2, Canada
    alexbf@uvic.ca

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Couverture de Champs sonores, Volume 43, numéro 1, 2019, p. 9-273, Anthropologie et Sociétés

Jusqu’à récemment, l’anthropologie a fait la sourde oreille au potentiel qu’offre le monde sonore. L’enregistrement d’entrevues, de conversations, d’une performance musicale ou de l’ambiance d’un lieu durant le terrain ethnographique correspond à une stratégie méthodologique de base enseignée aux étudiants et couramment adoptée par les anthropologues. L’existence d’une captation sonore assure le chercheur d’une trace mnémonique du terrain qui nourrira ses futures analyses. Que serions-nous sans cette reproduction sonore ? La seule pensée de perdre ou de se faire voler ses enregistrements donne des frissons dans le dos. De retour du terrain, les enregistrements sont écoutés, transcrits, en partie ou en totalité, parfois par un assistant de recherche, et les cassettes, CD ou clips, archivés, relégués aux oubliettes. Mais qu’en est-il d’une approche qui irait au-delà de l’utilisation du son comme simple trace mnémonique de nos rencontres ? Plusieurs sources ou dimensions sonores, tels la voix, le bruit, le rythme, la texture, l’écoute attentive, etc., demeurent trop souvent sous silence lors des recherches ethnographiques. Ce numéro spécial intitulé « Champs sonores » rassemble des contributions qui proposent d’expliquer comment les sons produits, enregistrés et manipulés peuvent affiner la démarche ethnographique en complexifiant nos cadres perceptifs et, par conséquent, nos cadres d’analyse. En adoptant une perspective anthropologique pour explorer les dimensions sonores, nous examinons non seulement des stratégies méthodologiques, mais aussi des approches théoriques permettant d’écouter autrement et de repenser le projet ethnographique. Il est temps de laisser place aux questionnements et réflexions que pourrait générer une attention particulière aux sons qui nous entourent lors de nos enquêtes. Comme l’a demandé James Clifford (1986 : 12 ; voir aussi Erlmann 2004) il y a plus de trente ans : « Qu’en est-il de l’oreille ethnographique ? ». Ce numéro spécial espère contribuer à la réflexion sur le tournant sonore en anthropologie. Le but ici n’est pas de proposer une approche sonocentrique (Bull et Back 2004 ; Feld 2015), mais de penser le son comme faisant partie d’un ensemble sensoriel qui se situe au centre des expériences relationnelles définissant le projet ethnographique. L’étude du son ouvre une porte complémentaire à l’étude du visuel ; elle contribue aux études sensorielles ainsi qu’à d’autres domaines, comme les études cinématographiques, puisqu’après tout, le cinéma, ce n’est pas juste des images (Chion 1994) ! La recherche portant sur la dimension sonore permet de parcourir des sensibilités sensorielles diverses, de porter attention à des éléments de tous les jours parfois oubliés ou pris pour acquis. Et bien que la musique nous interpelle, elle n’est pas l’objet principal de ce numéro, qui tente plutôt de considérer tous les types de sons comme porteurs de sens. Pour aborder l’apport du son, il semble essentiel d’effectuer un survol du concept de « paysage sonore » (soundscape) développé par le compositeur canadien R. Murray Schafer (1994 [1977]). À quelques exceptions près (par exemple Feld 1990 [1982] ; Helmreich 2007 ; Rice 2008), le concept de paysage sonore n’a pas eu autant d’impact en anthropologie qu’il en a eu dans d’autres disciplines, notamment en études sonores (sound studies), mais aussi en arts, en études culturelles, en urbanisme et en communication. Schafer définit le paysage sonore comme « tout champ acoustique », « tout événement entendu ou écouté, et ne consistant pas en un objet vu » (Schafer 1994 [1977] : 8). Un paysage sonore est une collection de sons enchevêtrés, comme une peinture est un assemblage d’éléments visuels (Schafer 1994 [1977]). L’« écologie acoustique », qui est associée à Schafer et qui se définit comme l’étude des sons en relation avec la vie et la société (Schafer …

Parties annexes