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Dossier : Think tanks : les métamorphoses des conseillers politiques depuis 1970. Canada, États-Unis, Chine

Think tanks : la recherche en territoire politique

  • Guillaume Lamy

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  • Guillaume Lamy
    Université du Québec à Montréal

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Couverture de <em>Think tanks</em> : les métamorphoses des conseillers politiques depuis 1970. Canada, États-Unis, Chine, Volume 28, numéro 1, automne 2019, p. 7-237, Bulletin d'histoire politique

Depuis les dernières décennies, de nouvelles organisations ont su, par diverses entreprises, s’insérer dans le feuilleton de nos controverses politiques. Variées, ingénieuses et provenant de tous les angles, les initiatives des think tanks ont marqué leur temps. Rien ne sert de chercher en profondeur pour dénicher celles qui ont fait mouche : Minutes du patrimoine, palmarès des écoles secondaires, ticket modérateur en santé, monorail à grande vitesse, compteur de la dette du Québec, journée de libération de l’impôt… Les démarches qui viennent d’être évoquées, qui sont toutes le fruit de think tanks canadiens, suffisent à prouver que ces organisations défendent des causes comme l’ont fait avant eux : les partis politiques, les lobbies, les mouvements sociaux, les intellectuels publics, etc. Bien qu’ils fassent effectivement de la recherche, on ne trouvera que peu de think tanks, voire aucun, qui n’aient pas au moins un pied dans l’espace politique. Certaines organisations le font en tant qu’auxiliaires de recherche des gouvernements ou de la société civile. D’autres ont été créées pour perpétuer dans le temps les grands axes d’un héritage politique comme en témoignent, rien qu’au Canada, les Manning Centre, Broadbent Institute et Macdonald-Laurier Institute. Quant aux autres – l’Institut Fraser, l’Institut économique de Montréal, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, le Centre canadien de politiques alternatives – elles interviennent directement dans l’arène, à gauche comme à droite, dans le but d’influencer la forme des politiques publiques. Jeter un oeil sur les ambitions de leurs fondateurs comme s’y adonnent les articles de ce Bulletin d’histoire politique suffit aussi pour comprendre que les think tanks, surtout ceux qui sont les plus présents médiatiquement, incarnent à moult égards un renouvellement de l’agir politique et du militantisme par l’entremise de la recherche. Même les think tanks les plus crédibles qui se tiennent généralement à l’écart des polémiques, qui montrent un degré de transparence des plus sain et qui se contentent de produire la recherche la plus solide qui soit n’échappent pas à la présente lecture. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’agir politiquement sans la recherche. Qu’ils soient des contractants de recherche ou de véritables machines au service de la guerre des idées, le constat reste le même : les think tanks agissent en territoire politique. Où que l’on se trouve aujourd’hui, il n’est plus possible de traiter des controverses entourant les politiques publiques, du lobbying, des idéologies et de la sociologie des élites, sans aborder – que ce soit modérément, sinon frontalement – ces objets hétérodoxes que sont devenus les think tanks pour les sciences sociales. La pénétration du terme est même observable dans le langage courant comme en témoigne l’analyse N-Gram développée par l’équipe de Michel et Shen qui permet de mesurer la croissance de l’usage de mots ou d’expressions à l’intérieur d’un champ lexical d’une langue donnée en interrogeant plus de cinq millions de livres numérisés. Ce numéro thématique du Bulletin d’histoire politique constitue à cet égard une confirmation de cette réalité. Il s’agit bel et bien de la première fois au Canada qu’une revue universitaire tente de cerner l’ombre et la lumière projetées par ces organisations. Les diverses contributions rassemblées entre ces pages illustrent à quel point ces entités, nées dans le terreau britannico-américain, ont essaimé leur modèle dans le monde entier. C’est bien de débordement ou de contagion dont il faut parler. Après avoir saturé les États-Unis où l’on en compte facilement plus d’un millier, les think tanks (ou laboratoires d’idée) sont apparus dans tous les pays développés et dans pratiquement tous les pays en développement. On en compte une centaine au Canada et maintenant une quinzaine au Québec. Même …

Parties annexes