Dossier : Vice, déviance et criminialité

Contrôle social et réglementation de la cachaça (eau-de-vie) et de la maconha (cannabis) au Brésil contemporain

  • Henrique Soares Carneiro

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  • Henrique Soares Carneiro
    Université de São Paulo

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Couverture de Vice, déviance et criminalité, Volume 28, numéro 2, été 2020, p. 7-189, Bulletin d'histoire politique

Depuis plusieurs années, je dirige des projets de recherche liés à l’histoire des aliments, des boissons et des drogues en tant professeur au département d’histoire de l’USP (Université de São Paulo) au Brésil. Ces recherches ont été développées dans le cadre de la programmation scientifique du Laboratoire d’études historiques sur les drogues et les aliments (LEHDA), dont je suis le coordonnateur. Dans cet article, j’aborderai certains éléments de l’histoire de la prohibition brésilienne du cannabis, en les contrastant avec la réglementation de l’eau-de-vie de la canne à sucre, la cachaça. J’analyserai également le cadre international de la réglementation des drogues et les distinctions entre la trajectoire du modèle réglementaire québécois et canadien, et celui du modèle brésilien. Cette démarche historique me permettra enfin de contraster la politique canadienne de légalisation du cannabis et celle de la « guerre contre les drogues » au Brésil. Au XXe siècle, plusieurs traités internationaux, de la Convention internationale de l’opium de 1912 à la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, ont encadré la production et la circulation de certaines drogues psychoactives. Cet ordre prohibitionniste mondial a principalement interdit trois plantes et leurs dérivés (pavot et opium, coca et cocaïne, et cannabis), tandis que d’autres substances, comme les boissons alcoolisées, le tabac et la caféine, sont restées dans un cadre légal et font l’objet d’une grande circulation dans le commerce international. Ainsi, à partir des années 1920, la plupart des provinces canadiennes ont adopté un modèle de monopole d’État provincial en matière de commerce des alcools. Ce modèle diffère de celui de la plupart des pays du monde qui repose principalement sur l’entreprise privée. En 1921, par exemple, le gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau créait la Commission des liqueurs de Québec, transformée depuis en Société des alcools du Québec (SAQ). Le Québec faisait alors office de province pionnière dans la monopolisation de la vente des alcools au Canada. En ce qui concerne le cannabis, le Canada a longtemps adhéré aux traités internationaux et à la politique de répression qu’ils ont justifiée. En 2018, le Parlement fédéral a cependant légalisé cette drogue par l’adoption du projet de loi C-45. Pour la plupart des provinces canadiennes, le modèle du monopole d’État, inspiré de celui des alcools, est envisagé afin d’assurer le commerce du cannabis. Jusqu’à présent, la légalisation de cette substance n’a été approuvée que dans un seul pays, l’Uruguay, et, selon différentes modalités, dans quelques États américains. La décision du Parlement canadien aura certainement un impact immense, offrant une alternative au modèle de répression en vigueur dans de nombreux pays. Ce modèle de répression a eu des effets négatifs dans ceux-ci, tels que l’augmentation de la violence, l’incarcération massive et la discrimination en fonction de la classe sociale et de l’ethnie. Ce modèle a été adopté en Amérique latine, et notamment au Mexique et au Brésil. Ces deux pays, les plus populeux de cette région du monde, se distinguent toujours par le nombre de crimes découlant du commerce de la drogue. Dans cet article, j’examinerai donc les conditions historiques de production, de commerce et de régulation des substances psychoactives (alcool et drogue) au Brésil. Le contexte colonial socio-économique et culturel brésilien est très différent de celui du Québec. Par exemple, les Autochtones du Nord ne connaissaient pas, avant l’arrivée des Européens, les boissons fermentées qui avaient pourtant une grande importance dans les sociétés indigènes de l’Amérique du Sud. De plus, l’esclavage au Canada n’a jamais eu l’importance sociale et économique qu’il avait au Brésil colonial, le pays qui a reçu le plus d’esclaves d’Afrique. L’économie forestière du Nord …

Parties annexes