Dossier : L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire

Entre Terre plate et ronron disciplinaire : la fabrique des vocations d’historiens

  • Julien Goyette

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  • Julien Goyette
    Département des lettres et humanités, Université du Québec à Rimouski

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Couverture de L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire, Volume 29, numéro 1, automne 2020, p. 7-247, Bulletin d'histoire politique

Demander à un historien si l’histoire est socialement nécessaire, c’est comme demander à un banquier si on devrait abolir les taux d’intérêt. La réponse ne risque guère de surprendre ! Une riche tradition autolégitimante court au coeur de la discipline historique, souvent prolongée d’ailleurs par les enseignants et les fonctionnaires. De Seignobos jusqu’aux programmes d’enseignement secondaire en passant par les Annales et la New Left, les arguments n’ont jamais manqué pour convaincre son prochain – et sa cousine – que l’histoire est d’une utilité incontournable pour les sociétés et qu’elle doit par conséquent s’enseigner à tous les cycles de notre système scolaire. Tenant pour acquis leur droit à se reproduire, entraînés à défendre leur passion sur la place publique, les disciples de Clio ont développé une forte tolérance à l’égard des discours, fort goûtés en certains cénacles, qui nient l’intérêt d’enseigner une matière si peu rentable d’un point de vue matériel, voire qui contestent l’utilité même du savoir historique. Devenus durs d’oreille à force d’entendre crier au loup, ils se sont accoutumés à la précarité sereine de leur discipline. Ils se sont efforcés surtout d’institutionnaliser son inutilité, ce qu’ils ont fait, il faut le dire, avec passablement d’application et de succès. Or, pour paraphraser Paul Valéry, nous savons maintenant que les disciplines sont mortelles. Parlez-en aux chimistes, dont la discipline, au noble passé pourtant, se retrouve aujourd’hui souvent dissoute dans de nouveaux ensembles multidisciplinaires ou instrumentalisés par d’autres secteurs de la connaissance. Habitués quant à eux à contempler ce grand buffet froid du passé, les historiens n’aiment pas pour autant regarder la mort dans les yeux et considérer la disparition de cette fameuse « chimie de l’intellect » que redoutait tant le poète susnommé. Dans un bel article publié en 1969, Fernand Dumont rappelait que l’histoire n’est qu’une des manières par lesquelles les êtres humains ont donné, au fil du temps, un sens à leur existence. À regret, il constatait que, dans ce mandat particulier, l’histoire a été supplantée au XXe siècle par différentes techniques sociales et gestionnaires. Quand on y songe, il n’allait pas de soi que l’activité de se souvenir, banale et propre à chaque individu, devienne un jour un métier reconnu ; il n’est pas assuré qu’elle le demeure pour toujours. Sans sortir les violons, il n’est peut-être pas contre-indiqué, quand frappe la grisaille froide et humide des temps de crise, de réfléchir la tête penchée au-dessus du gouffre en gardant en arrière-pensée la possibilité de sa propre disparition. La commande qui m’a été passée par les responsables de ce dossier consistant à identifier de possibles causes de la baisse généralisée des inscriptions en histoire au premier cycle universitaire, je laisse à d’autres le soin d’en indiquer les voies de sortie. Afin de hasarder quelques hypothèses fondées avant tout sur mon expérience de professeur à l’UQAR, je distinguerai entre les causes endogènes et exogènes à la discipline. Je tenterai aussi, dans la mesure du possible, de séparer les enjeux, distincts à mon avis, de la demande sociale d’histoire d’un côté, et celui des études universitaires en histoire de l’autre. Parmi les causes internes au champ qui nuisent potentiellement à son attractivité auprès des étudiants, je me limiterai à en présenter quelques-unes. D’abord, je mentionnerais le caractère résolument masculin et blanc de la communauté historienne. Je ne suis ni le premier ni le dernier à le souligner : il est grand temps que la discipline incarne, dans sa composition même, une diversité qu’elle se targue pourtant de retrouver dans le passé. Le peintre est certes capable d’étendre quelques couleurs primaires sur la toile ; trop …

Parties annexes