Dossier : L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire

Face aux savoirs à obsolescence programmée, une nécessaire revalorisation de l’histoire

  • Louise Bienvenue

…plus d’informations

  • Louise Bienvenue
    Département d’histoire, Université de Sherbrooke

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Options d’accès :

  • via un accès institutionnel. Si vous êtes membre de l’une des 1200 bibliothèques abonnées ou partenaires d’Érudit (bibliothèques universitaires et collégiales, bibliothèques publiques, centres de recherche, etc.), vous pouvez vous connecter au portail de ressources numériques de votre bibliothèque. Si votre institution n’est pas abonnée, vous pouvez lui faire part de votre intérêt pour Érudit et cette revue en cliquant sur le bouton “Options d’accès”.

  • via un accès individuel. Certaines revues proposent un abonnement individuel numérique. Connectez-vous si vous possédez déjà un abonnement, ou cliquez sur le bouton “Options d’accès” pour obtenir plus d’informations sur l’abonnement individuel.

Dans le cadre de l’engagement d’Érudit en faveur du libre accès, seuls les derniers numéros de cette revue sont sous restriction. L’ensemble des numéros antérieurs est consultable librement sur la plateforme.

Options d’accès
Couverture de L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire, Volume 29, numéro 1, automne 2020, p. 7-247, Bulletin d'histoire politique

Les historiennes et les historiens de profession sont-ils bien placés pour interpréter ce phénomène inquiétant de la baisse tendancielle des inscriptions dans les programmes universitaires de premier cycle en histoire ? C’est la question que je me suis posée au moment d’entreprendre la présente réflexion. Car, pour moi, il n’existe pas de domaines du savoir aussi passionnants que l’histoire et il n’y a guère d’exercice intellectuel plus nécessaire que cette patiente méditation sur le parcours des communautés humaines. Plus qu’un loisir intellectuel sophistiqué, plus qu’un réservoir de « culture générale », la science historique et son travail exigeant d’interprétation fondé sur la preuve me semblent particulièrement à même de générer du sens et de former ces « têtes bien faites » qu’affectionnait Montaigne en son temps, et dont notre monde contemporain a encore grand besoin. De l’intérêt et de la pertinence sociale du savoir historique donc, je ne doute nullement. Quant à savoir pourquoi, au sortir du cégep, trop peu d’étudiantes et d’étudiants partagent cet enthousiasme, voilà qui me semble plus mystérieux. Parce que l’interprétation du déclin des statistiques d’inscriptions n’a rien de simple, je me dois de féliciter mes collègues François-Olivier Dorais et Martin Pâquet d’avoir placé cet exercice sous le signe de la collaboration interuniversitaire. De telles occasions de réflexion collégiale sur l’enseignement, au sein de notre discipline, sont plutôt rares ; nos dynamiques institutionnelles et, en particulier, nos méthodes de financement nous incitent plutôt à penser les enjeux de recrutement plus localement. On compare ainsi nos « parts de marché » dans un certain esprit de rivalité. Or, les données statistiques le prouvent, la baisse décennale des effectifs dans les programmes d’histoire est un phénomène qui dépasse de loin nos réalités régionales et même nationales. Il s’agit d’un problème à grande échelle devant lequel, forcément, l’on se sent bien humble lorsque vient le moment d’en identifier avec précision les causes. Pour cette raison, mon propos sera davantage ici formulé sous forme d’hypothèses que de conclusions définitives. Les pistes d’interprétation que l’on peut emprunter pour tenter d’élucider la baisse des effectifs au baccalauréat en histoire sont multiples. Nous pouvons, bien sûr, nous interroger sur la façon dont l’histoire, comme domaine d’études, est présentée en amont de l’entrée à l’université, soit dans les cours enseignés au primaire, au secondaire et au cégep, soit dans les bureaux des conseillères et conseillers en orientation. Des facteurs en apparence plus évanescents jouent aussi sur l’attractivité de ces formations : pensons au régime d’historicité dans lequel nous baignons et qui tend à disqualifier l’histoire comme un savoir pertinent pour construire l’avenir. En raison du format court privilégié dans le cadre de ce dossier thématique, je voudrais mettre l’accent sur une dimension particulière du problème qui me semble fondamentale pour expliquer la désaffection à l’égard des programmes d’histoire, soit l’hégémonie de la culture professionnalisante au sein de nos universités. De manière complémentaire et plus succincte, j’invoquerai en dernière partie de cet article deux autres aspects qu’il conviendrait, à mon sens, d’étudier plus en profondeur dans la suite de cette réflexion. Le marché des études universitaires a été marqué, ces dernières années, par une diversification de l’offre des programmes proposés aux étudiantes et étudiants, mais, surtout, par l’orientation nettement plus pratique que l’on a eu tendance à donner à la fois aux nouvelles formations développées et aux anciens programmes à l’occasion de leurs révisions périodiques. S’il y a belle lurette que l’on invoque la « crise des humanités » pour expliquer la difficulté d’enseigner l’histoire dans nos sociétés contemporaines, cette crise semble désormais sous stéroïdes, pour dire les choses de façon imagée. Tout récemment, l’actualité …

Parties annexes